NaNoWriMo késako

Dans quelques jours, je vais participer à mon troisième NaNoWriMo. Mais en fait le NaNoWriMo, qu’est-ce que c’est concrètement ?

Concrètement, NaNoWriMo signifie National Novel Writing Month. Soit le mois national d’écriture de roman. Concrètement, il s’agit d’écrire 50 000 mots en un mois seulement, ce qui représente pas moins de 175 pages environ. Il ne s’agit donc pas tant d’achever son roman que d’atteindre les 50 000 mots. Certaines personnes auront complété leur roman au terme de ces 50 000 mots, d’autres n’en seront qu’à la moitié, l’essentiel, c’est de réussir à écrire ces dizaines de pages en un mois seulement. Ce qui fait une moyenne de 1667 mots écrits par jour –quand même.

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Le projet est né en 1999 aux Etats-Unis et ne comptait qu’une vingtaine de participants. Il rassemble aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de personne chaque année, et dans le monde entier. Traditionnellement, le NaNoWriMo se déroule au mois de novembre. Mais le concept est devenu tellement populaire qu’il se décline aussi en deux camps NaNoWriMo au cours de l’année, souvent en avril et en juin/juillet. Durant les camps, on décide soi-même du nombre de mots que l’on souhaite écrire en un mois : ce peut être 50 000, ce peut être moins, mais aussi plus. Le NaNoWriMo, en revanche, le vrai, le dur, celui de novembre, n’est considéré comme réussi que si les 50 000 mots sont atteints –et rien n’empêche d’en écrire plus ensuite.

Concrètement, il faut s’inscrire sur le site du NaNoWriMo et attendre le 1er novembre pour commencer à écrire. Chaque jour, on rentre le nombre de mots que l’on a écrit et le site vous fait un graphique, calcule votre moyenne et vous indique la date à laquelle vous finirez à ce rythme. On peut écrire dans n’importe quelle langue et sur n’importe quel sujet. On peut écrire un roman, un mémoire, un essai, des articles, une fanfiction, l’essentiel étant d’écrire 50 000 mots. Normalement, les 50 000 mots doivent être écrits sur un seul et même projet : il s’agit donc d’écrire le même roman pendant un mois et pas des petits bouts de quinze romans différents. Mais certaines personnes utilisent le NaNoWriMo pour se motiver et au final, vous faîtes bien comme vous voulez. De toute façon, il n’y a rien à gagner. Vers la fin du mois, il faut télécharger sur le site le document sur lequel on a écrit afin de certifier que l’on a atteint les 50 000 mots. Cela donne le droit à un joli diplôme papier à imprimer et permet d’afficher fièrement le badge « Winner » sur ses réseaux sociaux. Rien de concret à remporter, et donc peu de raisons de tricher. Et personnellement, si vous me dîtes avoir écrit 50 000 mots en un mois même sur différents projets, je vous considérais comme « Winner » parce que c’est déjà un sacrément bel exploit.

La première fois que j’ai relevé ce défi littéraire, c’était un mois de juin pour un camp NaNoWriMo donc. J’ai décidé de tenter 50 000 mots pour faire comme le « vrai » NaNo. C’était ma première participation et je l’ai réussi, avec même 54 000 mots à la fin du mois. J’en ai tiré mon premier roman, qui trois ans après a été entièrement retravaillé, corrigé, et cherche actuellement un.e éditeur.ice. Il y a deux ans, j’ai décidé de tenter le NaNoWriMo de novembre mais ai cette fois-ci échoué à 12 000 mots seulement : manque de temps, manque de motivation pour le projet qui depuis dort d’ailleurs sur mon disque dur et n’a jamais été retouché. Cette année en revanche, en tant qu’étudiante Erasmus, j’ai beaucoup plus de temps libre que je n’en avais il y a deux ans et je suis donc bien décidée à me relancer dans l’aventure.

Le NaNoWriMo, c’est une expérience formidable. Être capable d’écrire 50 000 mots en un mois, ce n’est pas rien, quand on y parvient, on est incroyablement fier de soi. Et même si on n’y parvient pas, le simple fait d’avoir écrit, d’avoir échangé avec d’autres participant.e.s, d’avoir avancé un projet qui parfois traînait depuis des années, de s’être remis à l’écriture… ce sont déjà de belles victoires. Concrètement, en un mois, vous n’allez pas écrire le chef d’œuvre de votre vie. Forcément, quand on écrit beaucoup chaque jour, cela se fait au détriment de la qualité et c’est d’ailleurs assumé : la quantité avant la qualité. Mais la qualité, vous aurez tout le temps ensuite de vous y atteler. Le but du NaNo, c’est de sortir votre premier jet, de débloquer votre histoire, d’en finir avec le syndrome de la page blanche, d’avoir une base concrète sur laquelle travailler ensuite. Le roman que j’ai écrit un mois de juin était bien entendu à retravailler ensuite, j’ai mis du temps à le corriger, à l’améliorer, à le rendre parfaitement cohérent. Mais au moins, j’avais déjà mon premier jet, quelque chose sur quoi travailler, j’avais sorti mes 50 000 mots et quelque part, ainsi déjà fait le plus dur –du moins à mes yeux, parce que la correction c’est certes très ennuyant, mais ça reste moins compliqué que d’écrire 175 pages. Sans le NaNoWriMo pour me booster, pour me motiver, pour me forcer à écrire chaque jour ces mots même quand je n’en avais pas envie, même quand je n’avais plus d’idées, même que je n’aimais pas ce que j’écrivais, sans la NaNo, je n’aurais pas écrit mon premier roman à dix-sept ans.

Il n’y a pas de recette miracle pour réussir le NaNoWriMo. En réussir un ne m’a d’ailleurs pas empêché d’échouer au suivant. Certain.e.s ne jurent que par la planification, et préparent des mois à l’avance la trame de leur récit, font des fiches pour leurs personnages et commencent leur défi en sachant exactement ce qu’ils doivent écrire. D’autres ont une vague idée deux jours avant le commencement et se lancent sans savoir où cela va les mener. Tou.te.s peuvent réussir. Les deux NaNo que j’ai tentés l’ont été sur un coup de tête : je n’avais rien préparé, j’avais vaguement un début et vaguement une fin à mes histoires mais n’y avais pas franchement réfléchi. J’en ai réussi un, j’ai échoué à l’autre. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise méthode, il y a simplement ce que vous préférez. En revanche, ce que je peux vraiment recommander, c’est de ne pas participer seul.e. Je suis inscrite sur un forum d’écriture où plusieurs personnes participent chaque année et c’est bien plus motivant ainsi. On peut comparer nos avancées respectives, s’encourager, et la fierté personnelle peut faire des miracles lorsque vous voyez que vos partenaires ont rempli leur quota du jour alors que vous êtes un peu à la traîne ! Seul.e, il est beaucoup plus tentant de ne pas écrire un jour, voire deux, et quand on commence à faire des pauses, ça devient vite très difficile à rattraper parce que le nombre de mots à écrire chaque jour pour compléter le défi ne cesse de grandir. Là encore, il n’y a pas de schéma classique cela dit : certain.e.s sont capables de ne rien écrire pendant vingt jours et de soudainement sortir 50 000 mots en dix jours, préférant travailler dans l’urgence. D’autres vont écrire 30 000 mots en une semaine et ne finalement pas terminer le défi. À chacun son NaNoWriMo.

Cette fois-ci, j’ai décidé de me lancer avec un projet fanfictionnel qui me tient beaucoup à cœur. C’est la seule fanfiction que j’écris sur un univers autre que Harry Potter –en l’occurrence, celui des Enfants de Timpelbach. J’ai écrit une histoire de 110 000 mots basée sur cet univers mais il ne s’agissait que de la première partie d’un très vaste projet auquel je me consacre depuis l’âge de douze ans –avec des périodes creuses plus ou moins longues. J’ai commencé la deuxième partie il y a peu mais n’avance pas vraiment et je compte donc sur la NaNoWriMo pour retrouver le plaisir d’écrire cette histoire et enfin l’avancer sérieusement. Je dédierai un article spécial à ce projet parce qu’il me faudrait bien plus que quelques lignes pour le décrire, mais l’histoire avec laquelle je vais me lancer s’intitule en tout cas « Tous les enfants du monde », se passe dans la France des années 1950 et ça va causer amour, aventure mais aussi et surtout droits des femmes. Voilà, voilà –et oui, la fanfiction aussi c’est sérieux.

Et vous alors, le NaNoWriMo ? Peut-être que oui, peut-être que non, jamais de la vie ?

Et pourquoi pas cette année ?

Je suis une autrice

J’étais tellement petite quand j’ai commencé à rédiger des histoires que je n’ai absolument pas songé à la façon dont il convenait de me qualifier. D’ailleurs, je n’écrivais que de petites histoires par-ci par-là, le plus souvent basées sur des œuvres fictionnelles, et la profession à laquelle j’aspirais était celle de vétérinaire. En grandissant, j’ai par contre commencé à me poser des questions sur le mot qu’il convenait d’utiliser pour définir mon écriture. J’ai peu à peu cessé de la considérer comme un « simple » passe-temps sans importance, et ça a notamment été très vrai lorsque j’ai terminé mon premier roman –entièrement original, celui-ci. A ce moment, même si je ne me considérais pas comme un auteur professionnel ni même n’envisageais de le devenir, je n’ai pas trouvé disproportionné de me qualifier d’écrivain. J’écrivais des histoires, beaucoup, qu’elles soient fanfictionnelles ou originelles, et j’étais capable de mener à terme des projets. Que je sois publiée ou non, rémunérée ou non pour cela n’avait donc pas d’importance. Je me considérais bel et bien comme un écrivain.

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Je dis bien « un » écrivain, parce que je ne l’ai pas tout de suite féminisé. Mon ordinateur me signalait comme étant une faute le mot « écrivaine » et aujourd’hui encore, l’Académie française ne tolère pas la féminisation des noms de métier dont écrivain et auteur. Au fil du temps, j’ai cependant pris l’habitude d’ajouter un « e » au mot, qu’il soit celui d’écrivain ou d’auteur. J’étais désormais une écrivaine, une auteure. J’étais bien petite, étudiante, brune, curieuse, je ne voyais pas bien pourquoi je ne pouvais pas être une écrivaine. Le féminisme prenait une part de plus en plus importante dans ma vie et je percevais de mieux en mieux le poids capital du langage dans le maintien des stéréotypes sexués. Refuser de féminiser « auteur » et « écrivain », c’est quelque part laisser entendre que ces professions sont réservées aux hommes ou, ce qui est peut-être plus pernicieux encore, que seuls les hommes produisent des œuvres supposées faire mériter le qualificatif d’écrivain. Bien sûr, écrire des romans n’est aujourd’hui pas réservé aux hommes et les mauvaises langues me diront que, quand même, ce n’est pas si important le langage et il y a des combats plus importants à mener –si vous avez déjà utilisé cet argument, félicitations, vous avez votre place au sein du Bingo féministe 2016.

Et puis, il n’y a pas si longtemps que ça, j’ai entendu pour la première fois le mot « autrice ». Pour être honnête, je l’ai d’abord trouvé tout bonnement affreux, l’ai immédiatement repoussé et ai décidé de continuer à utiliser le mot « auteure » qui me paraissait bien plus doux à l’oreille. Jusqu’à ce que n’intervienne la réforme de l’orthographe et que, assez lassée de voir des gens s’exciter sur des modifications orthographiques qui n’en étaient même pas pour certaines –et oui, jusqu’en 1935 on écrivait bien nénufar et non nénuphar-, je ne fasse quelques recherches sur les réformes orthographiques menées en France. Et ne tombe sur cet article. J’apprends alors que le mot « autrice » n’est pas une aberration mais qu’il a bel et bien existé, au même titre que bien d’autres mots féminins de métiers d’ailleurs. A une époque, les femmes pouvaient ainsi être des autrices mais aussi des philosophesses, des poétesses, des mairesses, des capitainesses, des médecines ou encore des peintresses. Du moins, jusqu’à ce que le cardinal de Richelieu ne fonde l’Académie française en 1634 et ne lance une grande réforme orthographique visant à effacer, bonnement et simplement, les femmes de la vie intellectuelle et politique où elles étaient alors bien présentes –je fais d’ailleurs sur ce point une rapide digression pour rappeler qu’affirmer que les femmes n’ont jamais été très présentes dans l’histoire et qu’on ne peut pas les « sortir de nulle part » pour nos manuels d’histoire est scandaleusement faux, les femmes n’ont pas été absentes, elles n’ont pas été retenues par les hommes ayant écrit l’histoire à leur place, nuance nuance. Tout un tas de métiers n’existent alors plus qu’au masculin et il s’agit très clairement de faire comprendre aux femmes qu’elles n’ont pas la moindre légitimité pour exercer ces professions. Comme quoi, quand les féministes vous expliquent que le langage n’est pas neutre et qu’il contribue à maintenir bien en forme le patriarcat, ce n’est pas par paranoïa ou hystérie mais bien parce que c’est une réalité. Le féminin des métiers a existé, a longtemps été accepté, et c’est bien parce qu’il y a eu une volonté assumée de rabaisser les femmes qu’il a finalement disparu. Ce n’est pas simplement « le hasard » ou « la faute à pas de chance », du tout même. Le langage a été utilisé pour asseoir la domination masculine, au travers de la masculinisation des noms par exemple, mais aussi via cette fameuse règle selon laquelle « le masculin l’emporte » qui elle non plus, n’a rien de légitime ou naturelle. Jusqu’au XVIIIème siècle, c’est ainsi la règle de proximité qui prédomine dans la grammaire française : on accorde le genre et le nombre de l’adjectif avec le plus proche des noms qu’il qualifie, et le féminin peut ainsi très bien l’emporter sur le masculin.

Cette découverte m’a réellement fait réfléchir sur la pertinence de continuer à me définir comme auteure. « Auteure » n’a, contrairement à « autrice », jamais existé dans la langue française et n’est qu’une tentative de féminisation d’une profession somme toute bien timide puisque la différence entre le masculin et le féminin n’est même pas perceptible à l’oral. De plus, quand on réfléchit bien, le mot « autrice » n’est finalement pas si choquant. On dit bien un acteur et une actrice, un conducteur et une conductrice, un facteur et une factrice. Le mot « autrice » ne nous est simplement pas familier, mais un petit effort suffit parfaitement pour s’y accommoder et je pense que demander aux gens de faire cet effort est non seulement légitime mais aussi fondamentalement nécessaire.

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L’entreprise profondément sexiste de l’Académie française a en effet eu une conséquence très concrète qui a été l’invisibilisation des femmes dans de très nombreux domaines et qui se vérifie encore aujourd’hui. Il suffit de jeter un coup d’œil aux programmes lycéens de français pour constater l’absence criante de femmes parmi les personnalités étudiées. Diglee le pointait du doigt il y a un an déjà dans un article drôle mais surtout très émouvant. Et une pétition circule actuellement pour demander au Ministère de l’Education nationale de féminiser les programmes littéraires. Là encore, il convient de rappeler que les autrices ont existé et que l’argument selon lequel « oui enfin on va pas les inventer vos femmes hein » n’est pas fondé. Elles ont existé, mais on les a effacées. Citons Madame de La Fayette, citons Madame de Staël, citons Simone de Beauvoir, citons George Sand, citons Marguerite Duras, citons Juliette Benzoni, citons Colette, citons Virginia Woolf, citons Daphne du Maurier, citons Madame de Beaumont, citons Annie Ernaux, citons Karen Blixen, citons les sœurs Brontë, citons Jean Auel, citons Louise Michel, citons Françoise Giroud, citons Marguerite Yourcenar, citons Nathalie Sarraute, citons Françoise Sagan, citons Assia Djebar, citons Toni Morrison, citons Elsa Triolet, citons Marie Ndiaye, citons Maya Angelou, citons Zora Neale Hurston, citons Violette Leduc, citons Božena Němcová, citons Harper Lee, citons Sofi Oksanen, citons Svetlana Alexievitch. L’Académie française a tout fait pour les faire disparaître –vous noterez d’ailleurs qu’il n’y a que huit femmes membres de l’Académie depuis sa création en 1635 dont cinq le sont actuellement ! Elle a plutôt bien réussi, mais il ne tient qu’à nous de détruire son entreprise et de redonner aux femmes la place qu’elles méritent dans nos programmes, dans notre histoire et notre culture nationales et aussi… dans nos bibliothèques.

Globalement, j’ai toujours été sensibilisée à la question des femmes mais je me définis comme féministe et militante depuis environ trois ans. La question de la représentativité des femmes est l’une des questions me tenant le plus à cœur puisque c’est la très faible représentation des femmes dans l’histoire qui m’a amenée, presque en premier lieu, à militer. Quand j’ai appris l’existence du mot « autrice » et réfléchi à la place des femmes dans la littérature, étant de plus une lectrice presque compulsive, j’ai d’abord pensé que j’avais dû personnellement lire un certain nombre de femmes malgré leur absence des programmes –je n’ai jamais étudié une femme au lycée en cours de français. Que nenni. Sur les 41 romans que j’ai accumulés dans ma chambre d’étudiante depuis mon installation à Dijon, sept seulement ont été écrits par des femmes. 17%. Même pas un sur cinq. Et très vite me vient un autre constat : en plus de n’avoir lu que très peu de femmes, je n’ai jamais non plus lu leur œuvre mais bien un ou deux romans seulement. Tandis que j’ai acheté et lu les trois-quarts des Rougon-Macquart et dévoré une très bonne partie de l’œuvre de Camus, je n’ai lu que Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, deux nouvelles de George Sand –Pauline et Le château de Pictordu– ou encore un seul roman de Violette Leduc et Svetlana Alexievitch. Et finalement, je ne connais que très peu de femmes de lettres. Bien moins que d’hommes en tout cas.

Les mots ont un sens. Avoir refusé de féminiser « écrivain » et « auteur » pendant des siècles, c’était nier la capacité même des femmes à pouvoir écrire et à mériter d’être reconnues –et surtout retenues. Les mots ont un sens et si « auteure » est aujourd’hui globalement accepté –parce que l’avis de l’Académie française, s’il y a bien une chose à retenir de cet article, c’est qu’on s’en moque mais alors complètement-, il n’a pas non plus la même symbolique que le mot « autrice ». Me définir comme autrice, c’est pointer du doigt l’injustice qui a été faite aux femmes en 1634, c’est dénoncer l’oubli des femmes dans la littérature, c’est redonner une existence aux femmes qui, avant 1634, se sont définies comme autrices. C’est aussi, à titre personnel, une manière de dire haut et fort à l’Académie française que je la considère comme responsable –parmi tant d’autres- des stéréotypes perdurant aujourd’hui encore et qui voudraient que les femmes soient systématiques moins talentueuses que les hommes ou que leurs œuvres ne puissent être lues que par d’autres femmes et pas par l’ensemble de la population quand les œuvres des hommes par contre peuvent être lues par tout le monde. C’est une manière de signifier à l’Académie français que je sais ce qu’elle a fait, je sais sa responsabilité, je sais surtout sa connerie, et je suis bien décidée à la réparer.

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A compter du mois de juin, j’ai décidé de me lancer dans une petite opération de féminisation de ma bibliothèque et de ma culture littéraire. Je ne vais lire que des femmes pendant six mois, histoire de rééquilibrer un peu vingt années de lectures ultra majoritairement masculines. En aucun cas il ne s’agit de bannir les hommes de ma bibliothèque et de ne plus encenser que des femmes –personne ne mettra un terme à mon amour pour Camus et Zola de toute façon et Pour qui sonne le glas est pour l’instant mon gros coup de cœur de l’année avec La guerre n’a pas un visage de femme. Il s’agit simplement de redonner aux femmes la place qu’elles auraient dû avoir tout le reste de ma vie, la place qu’elles auraient dû avoir depuis 1634 même, et la place que je ferai en sorte qu’elles aient à l’avenir.

En attendant, je ne sais pas si l’usage du mot « autrice » va bientôt se repopulariser mais pour ce qui me concerne, j’aimerais qu’on l’utilise désormais pour me qualifier comme je vais le faire moi-même. Soyez auteur, auteure, autrice, écrivain ou écrivaine. Pour ma part, je ne suis plus « seulement » une écrivaine.

Je suis une autrice.

Merci aux personnes ayant échangé avec moi à propos de la littérature féminine sur Twitter, m’ayant fait découvrir des autrices talentueuses et m’ayant aussi malheureusement fait part des mêmes constats quant à leurs bibliothèques et lectures respectives.

Non, la violence n’est pas romantique

TW : violences, violences conjugales, viol

Depuis que mon troisième semestre s’est achevé pour laisser la place aux vacances de Noël, je suis revenue à l’un de mes premiers amours : la fanfiction Harry Potter, et plus particulièrement les beeelles histoires d’amour entre James et Lily Potter.

En trois semaines, j’ai facilement dû lire une quinzaine de fictions sur ces deux-là, faisant chacune un minimum de 50 000 mots, à une vitesse qui m’aurait légèrement fait culpabiliser en période scolaire -mais justement, je ne suis pas en période scolaire. Je ne l’ai jamais vraiment caché, je suis éperdument romantique et assume sans complexe adorer tout ce qui est guimauve et sentiments. Plus c’est fleur bleu, plus ça me plaît, telle est ma devise lorsque je me mets en quête de nouvelles histoires sur Internet. Dans la limite du raisonnable, du moins : c’est-à-dire que j’attends tout de même un minimum, une histoire qui tienne la route et surtout qui évite de tomber dans les nombreux clichés que l’on retrouve régulièrement sur tout ce qui est fanfiction Jily (James et Lily Potter). Ces clichés sont assez nombreux pour ces deux-là, les plus répandus étant sans doute celui selon lequel James Potter est une sorte de dieu sur terre adulé par toutes les filles et plein d’expérience, tandis que Lily Evans est au contraire une jolie vierge effarouchée qui est aussi la seule à lui résister mais finit par céder parce que tout de même, il est trop beau. J’ai tendance à fuir les histoires présentant ces clichés, non seulement parce qu’ils sont beaucoup trop courants et n’apportent plus la moindre surprise, mais aussi parce qu’ils véhiculent déjà une image assez nocive je trouve de ce que doit être une fille bien et un garçon bien.

Parce que, oui, certains clichés me dérangent. Certains clichés me choquent même, pas par le manque d’originalité qu’ils mettent en lumière, mais par leur consistance même.

Avant de poursuivre, je vais vous renvoyer à cet article que j’ai écrit il y a un peu plus longtemps, dans lequel j’explique que j’écris moi-même de la fanfiction depuis toujours et n’en ai pas honte puisque cela m’a permis de m’améliorer considérablement. Ce que je vais dénoncer est loin de n’être propre qu’à la fanfiction, et on peut trouver de merveilleuses fanfictions comme on peut trouver d’exécrables romans. Seulement, j’ai été particulièrement interpellé cet hiver par certaines choses et je pense qu’il est important d’en parler.

Le plus souvent, James Potter est décrit comme un imbécile arrogant durant la majeure partie de sa scolarité, jusqu’à sa dernière année en fait où il devient miraculeusement le petit ami idéal et peut alors enfin sortir avec Lily Evans. Mais il n’est pas seulement un imbécile arrogant : on le présente souvent comme carrément méchant, n’hésitant pas à humilier les personnes qu’il n’aime pas. Ça, c’est même mis clairement en avant dans les livres et ne relève pas de l’imagination des fans. En revanche, j’ai lu de très nombreuses fanfictions dans lesquelles James Potter prend également un malin plaisir à harceler et humilier… Lily Evans elle-même. C’est-à-dire que durant six ans, il lui fait les pires farces possibles, l’insulte régulièrement, pour finalement s’excuser platement en septième année et lui dire qu’après tout, elle n’avait qu’à accepter de sortir avec lui aussi. Après quoi, Lily Evans s’en veut (et j’y reviendrai mais je trouve déjà ça très malsain) et sort donc effectivement avec lui. Ça, c’est vraiment le scénario le plus classique. Et en soi, il est déjà assez dérangeant.

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En effet, des excuses suffisent-elles à racheter six années d’insultes et humiliations quotidiennes ? Peut-on vraiment penser que dire « Je suis désolé » permet d’oublier de tels agissements ? Ce qui m’embête dans ce scénario, c’est que l’on embellit quelque part le mauvais comportement du héros. On sait que James Potter humiliait d’autres élèves, ça c’est avéré. On sait aussi qu’il avait un comportement gauche avec Lily Evans, lui demandant régulièrement de sortir avec lui malgré ses refus réguliers. Est-il besoin en plus de faire de lui le harceleur de cette même Lily Evans ? Cela rend-t-il leur histoire, au finale, plus romantique ? Je ne le pense pas. En tant que Lily Evans, je crois que j’aurais été capable de pardonner à un garçon qui en a humilié d’autres s’il s’est véritablement remis en question et est passé à autre chose (sans compter qu’il y a tout de même un certain contexte, les élèves humiliés en question n’étant pas les derniers à en harceler d’autres pour des motifs racistes même si cela ne justifie rien). Par contre, si un garçon a passé six années de sa vie à me rabaisser plus bas que la terre, je crois bien qu’il pourrait me présenter toutes les excuses du monde que je n’en aurai pas grand-chose à faire. Si un homme est capable de t’insulter durant six ans, qui dit qu’il ne va pas recommencer ? Qui dit, surtout, qu’il n’est pas susceptible de recommencer ? Voire même… d’aller au-delà de la violence verbale ?

Et bien certains auteurs y vont, au-delà de cette violence. Je suis tombée sur une telle fanfiction. Techniquement, elle était très bien écrite. Rien à redire sur la forme, l’écriture est fluide, correcte, ça se lit très bien et on se met facilement dans la peau des personnages. Mais l’histoire m’a sincèrement choquée. Dedans, James Potter ne se contente pas d’humilier Lily Evans -même s’il fait ça très bien et de manière très répétitive. Il en arrive à de la violence physique. Il la frappe, la pousse dans des escaliers, et trouve cela parfaitement normal. Pire, alors qu’il lui a fait subir six années d’un tel calvaire, il décide finalement de sortir avec elle et cela donne lieu à une scène hallucinante. Je dis bien hallucinante, parce que vous avez d’un côté Lily, harcelé et frappé pendant six ans qui, assez naturellement semble-t-il, ne fait pas confiance à James lorsqu’il lui annonce ses sentiments… et de l’autre James, donc, violent, manipulateur, certes sincère cette fois-ci mais dont les actes passés n’ont pas à être pardonnés. Et bien, c’est Lily qui est culpabilisée. Lily qui est mal jugée parce qu’elle ose refuser, parce qu’elle n’arrive pas à passer au-dessus, parce qu’elle n’arrive pas à lui faire confiance. Les amis de James lui disent ainsi que Lily « exagère », James s’indigne qu’elle ne veuille pas croire en lui, et Lily en elle-même se dit qu’elle a peut-être été un peu trop méchante avec ce pauvre James… qui deux chapitres plus tôt, lui a fracturé le poignet et causé un traumatisme crânien. Qui ferait confiance à une telle personne ? Là, je trouve que l’auteure joue à un jeu très dangereux. Arrivé à un tel point, si elle tient réellement à écrire une telle histoire, ce qui paraîtrait cohérent serait que Lily refuse et que James ouvre les yeux et se rende compte qu’il est le seul et unique responsable de la situation. Or, ce n’est pas ce qui arrive. Lily finit par tout lui pardonner, et doit même se faire pardonner elle-même pour avoir osé ne pas le croire, et tout est bien qui finit bien.

Ce message est terriblement inquiétant par deux aspects. D’un côté, il embellit totalement la violence, en faisant même quelque chose d’attrayant, de sexy. James est violent, James frappe Lily et l’insulte quotidiennement, mais il reste tout à fait envisageable de sortir avec lui. De l’autre côté, Lily, qui est rappelons-le la seule victime dans cette histoire, est celle qui est amenée à culpabiliser. Dans une scène surréaliste, tandis que James s’excuse pour le mal causé ce qui paraît être la moindre des choses, Lily réalise qu’il est sincère et… s’en veut qu’il se sente aussi mal. Là où cette scène est dangereuse, c’est qu’elle tombe totalement dans le victim blaming. Le victim blaming, ce phénomène qui consiste à chercher des excuses à l’agresseur en disant que la victime l’a sans doute un peu cherché aussi : qu’elle a dû mal se comporter, mal s’habiller, sortir là où il ne fallait pas, boire un peu trop… Mais Lily n’est pas coupable de quoi que ce soit. Rien ne justifie qu’un homme vous insulte, vous harcèle et vous blesse physiquement.

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C’est ainsi que j’en arrive à mon titre : violence et romantisme sont antithétiques. La violence, sous quelque forme que ce soit, n’est pas romantique. Bien sûr, il existe des exceptions telles que le sadomasochisme, mais cet article n’a pour but d’en parler. Le sadomasochisme implique en effet du consentement. Or, dans l’histoire décrite plus haut, il n’y a de consentement nulle part. Lily n’a jamais consentie à être jetée du haut d’un escalier ou à avoir le poignet brisé. Jamais. Et pourtant, on nous fait croire le contraire. On nous présente des histoires dans lesquelles la violence est enjolivée, dans lesquelles elle est même nécessaire à l’avancement de l’intrigue, comme si une histoire d’amour ne pouvait se former autrement. Pourquoi ?

Parce que l’on vit dans une société où la culture du viol et le victim blaming sont la norme, justement. Prenons deux exemples concrets : dans la saga Fifty shades of Grey, le héros Christian se comporte d’une façon tout sauf romantique ni même normale envers sa petite amie, Anna. Il la suit, l’empêche de voir ses amis ou sa famille, contrôle ses sorties, lui fait des réflexions abjectes et se permet une grande violence verbale comme physique envers elle. Puis, plus récemment, il y a eu l’affaire de Cologne. Je ne vais pas revenir sur le fond, les charmants débats sur Twitter m’ont bien suffi. Je veux juste mettre l’accent sur la réaction de la maire de Cologne : peu après ces agressions, celle-ci appelle les femmes à être prudentes, à ne pas sortir seules, à éviter certains endroits. Dans le cas de Fifty shades of Grey comme dans celui de Cologne, on est en plein dans la culture du viol et le victim blaming. La culture du viol, soit la banalisation voire l’acceptation du viol du fait de justifications y étant apportées, parce que la relation d’Anna avec Christian est considéré comme totalement libre voire super romantique alors que Christian impose un grand nombre de choses à Anna via une vraie manipulation psychologique. Le victim blaming, parce qu’aux lendemains d’agressions à l’encontre de femmes qui n’ont rien demandé, c’est à elles que l’on demande d’adapter leur comportement. C’est à elles que l’on demande de ne pas sortir, alors que ce sont les hommes coupables de tels actes qui ne devraient pas avoir le droit de sortir. Surtout, ce qu’il y a de dangereux avec ses propos, c’est qu’il revienne là aussi à légitimer le viol : si une nouvelle femme est agressée à Cologne alors qu’elle était seule, donc ne « respectait pas » les consignes de sécurité, vous pouvez être certain que l’on entendra dire qu’elle l’a un peu cherché, aussi.

S’indigner d’une fanfiction banalisant la violence peut alors paraître un peu décalé, étant donné que de nombreuses femmes vivent réellement cette violence et qu’elle n’est pas seulement fictive. Pourtant, je pense qu’il faut aussi parler de ces histoires et les dénoncer parce qu’elles font partie d’un tout. Tant que l’on continuera dans la littérature, dans les films, dans les médias et sur Internet, à romantiser la violence et à justifier que les hommes puissent y avoir recours, les femmes continueront à vivre cette violence.

Alors cet article s’adresse à vous, auteures et auteurs, que ce soit de fanfictions ou de romans. Ce n’est pas une dénonciation, non, c’est plutôt un appel. Nous sommes sans doute nombreux à avoir déjà eu recours à de tels procédés. Moi-même, j’ai écrit des histoires dans lesquelles le méchant garçon finit avec la gentille fille qui lui pardonne tout. Il ne s’agit pas de culpabiliser jusqu’à la fin de mes jours d’avoir écrit ça mais de prendre conscience de la problématique qu’il y a derrière et de tout faire pour ne pas recommencer. Il s’agit de ne plus entendre des jeunes filles dirent qu’elles rêveraient d’un homme comme Christian Grey ou d’une relation comme celle entre James et Lily décrite plus haut. Il s’agit de montrer qu’une histoire peut être romantique, ou passionnée, ou compliquée, ou tout cela à la fois, sans qu’il n’y ait forcément un recours à la violence. Surtout, il s’agit de ne plus trouver de justification à cette violence, de ne la présenter en aucun cas comme souhaitable, et de plus blâmer personne d’autre que les responsables de cette violence -et pas, surtout pas les victimes.

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Non, la violence n’est pas romantique.

Et je sais qu’il y a suffisamment de bonnes auteures et de bons auteurs pour nous le rappeler et nous l’illustrer.

Je suis une écrivaine

Après une assez longue absence due à un départ en vacances, je reviens vers vous avec un article que je suis, à vrai dire, étonnée de ne pas avoir écrit plus tôt. Ce blog doit bien maintenant en comprendre une dizaine et j’ai réalisé hier que sur tous ces articles, aucun n’était consacré à l’écriture.

Il est donc temps de remédier à la situation.

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L’écriture joue un rôle très important dans ma vie. La lecture est bien entendu dans le même cas de figure, mais je pense que l’écriture est clairement un cran au-dessus encore. Et autant dire qu’écrire, chez moi, relève presque de l’instinct. J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. Et ce n’est pas tout à fait qu’une impression puisque dès que j’ai appris à lire et donc à écrire, j’ai rédigé mes premières histoires.

Plaît-il ? Quelle espèce d’histoire une gamine de sept ou huit ans peut-elle bien avoir l’idée saugrenue d’écrire ? La réponse tient en un mot : fan fiction. Un mot que vous avez certainement déjà entendu et qui peut-être vous évoque, d’une façon absolument pas clichée (bien entendu), de jeunes adolescentes se fantasmant une belle histoire d’amour avec Edward Cullen ou Christian Gray. Si votre conception de la fan fiction s’arrête là et que vous ne souhaitez pas l’approfondir, je vous en prie, passez votre chemin. Parce que la fan fiction, j’en écris depuis bien plus que la moitié de ma vie et encore aujourd’hui, sans en avoir la moindre honte et sans non plus avoir l’impression de n’être qu’une espèce d’attardée devant éventuellement se résoudre à quitter le monde de la rêverie pour se confronter à « la réalité ».

Si la fan fiction n’avait pas fait partie de ma vie, je n’aurais jamais écrit un roman avant l’âge de dix-huit ans. Voilà. Et ce roman, pour le coup, sort tout droit de mon imagination, avec mes personnages, mon intrigue, mon monde. C’est un roman que j’ai même pris la décision de faire publier coûte que coûte.

Pourquoi, alors, continuer à écrire de la fan fiction ? Parce que cela m’amuse, d’une part, que j’aime bien écrire de petites histoires sur des univers que j’adore. Ça me détend, ça a un côté moins prise de tête que d’inventer de toutes pièces une histoire. Mais je pense aussi que la fan fiction est un formidable exercice d’écriture. J’ai écrit un roman à l’âge de dix-huit ans. Un roman de près de 250 pages faisant plus de 50 000 mots. Peu de gens ont pu faire la même chose à un tel âge. Si j’ai pu le faire, moi, ce n’est pas parce que je suis douée d’un quelconque talent que les autres n’auraient pas. C’est juste qu’écrire fait partie de moi, que j’écris sans cesse, tout le temps, depuis plus de dix ans et ça, c’est grâce à la fan fiction.

Je ne me rappelle plus exactement de mes tout premiers écrits. Je les ai depuis longtemps supprimés sans la moindre once de regret. Bien sûr, il aurait pu être amusant de les relire des années après, et c’est ce que j’ai d’ailleurs fait, sans que cela ne m’amuse réellement. Cela montre juste que j’écrivais déjà à sept ans, mais comme vous pouvez vous en douter, mon style n’avait alors pas grand-chose d’extraordinaire et d’ailleurs, presque toutes les histoires que j’ai pu entamer à cette époque n’ont pas de fin. J’étais petite, j’écrivais ce qui me passait par la tête sans vraiment me projeter sur le plus long terme et dès qu’une histoire ne m’intéressait plus, je la laissais en plan et passait à autre chose. Ecrire une seule et même histoire du début à la fin, c’est très dur, bien plus qu’on ne peut le penser à première vue. Même en ayant tout prévu, en ayant rédigé le plan de tous vos chapitres, fait des fiches incroyablement longues sur chaque personnage, il arrive forcément un moment où vous n’avez juste pas l’envie d’écrire, où les mots ne viennent plus, ou encore un moment où vous êtes confrontés au fameux syndrome de la page blanche. A sept ans, et même ensuite, je n’avais clairement pas la motivation pour outrepasser ces symptômes et me contentais donc de passer à autre chose. Pourtant, ces écrits ont quand même eu leur utilité. Bien sûr, ils auraient fait hurler de rire n’importe quel éditeur, mais ils se sont améliorés au fur et à mesure. Cela restait bien en deçà de ce que pouvaient écrire de vrais écrivains, mais à force d’écrire (et de lire, aussi, parce qu’on ne le dira jamais assez mais la lecture permet de faire des progrès considérables en langue, tant du point de vue du vocabulaire que de la grammaire), j’ai fini par progresser. Si bien que très tôt, mes instituteurs et professeurs m’ont dit que j’écrivais remarquablement bien pour mon âge. Je n’écrivais pas remarquablement bien tout court, mais comparé à la façon d’écrire de mes camarades n’ayant pas pris l’habitude de rédiger aussi fréquemment que moi, j’étais douée.

D’où m’est venue cette envie parfois presque frénétique d’écrire ? A vrai dire, je ne le sais pas vraiment. Je pense avoir naturellement une imagination assez débordante. J’ai toujours eu la tête pleine d’idées, sans forcément penser à coucher celles-ci sur le papier. En commençant à lire et à regarder des dessins animés, je me suis plongée dans de nouveaux univers que j’ai adorés. C’est ainsi que j’ai rédigé mes premières histoires sur (attention roulement de tambours)… les Mew Mew Power, voilà, vous pouvez rire, c’est ce que je fait en rédigeant ces lignes. Je regardais le dessin animé, j’aimais beaucoup les personnages et une fois tous les épisodes visionnés, j’ai eu envie de prolonger ma passion. C’est donc tout naturellement que je m’installais devant un clavier et me mis à rédiger la suite possible de leurs aventures. D’ailleurs, ma capacité à taper très vite à l’ordinateur et à écrire sans même regarder mon clavier (ou en regardant volontairement ailleurs pour épater la galerie au collège) vient aussi de là. J’ai écrit très tôt, très vite, très longtemps.

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L’univers qui a toutefois clairement changé ma vie a été, comme pour beaucoup d’autres enfants de ma génération, celui de Harry Potter. Harry qui m’a donnée le goût de la lecture comme celui de l’écriture. Je lisais déjà avant de découvrir Harry Potter, mais sans jamais avoir eu LE coup de cœur. Ce coup de cœur a été pour Harry Potter et j’ai développé une véritable passion de la lecture grâce à lui. Mais c’est surtout mon écriture, qui m’est restée de l’univers du petit sorcier. J’écrivais avant, mais ces histoires auraient pu ne rester que des histoires inachevées dormant dans un disque dur et auxquelles je n’aurais plus jamais touchées. Mes histoires sur ces univers autres que celui de Harry Potter n’ont jamais été ni très nombreuses, ni très longues, ni très intéressantes. Et c’est là où je peux dire que Harry Potter a changé ma vie sans exagérer. Parce que sans lui, peut-être n’aurais-je jamais autant aimé lire, et peut-être surtout n’aurais-je jamais autant écrit. Or, l’écriture est ce qui m’a permis de rester à peu près saine d’esprit au collège, puis d’être présentée au Concours général au lycée et enfin, d’impressionner suffisamment le jury d’entrée à Sciences Po pour décrocher une place au sein de cette école.

Qu’aurait été ma vie, sans cela ?

Mes premières histoires empruntant les personnages de J.K Rowling concernaient, naturellement là encore, la suite. Le dernier tome n’était pas encore sorti, laissant la place toute grande à l’imagination. Mais, et là est toute la différence d’avec ce que j’ai pu écrire précédemment… je n’ai pas arrêté d’écrire à la sortie du dernier livre. J’ai continué longtemps, je continue aujourd’hui encore. Contrairement à tous les autres univers, comme celui cité plus haut, celui de Harry ne m’a jamais lassée. J’ai d’abord écrit sur ce qui avait pu se passer avant (notamment sur Lily et James, les parents de Harry, dont l’amour me fascinait), puis en écrivant même pendant. C’est-à-dire sur les années à Poudlard mais du point de vue d’autres personnages : Ginny Weasley, les membres de l’Armée de Dumbledore pendant la septième année. L’épilogue du dernier tome, en délivrant des informations sur les enfants de nos héros, est aussi une mine d’or pour l’imagination. J’ai écrit sur ces enfants, imaginé le poids du passé sur leurs épaules et la façon dont ils pouvaient évoluer dans un monde que leurs parents avaient créé ou souhaité détruire (pour les enfants de Mangemorts). J’ai publié certaines de ces histoires sur Internet, et découvert ainsi que je n’étais en fait pas la seule à avoir l’idée d’écrire sur mes romans favoris (grande désillusion). Très vite, j’ai font bon gré mal gré puisque j’ai lu d’autres fan fictions absolument géniales, qui m’ont donnée envie de progresser, d’être capable moi aussi d’écrire des histoires qui seraient autant commentées, autant appréciées dans l’univers de la fan fiction Harry Potter.

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Puis, j’ai découvert le site Harry Potter Fanfiction. J’y ai créé un compte, il y a bientôt cinq ans. Sorti un pseudo un peu au hasard : Bloo. Et j’y ai posté mes premiers écrits. D’abord ce que l’on appelle des OS (One Shot, histoire en un chapitre). Puis, parfois, des histoires longues. Et j’ai ainsi pour la première fois mené à terme certains projets. J’ai ainsi pu cocher la case « Histoire complète » pour un de mes récits, composés de quatorze chapitres. J’étais capable de terminer quelque chose. Et c’est là, que j’ai commencé à me dire que, peut-être, je pourrais être capable, maintenant, de terminer un projet qui n’appartiendrait qu’à moi.

J’écris ici noir sur blanc le pseudonyme sous lequel je publie, parce que je ne veux plus cacher ce genre de choses. C’est vrai, je ne me suis jamais étendue sur le fait que j’écrivais des fan fictions. Je ne savais jamais trop comment les gens allaient réagir, s’ils trouveraient ça normal, surtout passé un certain âge. Maintenant je veux assumer que cela fait juste partie de moi. Que je n’ai pas à en avoir honte, au contraire. J’ai écrit un roman grâce à ça. Je prépare un autre roman grâce à ça. Je peux je crois dire en toute honnêteté que « j’écris bien », et c’est grâce à ça. J’ai aujourd’hui posté 108 histoires en tant que Bloo, dont plusieurs histoires longues en cours. Je suis le quatrième auteur le plus productif du site. Certaines de mes histoires ont même gagné des prix. Je n’ai pas en avoir honte, bien au contraire.

Récemment, j’ai d’ailleurs mis un point final à une autre fan fiction, la seule que j’écrivais encore sur un univers autre que celui de Harry Potter. A douze ans, je suis allée voir Les enfants de Timpelbach au cinéma, et bien qu’ayant apprécié le film, j’ai été un peu frustrée par toutes les pistes qui n’y étaient pas explorées. Encore une fois, je me suis donc armée de mon imagination et de mon clavier pour y remédier et xTimpelbach est né. Il y a deux semaines à peine, j’ai mis un point final à cette histoire commencée à douze ans, laissée en plan pendant des années et reprise sérieusement durant le lycée. Elle fait dix-sept chapitres. Dix-sept chapitres, 225 pages Word et plus de 110 000 mots. Et elle n’est que la première partie d’une histoire plus vaste encore, qui doit comprendre deux autres parties qui seront au moins toutes aussi longues. Ce projet est énorme et me tient considérablement à cœur. Plus que n’importe quel autre, il me permet d’ailleurs de mesurer mes progrès : les premiers chapitres, bien que modifiés récemment, comprennent encore nombre de clichés. Au fil des chapitres, ces clichés s’effacent, les personnages deviennent plus fouillés, le style moins lourd aussi. Dans la deuxième partie que je prévois maintenant, dont le plan détaillé est déjà rédigé, de nouvelles facettes vont être explorées. Parmi elles, la place des femmes dans une histoire se déroulant au beau milieu des années 1950. Je prévois d’y glisser énormément de choses qui me tiennent à cœur. Cette histoire est à la base une fan fiction, qui se rapproche maintenant plus d’un original. Grâce à elle, je sais que je suis capable de mener de longs projets. Et qu’un jour, peut-être, j’écrirai 300 000 mots sur un univers et des personnages qui seront entièrement sortis de mon imagination.

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J’ai dix-neuf ans, je suis étudiante, je suis féministe, je suis une lectrice un peu compulsive et une amoureuse de sport, et je suis aussi une écrivaine.

C’est moi, cela fait partie de moi, et je n’ai pas à le cacher d’aucune manière que ce soit.