Cinq livres qui ont changé ma vie

Pendant des années, j’ai été une lectrice compulsive. Je dévorais chaque ouvrage qui me passait sous la main et était aussi capable de relire un trop grand nombre de fois les romans que j’avais adoré. Mes études supérieures ont mis un certain frein à cet état, d’abord parce que j’ai eu beaucoup moins de temps pour lire et ensuite parce que j’ai pris la très mauvaise habitude de rester sur mon ordinateur jusqu’à tard le soir et à ne plus m’endormir en lisant. Je me force d’ailleurs à reprendre cette habitude le soir et je continue donc à lire, même si c’est à un rythme bien moins effréné qu’à une époque.

Des romans, j’en ai donc lus un très grand nombre et il y en a énormément que j’ai adorés, bien trop pour pouvoir tous les citer. Parmi ces livres, il y en a certains qui ont pris une place toute particulière dans ma vie. J’estime en effet qu’il y a des romans qui ne m’ont pas seulement plu, mais qui ont aussi changé ma vie. Cela ne veut d’ailleurs pas toujours dire qu’ils sont les meilleurs que j’ai pu lire en soit, juste que le fait de les lire a eu une incidence claire sur ma vie. Ils sont cinq, en tout, cinq romans qui ont une place toute particulière dans mon cœur de lectrice compulsive. Des romans que j’ai tous lus il y a plusieurs années au moins, c’est-à-dire il y a suffisamment longtemps pour réellement me rendre compte de l’impact qu’ils ont eu sur ma vie.

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Le premier et sans doute le plus important de tous n’est pas un roman mais une saga, et il s’agit bien entendu de la saga Harry Potter. Je fais partie d’une génération qui a grandi avec cette saga, et je ne suis certainement pas la seule à avoir vu sa vie bouleversée par celle-ci. Les mots sont volontaires et je ne crois pas en faire trop, parce que ma vie n’aurait définitivement pas été la même sans Harry Potter.

Mes parents m’ont lu énormément d’histoires quand j’étais petite et je n’avais qu’une hâte à l’école, celle d’apprendre à lire. Dès l’entrée en école primaire, j’ai donc lu de petites histoires et des romans pour enfants, naturellement, parce que mes parents m’y avaient habituée. Mais aucune de ces histoires ne m’a vraiment touchée ou emballée. Il y en a que j’ai appréciées et dont je me souviens encore aujourd’hui, sans que je ne les ai lues avec ferveur. Le premier livre à m’avoir réellement enthousiasmé a été Harry Potter à l’école des sorciers. Je pense donc que mon goût pour la lecture vient de cette saga parce qu’à partir de sa publication, je n’ai plus seulement lu par habitude ou par reproduction du schéma familial mais bien par goût, par envie, par plaisir. Harry Potter m’a fait prendre conscience de la magie des mots, sans mauvais jeu de mot aucun.

C’est allé plus loin encore. Comme je l’avais expliqué dans cet article, en plus de lire très tôt j’ai aussi écrit mes propres histoires très tôt. Ces histoires étaient alors basées sur ce que je lisais ou regardais à la télévision. Je ne m’en rappelle plus exactement, mais je crois bien que mes toutes premières histoires ont concerné la saga Harry Potter. Ce qui est certain en tout cas, ce qu’il n’y a aucune saga ni aucun roman sur lequel j’ai autant écrit, si l’on excepte peut-être Les enfants de Timpelbach –mais c’est ici plus le film que le livre qui m’a poussée à écrire. Grâce à Harry Potter, j’ai fait fonctionner mon imagination, travaillé mon style d’écriture, appris à approfondir des personnages et à les rendre réalistes et crédibles, achevé mes premières histoires longues et ainsi découvert comment mener une intrigue sur des dizaines de milliers de mots. J’ai à ce jour posté 110 histoires sur le site d’écriture basé sur Harry Potter où je suis inscrite, auxquelles peuvent se rajouter les dizaines d’autres qui dorment sur mon disque dur et dont certaines sont appelées à être retravaillées et achevées.

L’écriture comme la lecture ont aujourd’hui une place considérable dans ma vie. Lorsque je ne vais pas bien, l’écriture est toujours ma thérapie, l’a toujours été et le sera sans doute encore. Enfant, je réalisais mes rêves d’aventure et de magie au travers de mes écrits. Collégienne, je surmontais tant bien que mal mes déprimes en couchant tous mes sentiments sur le papier. Lycéenne, je retrouvais de l’estime pour moi et pour la vie en menant à terme des projets d’écriture me tenant particulièrement à cœur. Je n’ai jamais cessé depuis. Si je n’avais pas eu Harry Potter dans ma vie, je n’aurais peut-être pas eu la lecture non plus et encore moins l’écriture.

Et ma vie n’aurait sans doute pas été aussi belle.

2

Mes parents m’ont offert Le journal d’Anne Frank juste avant que je n’entre en sixième. C’est au travers de ce journal que j’ai découvert ce qu’avait été le génocide juif et que je me suis intéressée à l’histoire du XXème siècle et tout particulièrement à celle de la seconde guerre mondiale. Cette lecture m’a profondément remuée. Je me suis attachée à Anne au fil de ma lecture, j’ai trouvé en elle une sorte de grande sœur, puisqu’alors plus âgée que moi, une grande sœur qui m’a été brutalement arrachée à la fin de ma lecture. Je me suis identifiée à cette jeune fille, me suis mise à sa place un nombre incalculable de fois, avant de lire les derniers mots et l’épilogue de l’ouvrage qui m’ont fait la sensation d’une douche froide.

Pendant des années, je me suis adressée à Kitty en écrivant dans mon propre journal, comme l’avait fait Anne des décennies avant moi. C’est d’ailleurs en lisant son journal que j’ai entamé la rédaction du mien, un journal qui me fut particulièrement précieux au collège où il fut très souvent mon unique refuge et mon seul confident.

Anne a aussi renforcé ma passion pour l’histoire. Comme dans le cas d’Harry Potter, j’étais déjà intéressée par l’histoire auparavant ne serait-ce que du fait de la profession de mes parents. Mais la découverte du journal a considérablement accentué cet intérêt. J’ai lu beaucoup d’autres livres et me rappelle d’ailleurs avoir lu les manuels de troisième que possédaient mes parents dès la sixième, le soir avant de m’endormir. J’ai visionné nombre de films, souvent pleuré toutes les larmes de mon cœur, sans pour autant arrêter. En fait, je me suis sentie très vite investie d’un devoir de mémoire. Anne avait été ma confidente, Anne aurait pu être moi, je sentais que je devais faire quelque chose pour honorer sa mémoire et que plus aucune jeune fille ne connaisse un destin semblable à celui d’Anne Frank. C’est comme cela que la lutte contre le racisme et les discriminations est devenu un sujet me tenant tout particulièrement à cœur et la raison première pour laquelle je me suis engagée en politique.

Enfin, Anne a longtemps été l’une des seules femmes historiques de ma connaissance. Mais le fait qu’elle ait été là m’a fait prendre très tôt conscience que les femmes avaient eu toute leur place dans l’Histoire, au même titre que les hommes. J’ai très vite trouvé injuste que l’on ne nous présente que des hommes dans nos cours et nos manuels scolaires, alors même qu’Anne me prouvait que les femmes avaient été toutes autant concernées et avaient tout autant à dire que les hommes. Je m’intéresse aujourd’hui énormément à l’histoire des femmes, parce que j’ai appris bien plus de choses sur les hommes que sur les femmes et que je pense que ça n’est pas normal, qu’il est important de trouver un équilibre, de redonner aux femmes la place qu’elles ont eu dans l’histoire et qu’on leur a sciemment retiré –c’est trop facile de prétendre qu’elles n’ont pas été là, elles l’ont été mais on ne les a pas retenues, ce n’est pas la même chose.

Cet intérêt n’est sans doute pas étranger au fait que c’est Anne et non un homme qui m’a introduite à l’histoire.

3

A la fin de la seconde et dans la perspective des épreuves anticipées de français qui se rapprochaient, j’ai songé qu’il serait temps de me mettre à lire de la littérature classique. Je lisais énormément, mais pas le genre de livres que l’on peut citer dans une dissertation de français ou qui sont considérés comme de la « vraie » littérature –même si j’aurais beaucoup à dire sur cette classification douteuse pleine d’élitisme et de mépris de classe. Emile Zola était un auteur dont j’avais suffisamment entendu le nom pour en faire un auteur incontournable. J’ai donc décidé de profiter de mon été pour m’attaquer à l’un de ses romans et j’en ai choisi un parmi les plus connus, Germinal.

J’ai adoré ce roman. Pourtant, je n’étais clairement pas partie dans un bon état d’esprit. Il était pour moi très claire que cette lecture ne serait pas une lecture plaisante. C’était par obligation et non par choix ou désir que je m’imposais de lire Germinal. Il y avait pour moi d’un côté les lectures adolescentes ou enfantines qui étaient plaisantes, et de l’autre les lectures adultes qui étaient ennuyantes et nécessaires. Cet état d’esprit était en plus partagé par tous les jeunes de mon âge que je fréquentais. Lorsque nous avions lu Madame Bovary en dernière année de collège, beaucoup d’élèves s’en étaient plaint, trouvant le livre trop long, trop compliqué, trop barbant. Il s’agissait pour nous tous du premier ouvrage classique que nous lisions. Personnellement, j’avais achevé ma lecture sans trop de difficulté mais sans non plus y prendre un plaisir particulier et cela plus l’état d’esprit de mes camarades m’avait conduite à rester dans cette vision dichotomique de la littérature –susnommée.

Germinal a complètement balayé cette vision. J’ai dévoré cet ouvrage et décidé aussitôt après de me lancer dans la lecture du cycle complet des Rougon-Macquart, dans l’ordre. Je me suis aussi mise à lire d’autres ouvrages de littérature classique, dont l’autre œuvre emblématique de Flaubert d’ailleurs, à savoir L’éducation sentimentale. Germinal a déconstruit tous les préjugés que j’entretenais quant à la littérature classique et je ne lis aujourd’hui pratiquement plus que ça, me rendant compte de l’incroyable richesse qu’offre cette littérature et de tous les livres à côté desquels j’ai pu passer et qu’il me faut maintenant rattraper.

Emile Zola est aujourd’hui mon écrivain préféré avec Albert Camus.

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Ce livre m’a été offert pour un anniversaire et est devenu l’un de mes favoris, si ce n’est le favori. Jusqu’à présent, rien de bien extraordinaire. Mais je n’ai pas seulement dévoré une bonne dizaine de fois ce roman : j’en ai tiré l’inspiration pour de très nombreuses histoires, dont une qui a été mené à terme et qui fut mon premier roman original achevé.

J’écrivais depuis un moment déjà lorsque j’ai lu Le club des incorrigibles optimistes, mais ce livre m’a fait prendre conscience de ce que j’avais envie d’écrire. Avant, je me contentais surtout d’écrire sur les œuvres que j’adorais, dont Harry Potter, sans me lancer dans l’original ou jamais de manière concluante en tout cas. En achevant la lecture de ce roman, je me suis dit que c’était exactement le genre d’histoires que j’avais envie d’écrire. Des histoires sur fond d’Histoire. Des romans se passant au XXème siècle. Des œuvres mêlant les destins de plusieurs personnages différents à chaque fois.

Tous mes projets actuels de romans sont basés sur Le club des incorrigibles optimistes, c’est-à-dire qu’ils ont pour caractéristiques celles que je viens de détailler. Tous ont l’Histoire en toile de fond et font se croiser plusieurs personnages qui sont le plus souvent l’incarnation d’une époque, d’un courant, d’une branche de l’histoire. J’ai réalisé grâce à ce roman que je pouvais mêler deux de mes plus grandes passions, l’écriture et l’histoire. J’ai tout de même ajouté ma propre caractéristique à mes histoires : mes personnages sont presque toujours des femmes quand quasiment tous les personnages du Club des incorrigibles optimistes sont des hommes. Mais ce roman reste une source d’inspiration inépuisable et est toujours une de mes lectures récurrentes.

Il s’agit très souvent du premier roman que je conseille à quelqu’un lorsque l’on me demande des avis.

5

Le premier roman de Camus que j’ai eu l’occasion de lire a été La peste, et je crois bien l’avoir préféré à L’étranger. Mais L’étranger, plus que La peste, m’a initié à quelque chose qui était alors très nouveau pour moi : la philosophie.

Je sais bien que Camus n’est pas véritablement considéré comme un philosophe, que même Sartre n’est pas toujours considéré de la sorte alors qu’il a écrit plus d’ouvrages philosophiques –ma mère me raconte souvent cette anecdote sur l’un de ses professeurs d’hypokhâgne qui estimait que Sartre n’était pas un philosophe et entretenait à ce propos une querelle avec un autre de ses professeurs qui lui, affirmait le contraire. Toujours est-il que le premier à m’avoir fait m’interroger sur la philosophie a été Camus, et non les philosophes les plus connus que j’ai ensuite étudiés en terminale.

Sa philosophie de l’absurde, notamment, m’a énormément fait m’interroger et L’étranger reste à ce jour le livre sur lequel j’ai le plus réfléchi. Là encore, mon intérêt pour le XXème siècle est venu renforcer tout cela puisque la philosophie de l’absurde est clairement marquée par une époque, par un certain contexte, même si j’estime que c’est une philosophie qui est finalement toujours très actuelle. J’en ai d’ailleurs là aussi souvent tiré de l’inspiration, certaines de mes histoires, qu’elles soient originales ou fanfictionnelles, étant basé sur ce thème de l’absurdité bien que je sois loin de le maîtriser aussi bien qu’Albert Camus. Par ailleurs, Camus avait aussi une pensée libertaire sur laquelle je me penche de plus en plus et dont je n’aurais sans doute pas même soupçonné l’existence s’il n’était pas devenu l’un de mes auteurs favoris.

Je suis tout bonnement incapable de départager Zola et Camus.

J’ai plus récemment lu des ouvrages dont je pense qu’ils resteront profondément ancrés en moi. Je pense notamment à La guerre n’a pas un visage de femme de Svetlana Alexievitch. Je n’ai cependant pas encore assez de recul sur ces lectures pour savoir si elles ont réellement changé quelque chose dans ma vie ou si elles n’ont pas été que de simples coups de cœur.

Le verdict tombera d’ici quelques années, probablement dans un nouvel article.

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3 réflexions sur “Cinq livres qui ont changé ma vie

  1. L’Etranger. C’est le premier livre qui me vient pour ma part. Pas que je n’ai rien lu avant cela – j’ai eu la chance de tomber sur de très bons romans jeunesse (la collection Medium se relit même volontiers à l’âge adulte – y’a des auteurs jeunesse vraiment pas valorisés comme ils devraient l’être!) et puis sur Harry Potter également au début du collège.

    Je me rappelle simplement de ma prof de français en troisième qui pour les vacances de Pâques voulait qu’on lise au moins un livre de la liste qu’elle nous proposait. Moi j’ai choisi L’Etranger et Des Souris et des hommes. Je me souviens encore du lieu dans lesquels j’ai lu ces deux bouquins, les larmes dans la gorge tellement c’était de l’humanité pure. A 14 ans, une enseignante m’a offert ma première épiphanie en me conseillant un bouquin.

    Camus a changé ma vie. Il la change jour après jour. Il me sauve du monde. Il me force à sortir grandie et plus forte. J’essaie. Quand je désespère, je le lis. Il y a de la lumière entre les mots. Il fait sens à n’importe quelle page prise au hasard.

    Ce que tu dis est profondément vrai sur la philosophie – Camus est philosophe. Quand il écrit des essais, il les transforme presque en roman et quand il écrit un roman, cela se transforme en de longs questionnements sur l’humain. Heureusement que cet homme a existé. Je n’ai que de la bonté et de l’admiration à son égard.

    C’est aussi un des liens forts que j’ai avec mon père. Je sais que lui aussi il le relit pour se sauver du monde. Je me sens un peu moins seule dans ma passion camusienne 😉

    L’Etranger n’est pas mon roman préféré. C’est le roman qui a fait tilt. Celui dont je suis heureuse de ne pas être passée à côté.

    Tout cela sonne peut-être un peu mélo-dramatique mais c’est ce que je ressens vis-à-vis de cet auteur – et plus largement de cet homme engagé.

    • J’ai adoré lire ton commentaire et je ne me lasse pas de le relire, c’est toujours un réel plaisir que de rentrer une autre dingue de Camus et ton commentaire est un très bel hommage à la splendeur de son œuvre. Merci à toi d’avoir lu cet article et d’avoir partagé tes impressions en tout cas, c’est toujours super intéressant notamment sur ce genre d’articles de savoir ce qu’il en est pour d’autres personnes. Camus était un homme extraordinaire, décédé bien trop tôt, et s’il y a bien un auteur qui mérite que l’on parle encore et encore de lui, c’est bien celui-ci. ♥

      • Je suis heureuse si mon commentaire fait cet effet là! Moi je sens que dans ton écriture, y’a une révolte à vivre, que ce soit dans les bonheurs ou avec le lot de difficultés de la vie. En ces temps absurdes, remplis de violence, de manque d’idéaux, je le garde près de moi. Je le feuillette et c’est tellement bon de savoir que je ne suis pas la seule. C’est bon de se dire que n’importe qui peut garder la foi en un monde, en les mots, en soi, grâce à lui et aux efforts qu’on fait. Merci tes mots, ton partage, ça fait plaisir au coeur !

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