Je suis une écrivaine

Après une assez longue absence due à un départ en vacances, je reviens vers vous avec un article que je suis, à vrai dire, étonnée de ne pas avoir écrit plus tôt. Ce blog doit bien maintenant en comprendre une dizaine et j’ai réalisé hier que sur tous ces articles, aucun n’était consacré à l’écriture.

Il est donc temps de remédier à la situation.

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L’écriture joue un rôle très important dans ma vie. La lecture est bien entendu dans le même cas de figure, mais je pense que l’écriture est clairement un cran au-dessus encore. Et autant dire qu’écrire, chez moi, relève presque de l’instinct. J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. Et ce n’est pas tout à fait qu’une impression puisque dès que j’ai appris à lire et donc à écrire, j’ai rédigé mes premières histoires.

Plaît-il ? Quelle espèce d’histoire une gamine de sept ou huit ans peut-elle bien avoir l’idée saugrenue d’écrire ? La réponse tient en un mot : fan fiction. Un mot que vous avez certainement déjà entendu et qui peut-être vous évoque, d’une façon absolument pas clichée (bien entendu), de jeunes adolescentes se fantasmant une belle histoire d’amour avec Edward Cullen ou Christian Gray. Si votre conception de la fan fiction s’arrête là et que vous ne souhaitez pas l’approfondir, je vous en prie, passez votre chemin. Parce que la fan fiction, j’en écris depuis bien plus que la moitié de ma vie et encore aujourd’hui, sans en avoir la moindre honte et sans non plus avoir l’impression de n’être qu’une espèce d’attardée devant éventuellement se résoudre à quitter le monde de la rêverie pour se confronter à « la réalité ».

Si la fan fiction n’avait pas fait partie de ma vie, je n’aurais jamais écrit un roman avant l’âge de dix-huit ans. Voilà. Et ce roman, pour le coup, sort tout droit de mon imagination, avec mes personnages, mon intrigue, mon monde. C’est un roman que j’ai même pris la décision de faire publier coûte que coûte.

Pourquoi, alors, continuer à écrire de la fan fiction ? Parce que cela m’amuse, d’une part, que j’aime bien écrire de petites histoires sur des univers que j’adore. Ça me détend, ça a un côté moins prise de tête que d’inventer de toutes pièces une histoire. Mais je pense aussi que la fan fiction est un formidable exercice d’écriture. J’ai écrit un roman à l’âge de dix-huit ans. Un roman de près de 250 pages faisant plus de 50 000 mots. Peu de gens ont pu faire la même chose à un tel âge. Si j’ai pu le faire, moi, ce n’est pas parce que je suis douée d’un quelconque talent que les autres n’auraient pas. C’est juste qu’écrire fait partie de moi, que j’écris sans cesse, tout le temps, depuis plus de dix ans et ça, c’est grâce à la fan fiction.

Je ne me rappelle plus exactement de mes tout premiers écrits. Je les ai depuis longtemps supprimés sans la moindre once de regret. Bien sûr, il aurait pu être amusant de les relire des années après, et c’est ce que j’ai d’ailleurs fait, sans que cela ne m’amuse réellement. Cela montre juste que j’écrivais déjà à sept ans, mais comme vous pouvez vous en douter, mon style n’avait alors pas grand-chose d’extraordinaire et d’ailleurs, presque toutes les histoires que j’ai pu entamer à cette époque n’ont pas de fin. J’étais petite, j’écrivais ce qui me passait par la tête sans vraiment me projeter sur le plus long terme et dès qu’une histoire ne m’intéressait plus, je la laissais en plan et passait à autre chose. Ecrire une seule et même histoire du début à la fin, c’est très dur, bien plus qu’on ne peut le penser à première vue. Même en ayant tout prévu, en ayant rédigé le plan de tous vos chapitres, fait des fiches incroyablement longues sur chaque personnage, il arrive forcément un moment où vous n’avez juste pas l’envie d’écrire, où les mots ne viennent plus, ou encore un moment où vous êtes confrontés au fameux syndrome de la page blanche. A sept ans, et même ensuite, je n’avais clairement pas la motivation pour outrepasser ces symptômes et me contentais donc de passer à autre chose. Pourtant, ces écrits ont quand même eu leur utilité. Bien sûr, ils auraient fait hurler de rire n’importe quel éditeur, mais ils se sont améliorés au fur et à mesure. Cela restait bien en deçà de ce que pouvaient écrire de vrais écrivains, mais à force d’écrire (et de lire, aussi, parce qu’on ne le dira jamais assez mais la lecture permet de faire des progrès considérables en langue, tant du point de vue du vocabulaire que de la grammaire), j’ai fini par progresser. Si bien que très tôt, mes instituteurs et professeurs m’ont dit que j’écrivais remarquablement bien pour mon âge. Je n’écrivais pas remarquablement bien tout court, mais comparé à la façon d’écrire de mes camarades n’ayant pas pris l’habitude de rédiger aussi fréquemment que moi, j’étais douée.

D’où m’est venue cette envie parfois presque frénétique d’écrire ? A vrai dire, je ne le sais pas vraiment. Je pense avoir naturellement une imagination assez débordante. J’ai toujours eu la tête pleine d’idées, sans forcément penser à coucher celles-ci sur le papier. En commençant à lire et à regarder des dessins animés, je me suis plongée dans de nouveaux univers que j’ai adorés. C’est ainsi que j’ai rédigé mes premières histoires sur (attention roulement de tambours)… les Mew Mew Power, voilà, vous pouvez rire, c’est ce que je fait en rédigeant ces lignes. Je regardais le dessin animé, j’aimais beaucoup les personnages et une fois tous les épisodes visionnés, j’ai eu envie de prolonger ma passion. C’est donc tout naturellement que je m’installais devant un clavier et me mis à rédiger la suite possible de leurs aventures. D’ailleurs, ma capacité à taper très vite à l’ordinateur et à écrire sans même regarder mon clavier (ou en regardant volontairement ailleurs pour épater la galerie au collège) vient aussi de là. J’ai écrit très tôt, très vite, très longtemps.

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L’univers qui a toutefois clairement changé ma vie a été, comme pour beaucoup d’autres enfants de ma génération, celui de Harry Potter. Harry qui m’a donnée le goût de la lecture comme celui de l’écriture. Je lisais déjà avant de découvrir Harry Potter, mais sans jamais avoir eu LE coup de cœur. Ce coup de cœur a été pour Harry Potter et j’ai développé une véritable passion de la lecture grâce à lui. Mais c’est surtout mon écriture, qui m’est restée de l’univers du petit sorcier. J’écrivais avant, mais ces histoires auraient pu ne rester que des histoires inachevées dormant dans un disque dur et auxquelles je n’aurais plus jamais touchées. Mes histoires sur ces univers autres que celui de Harry Potter n’ont jamais été ni très nombreuses, ni très longues, ni très intéressantes. Et c’est là où je peux dire que Harry Potter a changé ma vie sans exagérer. Parce que sans lui, peut-être n’aurais-je jamais autant aimé lire, et peut-être surtout n’aurais-je jamais autant écrit. Or, l’écriture est ce qui m’a permis de rester à peu près saine d’esprit au collège, puis d’être présentée au Concours général au lycée et enfin, d’impressionner suffisamment le jury d’entrée à Sciences Po pour décrocher une place au sein de cette école.

Qu’aurait été ma vie, sans cela ?

Mes premières histoires empruntant les personnages de J.K Rowling concernaient, naturellement là encore, la suite. Le dernier tome n’était pas encore sorti, laissant la place toute grande à l’imagination. Mais, et là est toute la différence d’avec ce que j’ai pu écrire précédemment… je n’ai pas arrêté d’écrire à la sortie du dernier livre. J’ai continué longtemps, je continue aujourd’hui encore. Contrairement à tous les autres univers, comme celui cité plus haut, celui de Harry ne m’a jamais lassée. J’ai d’abord écrit sur ce qui avait pu se passer avant (notamment sur Lily et James, les parents de Harry, dont l’amour me fascinait), puis en écrivant même pendant. C’est-à-dire sur les années à Poudlard mais du point de vue d’autres personnages : Ginny Weasley, les membres de l’Armée de Dumbledore pendant la septième année. L’épilogue du dernier tome, en délivrant des informations sur les enfants de nos héros, est aussi une mine d’or pour l’imagination. J’ai écrit sur ces enfants, imaginé le poids du passé sur leurs épaules et la façon dont ils pouvaient évoluer dans un monde que leurs parents avaient créé ou souhaité détruire (pour les enfants de Mangemorts). J’ai publié certaines de ces histoires sur Internet, et découvert ainsi que je n’étais en fait pas la seule à avoir l’idée d’écrire sur mes romans favoris (grande désillusion). Très vite, j’ai font bon gré mal gré puisque j’ai lu d’autres fan fictions absolument géniales, qui m’ont donnée envie de progresser, d’être capable moi aussi d’écrire des histoires qui seraient autant commentées, autant appréciées dans l’univers de la fan fiction Harry Potter.

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Puis, j’ai découvert le site Harry Potter Fanfiction. J’y ai créé un compte, il y a bientôt cinq ans. Sorti un pseudo un peu au hasard : Bloo. Et j’y ai posté mes premiers écrits. D’abord ce que l’on appelle des OS (One Shot, histoire en un chapitre). Puis, parfois, des histoires longues. Et j’ai ainsi pour la première fois mené à terme certains projets. J’ai ainsi pu cocher la case « Histoire complète » pour un de mes récits, composés de quatorze chapitres. J’étais capable de terminer quelque chose. Et c’est là, que j’ai commencé à me dire que, peut-être, je pourrais être capable, maintenant, de terminer un projet qui n’appartiendrait qu’à moi.

J’écris ici noir sur blanc le pseudonyme sous lequel je publie, parce que je ne veux plus cacher ce genre de choses. C’est vrai, je ne me suis jamais étendue sur le fait que j’écrivais des fan fictions. Je ne savais jamais trop comment les gens allaient réagir, s’ils trouveraient ça normal, surtout passé un certain âge. Maintenant je veux assumer que cela fait juste partie de moi. Que je n’ai pas à en avoir honte, au contraire. J’ai écrit un roman grâce à ça. Je prépare un autre roman grâce à ça. Je peux je crois dire en toute honnêteté que « j’écris bien », et c’est grâce à ça. J’ai aujourd’hui posté 108 histoires en tant que Bloo, dont plusieurs histoires longues en cours. Je suis le quatrième auteur le plus productif du site. Certaines de mes histoires ont même gagné des prix. Je n’ai pas en avoir honte, bien au contraire.

Récemment, j’ai d’ailleurs mis un point final à une autre fan fiction, la seule que j’écrivais encore sur un univers autre que celui de Harry Potter. A douze ans, je suis allée voir Les enfants de Timpelbach au cinéma, et bien qu’ayant apprécié le film, j’ai été un peu frustrée par toutes les pistes qui n’y étaient pas explorées. Encore une fois, je me suis donc armée de mon imagination et de mon clavier pour y remédier et xTimpelbach est né. Il y a deux semaines à peine, j’ai mis un point final à cette histoire commencée à douze ans, laissée en plan pendant des années et reprise sérieusement durant le lycée. Elle fait dix-sept chapitres. Dix-sept chapitres, 225 pages Word et plus de 110 000 mots. Et elle n’est que la première partie d’une histoire plus vaste encore, qui doit comprendre deux autres parties qui seront au moins toutes aussi longues. Ce projet est énorme et me tient considérablement à cœur. Plus que n’importe quel autre, il me permet d’ailleurs de mesurer mes progrès : les premiers chapitres, bien que modifiés récemment, comprennent encore nombre de clichés. Au fil des chapitres, ces clichés s’effacent, les personnages deviennent plus fouillés, le style moins lourd aussi. Dans la deuxième partie que je prévois maintenant, dont le plan détaillé est déjà rédigé, de nouvelles facettes vont être explorées. Parmi elles, la place des femmes dans une histoire se déroulant au beau milieu des années 1950. Je prévois d’y glisser énormément de choses qui me tiennent à cœur. Cette histoire est à la base une fan fiction, qui se rapproche maintenant plus d’un original. Grâce à elle, je sais que je suis capable de mener de longs projets. Et qu’un jour, peut-être, j’écrirai 300 000 mots sur un univers et des personnages qui seront entièrement sortis de mon imagination.

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J’ai dix-neuf ans, je suis étudiante, je suis féministe, je suis une lectrice un peu compulsive et une amoureuse de sport, et je suis aussi une écrivaine.

C’est moi, cela fait partie de moi, et je n’ai pas à le cacher d’aucune manière que ce soit.

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6 réflexions sur “Je suis une écrivaine

  1. Je me reconnais beaucoup dans ton article, même si j’ai commencé plus tard et avec beaucoup moins d’assiduité (productivité zéro chez moi, et je n’ai jamais fini une fic longue !). Mais ta conclusion me touche beaucoup, parce que oui, la fanfiction nous a apporté beaucoup, nous a appris beaucoup, et oui, nous sommes des auteurs, débutants et amateurs peut-être, mais nous sommes des auteurs, et nous n’avons pas à le cacher 😉

    • Merci beaucoup pour ton commentaire Louise, et je suis ravie que tu te sois retrouvée dans cet article ! Pour les fictions longues, ne désespère pas, la première que j’ai terminé, c’est « Le secret d’Effy », et c’était il y a deux ans… alors que j’écris depuis que j’en ai sept ! Comme quoi, tout arrive un jour. Dans tous les cas ce qui est sûr, c’est que nous n’avons effectivement pas à cacher que nous sommes des auteurs 😉

  2. J’avais envie d’écrire un petit commentaire super inspiré et super chouette pour faire honneur à ton article, et puis finalement juste ♥

    (et aussi, les discussions avec toi et lire tes fics, même silencieusement -et les corriger, même avec beaucoup de retard- est en train doucement de m’aider à recommencer à écrire… J’ai plus le blocage, reste à avoir le temps).

    • Oh, c’est une des plus jolies choses que l’on puisse me dire ça, que je redonne envie d’écrire. J’ai bien reçu ton message, j’y répondrai une fois à nouveau bien installé à Dijon. Des ♥

  3. […] En attendant, je ne sais pas si l’usage du mot « autrice » va bientôt se repopulariser mais pour ce qui me concerne, j’aimerais qu’on l’utilise désormais pour me qualifier comme je vais le faire moi-même. Soyez auteur, auteure, autrice, écrivain ou écrivaine. Pour ma part, je ne suis plus « seulement » une écrivaine. […]

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