T’es féministe, toi ?

Les idées féministes, j’ai grandi avec quasiment depuis ma naissance mais je ne m’en suis pas forcément rendue compte tout de suite. En fait, j’ai commencé à vraiment me définir comme féministe lors de mon entrée au lycée, puis à la revendiquer quelque part entre ma première et ma terminale. Aujourd’hui, je ne me contente pas de me revendiquer féministe mais je me qualifie même de militante. Je ne suis membre d’aucune association particulière -du moins, pour le moment-, mais je pense clairement m’inscrire dans une démarche militante maintenant que je partage toutes mes réflexions sur le sujet et que j’essaye au maximum d’y sensibiliser les gens.

Mon féminisme est donc un combat. C’est même de très nombreux combats à la fois. Et le premier d’entre tous ces combats a été… de le faire accepter en tant que tel.

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Je pourrais écrire un livre qui serait assez drôle, je crois, si je compilais toutes les réactions que j’ai pu susciter en me présentant comme féministe. Drôle, si on prend ces remarques au 36 000ème degré s’entend. Parce qu’autant dire que des fois, je n’ai pas eu envie de rire du tout.

Cet article n’a pas pour vocation à rassembler toutes les réflexions stupides que j’ai pu entendre en pas vingt ans d’existence. Je pense qu’il est important d’en parler, au moins un peu, parce que ces réactions m’ont aussi certainement donné plus encore envie de m’engager même si ce n’était pas du tout l’objectif recherché. Mais je ne vais non pas non plus en faire l’essence de chacun de mes articles et je veux encore moins accorder une trop grande importance à des paroles qui ne devraient pas en avoir. Je ne citerai donc que quelques réactions parmi d’autres, mais pour ceux qui d’emblée m’accuseraient d’être trop susceptible, sachez juste que ces subtiles remarques, je les ai entendues un milliard de fois chacune.

La perle de la réaction débile à ce jour est détenue par une personne m’ayant tout de même sortie « Quoiiiii ? Toi t’es féministe alors que tu mets des jupes ?!!!!! ». On applaudit toute l’absence d’intelligence derrière ces propos.

Alors oui, on va mettre quelques petites choses au clair dès maintenant : je porte des robes et des jupes, parfois très courtes, je porte des talons, parfois très hauts, je peux passer une après-midi entière dans des magasins, parfois plus, je m’épile chaque semaine, parfois deux ou trois fois par semaine, j’ai eu des posters de mes acteurs préférés dans ma chambre pendant des mois, parfois des années, je « fangirle » sur tout et n’importe quoi, et surtout n’importe quoi, je pleure devant tous les films d’amour que je regarde, et devant tous les films tout court, et je pourrai continuer cette liste encore longtemps comme ça. Je crois que vous avez compris l’idée : apparemment, je suis une « femme clichée », qui prétend prôner les idées féministes mais se plie gentiment à tout ce que la société lui impose depuis sa naissance.

Moi, c’est exactement pour ça que je suis devenue féministe.

Parce que je veux pouvoir mêler vie professionnelle et vie familiale comme bon m’entend, parce que je veux pouvoir sortir le soir dans la rue sans trembler tellement j’ai la trouille de me faire agresser, je veux pouvoir boire de la bière en regardant les matchs de rugby sans qu’on me dise que je suis « un vrai mec », je veux pouvoir courir jusqu’à être toute rouge et pleine de sueur sans qu’on me dise que « c’est pas très féminin ». Mais à côté de ça, je veux aussi aimer les vêtements sans m’entendre dire sans cesse que « je suis bien une fille », je veux pouvoir pleurer devant un film qui m’émeut sans déclencher les rires et autres « naaaaan mais c’est mignon les filles sensibles », je veux pouvoir mettre une robe parce que JE me sens bien dedans et pas pour que des inconnus dans la rue approuvent la façon dont je m’habille. Vous comprenez l’idée ? Je veux pouvoir faire ce que je veux, quand je veux, où je veux.

Si ce que je veux est « masculin », je veux pouvoir le faire.

Si ce que je veux est « féminin », je veux pouvoir le faire aussi.

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En un mot, je veux qu’on me fiche la paix et qu’on me laisse vivre ma vie sans porter sans cesse de jugement. Et c’est très lié au féminisme, oui, même si vous en doutez. Parce que tous ces clichés auxquelles les femmes sont associées, c’est tout droit sorti d’un système patriarcal qui nous bouffe depuis des siècles. Et cela vaut autant pour les hommes que pour les femmes : je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu des mecs se moquer de celui qui avait pleuré « comme une meuf » devant un film comme si cela constituait une preuve de sa non-appartenance au genre mââââsculin. La société patriarcale nous oppresse, et elle oppresse plus encore les femmes que les hommes, mais elle nous oppresse tous.

Et le féminisme veut non seulement la combattre, mais en plus lui proposer un autre modèle. Une société dans laquelle chacun ferait ce que bon lui semblerait sans que l’on ne ramène sans cesse tout à son genre (oui, ce gros mot). Peut-être que tous ces trucs « de fille» je ne le ferai pas si j’étais née garçon. Mais peut-être que oui, aussi, tout comme je fais bien ces trucs « de garçon » en étant née fille. Et je ne pense pas que l’essentiel soit là : je sais que le maquillage (que je ne porte d’ailleurs pas), les vêtements et les talons étaient à l’origine des moyens de contrôler la femme. Ce n’est plus le cas maintenant. En tout cas, je fais en sorte que ça ne soit plus le cas. Si je porte des talons, c’est parce que j’en ai envie moi. Et ça ne m’empêchera pas de porter des baskets le lendemain.

Alors oui, je suis devenue féministe. Je suis féministe, et je le revendique.

On pourra me dire tout ce que l’on voudra, je dois subir au quotidien des remarques parfois stupides, parfois blessantes, parfois flippantes et parfois -souvent- les trois à la fois. J’ai une « chance » sur dix de me faire violer une fois dans ma vie -et encore, je ne vis pas en Inde. Je risque de devoir bosser trois mois de plus qu’un homme chaque année pour obtenir le même salaire à compétences égales si je rentre un jour dans le privé. Je m’entends dire à chaque fois que je suis « une grosse pute quand même » quand je sors dans la rue avec une jupe sans faire le moindre mal à personne. Je ne sors pas seule le soir parce que j’ai peur de me faire agresser -et puis, si je sors seule, je l’aurais bien cherché après tout ! Quand j’essaye de parler de mes combats, on me renvoie sans cesse à mon apparence physique plutôt qu’aux causes que je défends comme si je n’étais bonne qu’à faire pot de fleur. Et s’il me prend un jour l’envie de me lancer en politique pour « changer le monde », je m’entendrais très probablement dire que j’ai au moins couché pour en arriver là. Parce qu’on considère encore et toujours une femme par son physique bien avant de la considérer par quoi que ce soit d’autre -et surtout pas ses capacités intellectuelles.

Toutes ces raisons sont autant de bonnes raisons, pour moi, de m’être engagée. Et quand bien même ça n’en serait pas… Et bien je continuerais. Parce que certaines personnes ont un problème avec le féminisme. Parce qu’on cherche toujours à décrédibiliser cette cause, parce qu’on veut forcément qu’il y ait « une raison », et que d’abord si t’es féministe, c’est soit que t’es mal baisée, soit que t’es lesbienne, soit que t’as été violée et que, la chieuse aussi, tu t’en es plainte. Parce qu’on nous demande toujours de nous justifier. Et rien que ça, c’est pour moi une bonne raison de m’engager. On a eu des progrès, certes. En attendant, il faut encore se battre ne serait-ce que pour donner une légitimité à notre mouvement, comme si on n’avait pas déjà un milliard de preuves de cette légitimité ! Mais c’est ainsi : on admirera un engagement pour les Restos du cœur (et j’admirerai aussi, d’ailleurs), mais un engagement pour le féminisme, on s’en étonnera. Voire on le méprisera.

C’est comme ces gens, des amis très proches même, qui parfois te rabaissent sans même s’en rendre compte. Qui vont dire « Non mais Mirka, elle est très féminisme et tout ça » de ce putain de ton condescendant. Qui vont d’ailleurs résumer ta cause à « tout ça ». C’est comme ces gens qui, tout en s’évertuant à te monter par a + b que ton engagement est risible, vont prouver exactement le contraire mais vont quand même réussir à ne pas s’en rendre compte.

Alors, à tous ces gens, je vous dis que oui, moi je suis féministe.

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Et pour une fois, je vous retournerai bien la question. Parce qu’au fond, il me paraît bien plus étrange de ne pas être en faveur de l’égalité entre hommes et femmes que l’inverse.

Pourquoi vous, vous n’êtes pas féministes ?

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3 réflexions sur “T’es féministe, toi ?

  1. coucou, c’est moon-star alias princesse-timpelbach, je suis entierement d’accord avec ce que tu dis dans ton article

  2. Je viens de tomber sur cet article (qui était lié à celui publié tout à l’heure), et je laisse juste un petit mot pour dire que la conclusion est excellente. Ce « Pourquoi vous, vous n’êtes-pas féministe ? » permet de remettre bien des choses en compte, et pourrait faire réfléchir bien plus ces personnes en face de nous que l’habituelle justification (souvent détruite à coup de propos étrangement sexistes) qui est un poil fatigante à répéter sans cesse.

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