Les histoires qui nous appartiennent

plage-galets-dieppe

C’était il y a soixante-quinze ans.

On en parle peu, bien moins que de celui de 1944, mais il y a eu un autre débarquement en Normandie avant que ne vienne D-Day : c’était un 19 août 1942 sur les plages de Dieppe et ses villes alentours.

Quand tu grandis en Normandie, c’est une histoire qui te suit un peu toute ta vie. Celle des drapeaux canadiens, anglais, américains, qui flottent presque plus autour de chez toi que les drapeaux français. Celle de tous ces cimetières blancs presque nacrés qui habillent les falaises de la côte d’Albâtre. Celle des cratères d’obus dans lesquels les enfants s’amusent tant. Celle des blockhaus qui, l’érosion aidant, sont tombés des falaises où ils se nichaient jadis et qui sont maintenant plantés là, au beau milieu des plages que tu arpentes chaque dimanche. Celle de ces deux soldats anglais, jeunes si jeunes, enterrés dans le minuscule cimetière de ton village de campagne et dont l’on fleurit encore les tombes chaque année. Celle de ces ponts qui datent presque tous de l’après-guerre. Celle de ces villes qui ne ressemblent aujourd’hui plus guère à ce que peignaient amoureusement les impressionnistes des décennies auparavant : Le Havre, Lisieux, Caen, Saint-Lô, Falaise. Celle de Tilly-la-Campagne. Celle de ces cérémonies auxquelles tu assistes depuis si longtemps, trop pour bien t’en souvenir.

C’est tremper tes pieds dans ce qui n’est au fond qu’un gigantesque cimetière de plus chaque vendredi midi, c’est longer les casemates deux fois par jour sur la route du lycée, c’est la mémoire de tes grands-parents, c’est la reconnaissance toujours teintée de ressentiment, les questions incessantes, pourquoi tout ça, pourquoi 20 000 civils, et à quoi ça ressemblait avant le Havre, c’est passer sans plus les voir devant les murs criblés de balles du palais de justice de Rouen, c’est les parterres de fleurs représentant une feuille d’érable rouge de Pourville et les plaques de Sainte-Marguerite, c’est les rues du 19 août 1942 un peu effacées par celles de la libération et c’est ce sentiment un peu particulier, plus ou moins fort selon le jour de l’année, qui continue de t’habiter même après avoir parcouru des centaines de fois chaque plage du département et lieu de débarquement.

J’ai toujours été passionnée d’histoire. L’héritage familial a fait que je m’endormais le soir en lisant des manuels d’histoire. Mais il y a toujours eu cette dimension un peu plus intime quant à ce qui touchait à la bataille de Normandie et à tout ce qui l’a précédé. L’histoire est derrière presque chacun de mes projets d’écriture, celle du XXème tout particulièrement, et pourtant je n’ai jamais rien écrit sur la Normandie et encore moins sur les débarquements. Parce que ce n’est plus simplement l’histoire mais des histoires et des histoires que je ne connais que trop bien. Parce que je ne suis pas certaine de pouvoir ajouter quoi que ce soit à ce que je vois déjà chaque jour, non plus, à ces gamin-e-s qui jouent sur les plages et visitent les musées en famille, à cette vie qui continue.

C’était beaucoup de souffrance il y a soixante-quinze ans. Certain-e-s souffrent sans doute encore, on le sait bien, tou-te-s, c’est un peu impossible de l’ignorer. Et pourtant, tout en ayant toujours su ce qu’il s’était passé sur ces plages et dans ces villes où je me promenais, j’y ai aussi toujours vu des gentes marcher et parler et rire et s’amuser et des gentes je crois heureux. C’est peut-être cette dualité qui rend les choses si particulières : l’histoire de la bataille de Normandie est un peu mon histoire par la force des choses et en même temps non, ce n’est pas tout à fait mon histoire. Je ne sais pas assez ce qui m’appartient et ce qui ne m’appartient pas pour raconter sereinement. Je suis une fille ayant grandi sur les plages du débarquement comme tant d’autres avant moi, comme tant d’autres je l’espère après moi. Je suis parfois trop dedans et parfois pas assez, sans doute jamais comme il faudrait. Dans le fond, c’est toujours trop personnel.

Et si je m’essaye un jour à écrire cette histoire, je vous raconterais comme j’aime ces plages et ces villes et ces paysages, comme j’ai aimé vivre en Normandie et adore y retourner, comme je me sens si bien assise sur les galets un ciré sur l’épaule malgré tout, malgré tout ce qui s’est passé ici, parce que c’était il y a soixante-quinze ans et c’était triste, si triste, mais parce qu’aujourd’hui les enfants courent dans les cratères et rient dans les cimetières et c’est peut-être triste, toujours, mais c’est vivant.

Publicités

Mes 101 défis en 1001 jours

Il y a plus de trois ans, sur le forum de discussion lié au site d’écriture Harry Potter Fanfiction, j’ai découvert par l’intermédiaire d’une des membres le principe des 101 défis en 1001 jours. C’est quelque chose qui m’a tout de suite séduite, au point de rédiger dans la foulée une première liste qui s’est achevée il y a quelques mois. Et d’en suivre une à nouveau, cette fois rédigée il y a quelques semaines à peine.

Le principe est simple, il s’agit de trouver 101 défis que vous pensez ou en tout cas souhaitez réaliser dans les 1001 jours à venir. 1001 jours, c’est assez long puisque cela vous projette à presque trois ans ! Mais c’est aussi exactement ce qui m’a enthousiasmée quand j’ai découvert ce défi. Contrairement aux résolutions du nouvel an, là, vous avez bien plus d’un an pour mener à bien certains objectifs, ce qui permet soit de s’en lancer plus qu’on ne l’imaginait, soit de s’investir dans des projets de plus longue haleine. De plus, vous ne vous visualisez pas seulement sur l’année à venir mais sur les trois années à venir, ce qui a un côté très excitant : quand ma liste en cours s’achèvera, je ne serai a priori qu’à deux mois de la fin de mes études et donc de mon entrée sur le marché du travail. Beaucoup de choses se seront passées, dont je l’espère, certains des objectifs que je m’étais fixée !

Concrètement, vous ne rendez de comptes à personne d’autre que vous-mêmes. Il n’y a rien à gagner si ce n’est un sentiment de fierté personnelle et vous êtes même tout à fait libre d’arranger un peu la réalité en considérant comme validé un défi qui ne l’a en fait pas été –mais l’intérêt est assez limité puisque c’est quelque chose de personnel. Cela dit, si comme moi vous souhaitez prendre cette liste au sérieux et en faire une sorte de feuille de route des années à venir, l’envisager comme une source de motivation ou que-sais-je, j’aurais alors quelques conseils à vous donner : le premier est de bien prendre le temps de réfléchir à votre liste. Quand j’ai découvert les 101 défis en 1001 jours, j’ai eu tellement envie de m’y atteler que j’ai précipitamment rédigé une liste. Le résultat, c’est que six mois plus tard à peine la moitié des objectifs ou presque ne m’intéressaient déjà plus. Je les avais balancés sur un coup de tête, ou par manque d’inspiration –parce que mine de rien, trouver 101 défis en une heure, c’est pas si évident. Au final, ma liste achevée, je n’avais donc rempli que 45 ou 50 objectifs, ce qui en soit est toujours mieux que rien mais ne m’a pas vraiment satisfaite. Le deuxième conseil, ce serait de se fixer des objectifs quantifiables, ou du moins aisément mesurables : concrètement, « Avoir plus confiance en moi », c’était un objectif de ma première liste, et je peux vous dire que j’ai été bien embêtée quand, celle-ci achevée, il m’a fallu décider si oui ou non j’avais rempli cet objectif. Comment définir objectivement l’amélioration, ou pas, de ma confiance en moi ? Il ne s’agit pas de bannir tous les objectifs de ce type, et certains se sont d’ailleurs à nouveau glissés dans ma nouvelle liste, mais il faut tout de même prendre en compte l’évaluation finale que vous allez devoir faire et qui sera plus ou moins aisée à compléter selon le choix de vos objectifs. « Lire dix livres en anglais », ça, pas de doute, vous l’avez fait ou vous ne l’avez pas fait ! Quant à mon dernier conseil, c’est de trouver un équilibre entre les « gros » et les « petits » défis. Trois ans, c’est certes beaucoup de temps, mais ce n’est pas non plus si long et prévoir quinze voyages à l’autre bout de la planète, trente-sept marathons et douze expériences professionnelles différentes n’est pas forcément très réaliste. Le but, c’est quand même de mener à terme un maximum de vos objectifs. Mais à l’inverse, ce serait dommage, du moins à mon avis, de se cantonner à de petits objectifs quotidiens ou de ne sélectionner que des objectifs que vous êtes absolument certains de pouvoir remplir. Déjà parce que ça enlève une part de challenge et ensuite, parce que je pense qu’il est chouette aussi d’avoir de se lancer de gros défis, dont on sait qu’ils vont être durs à réaliser, que ça peut être une vraie source de motivation, mais aussi une énorme source de fierté et de bonheur si vous parvenez à les réaliser ! Soyez réalistes… mais pas trop non plus, quand même. C’est bien aussi de rêver un peu, parfois.

C’est globalement la façon dont j’ai envisagé ma nouvelle liste. Comme la précédente, je l’ai organisée en parties puisqu’il me paraît plus simple de la parcourir ainsi. Ça permet aussi de voir en un coup d’œil quelle est la « catégorie d’objectifs » à laquelle vous vous consacrez le plus, celle qui semble le plus vous importer ou au contraire, celle qui va peut-être nécessiter plus d’efforts de votre part… ou qui ne sera pas à renouveler sur votre prochaine liste ! Ça arrive, ce n’est pas grave, et d’ailleurs, en trois ans, on change. Même la liste la plus réfléchie du monde n’est pas forcément adaptée à la personne que vous allez devenir en trois ans. Certains objectifs ne seront plus d’actualité ou ne vous feront plus envie et on s’en fiche, ça veut juste dire que vous avez évolué et que vous assumez aller dans une autre direction.

Ma liste a donc commencé le 1er août et s’achèvera le 29 avril 2019 soit, comme je le disais, peu de temps avant la fin de mon Master 2. Elle comprend de petits objectifs anodins, comme apprendre à cuisiner tel plat ou tel dessert, des objectifs plus réguliers, comme rédiger deux articles par mois sur mon blog ou faire une séance de sport chaque semaine. Elle comprend aussi quelques très gros défis, que je ne suis pas certaine de réaliser d’ici trois ans mais que je vais essayer de tenir malgré tout : écrire un nouveau roman et faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle étant –dans un but surtout sportif mais aussi touristique-, à mon sens, les deux plus gros. Je note entre parenthèses ma progression : par exemple, Les Petits Princes est une série que je rédige actuellement sur Harry Potter Fanfiction, dont le principe est d’écrire une nouvelle pour chacun des treize descendants de la famille Weasley. Quatre sont à ce jour rédigés, d’où le (4/12). J’aime bien également rajouter, entre d’autres parenthèses, un récapitulatif par exemple concernant les romans ou les films. D’expérience, quand vous arrivez au bout de votre liste, vous ne vous rappelez pas forcément de tous les romans que vous avez lus ces trois dernières années –ou du nombre, mais pas forcément de tous les titres. Le noter, cela permet à la fois de se « prouver » qu’on a bien réussi le défi, mais ça permet surtout de se rappeler de tout ce qu’on a fait et d’embrasser d’un regard nos trois années de lectures !

Voici donc la liste en question :

Du 1er août 2016 au 29 avril 2019

Fait : 18

En cours : 20

Abandonné : 2

Echoué : 1

Ecriture

– Terminer d’écrire les aventures d’Effy (1/4)

– Faire publier Ce mur entre nous

– Ecrire mon roman sur les femmes dans la Résistance en hommage à Madame F.

– Terminer la série Les Petits Princes (4/12)

– Terminer Tous les enfants du monde

– Terminer En famille (4/15)

– Terminer Le chant des partisans (8/18)

– Faire le plan et écrire cinq chapitres de mon projet de Jily

– Faire le plan d’Une histoire de chrysanthèmes

– Réussir un nouveau NaNoWriMo de 50 000 mots

– Être au moins cinq fois au panthéon sur 3 pages (0/5)

HPF

– Devenir l’autrice la plus productive sur Harry Potter Fanfiction

– Publier dix nouveaux textes sur le Héron (0/10)

– Atteindre les 3000 reviews (1193/3000)

– Atteindre les 100 commentaires sur le Héron (0/100)

– Renouveler mon inscription à l’association chaque année

– Participer chaque année à l’échange de Noël

– Participer chaque année à l’opération Cupidon

Lecture

– Terminer le cycle des Rougon-Macquart et relire Germinal (14/20)

– Acheter et lire un livre de contes pragois

– Lire deux livres de Marcel Proust (0/2)

– Lire dix livres en anglais (3/10) (Grandmother (Babička), The Bell Jar, Homegoing)

– Lire Le Petit Prince en tchèque

– Lire cinq livres tchèque (2/5) (Vie de Milena, Grandmother (Babička))

– Lire dix nouvelles pièces de théâtre (0/10)

– En plus de ces lectures, lire vingt nouveaux livres (17/20) (La Bâtarde, La femme sans sépulture, Orgueil et préjugés, Histoire d’une femme libre, L’œil le plus bleu, L’œuvre au noir, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Les belles images, La femme gelée, Purge, Heureux les heureux, Chanson douce, L’étrangère, Le nouveau nom, Va et poste une sentinelle, Pilote de guerre, Vol de nuit)

– Lire 100 poèmes d’Arthur Rimbaud

Etudes

– Valider ma troisième année à l’Université Charles

Trouver un job étudiant pendant ma troisième année

– Être acceptée dans le master « Stratégies territoriales et urbaines » de Sciences Po

– M’engager dans une association à Paris

– Trouver un stage de fin de M2 en-dehors de Paris

– Atteindre le niveau 3/4 de Sciences Po en tchèque

– Alimenter mon dossier sur l’Ukraine

– Être bilingue en anglais

– Savoir me présenter en italien

– Savoir lire l’alphabet ukrainien

Voyages et sorties

– Visiter cinq villes de République tchèque autres que Prague (13/5) (České Budějovice, Třeboň, Český Krumlov, Holašovice, Kutná Hora, Telč, Olomouc, Litomyšl, Brno, Lednice, Třebíč, Karlovy Vary, Kroměříž)

– Visiter Budapest

– Visiter Varsovie

– Retourner à Berlin

– Visiter Vienne

– Visiter Lviv

– Visiter Bratislava

– Faire un voyage dans les pays baltes

– Retourner au mémorial de Caen

– Visiter le musée de la Shoah à Paris

– Faire un voyage à vélo

– Acheter un sac de voyage

– Partir en vacances d’été avec des amis

– Retourner en Bretagne

– Découvrir deux nouvelles villes françaises (0/2)

– Passer une semaine à Rennes

Sport et bien-être

– Faire au moins une séance de sport par semaine

– Tester les danses folkloriques tchèques ou slovaques

– Reprendre l’habitude de la course

– Garder un poids stable

– Faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle en partant du Puy-en-Velay

– Arrêter de m’abîmer les lèvres

– Vendre mon VTT pour le remplacer par une bicyclette

– Faire cinq randonnées en République tchèque (0/5)

– Courir cinq 10 kilomètres (0/5)

– Apprendre à cuisiner une ratatouille

– Apprendre à cuisiner cinq desserts (0/5)

– Ne plus faire de crise de boulimie

Mode

– Avoir cinq nouvelles blouses (0/5)

– Avoir cinq nouveaux tops (0/5)

– Acheter sept ensembles de lingerie (2/7)

– Acheter deux beaux pyjamas d’été (0/2)

– Et deux beaux pyjamas d’hiver (0/2)

– Trouver deux nouvelles robes d’été (4/2)

– Me procurer un grand peignoir tout doux

– Donner tous les vêtements que je ne porte plus

– Ne plus acheter de vêtements qui ne me plaisent pas

Loisirs

– Regarder toutes les saisons de Veronica Mars

– Regarder l’intégrale de Buffy contre les vampires en anglais

– Découvrir une nouvelle série et la visionner entièrement

– Aller voir un opéra

– Aller cinq fois au théâtre (0/5)

– Rédiger deux articles par mois sur mon blog (11/66)

– Tenir un blog sur mon année en République tchèque

– Visionner vingt-cinq nouveaux films (10/25) (Paul, Les Innocentes, Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children, Sully, La source des femmes, The girl on the train, Divines, Coco avant Chanel, XXth Century Women, L’Âge de Glace 5)

– Visionner cinq films tchèques (1/5) (Sedmero krkavců)

– Acheter cinq disques de cinq musiciens différents (0/5)

Citoyenne

– Voter (blanc) à toutes les élections pendant les 1001 jours

– Retourner à la fête de l’humanité

– Faire trois dons sur Goodeed au moins une fois par semaine (7/143)

– Participer à la campagne des Restos du cœur

– Faire au moins une fois la marche contre Monsanto

– Ne jamais abandonner le féminisme

Vie sociale

– Me faire au moins deux amis tchèques en République tchèque

– Entretenir les liens tissés à Sciences Po

– Faire chaque année mon anniversaire avec mes amis du lycée

– Me détacher du regard d’autrui

– Rester proche de ma famille

– Faire connaître Krtek aux enfants de la famille

– Rencontrer de nouveaux HPFien-ne-s (♥)

– Rencontrer Elodie

– Accepter davantage de sorties entre amis, études ou pas

– Ne plus avoir de disputes stupides avec mes amis

– Être heureuse

J’espère que l’idée vous aura plu, notamment aux personnes qui n’avaient encore jamais entendu parler des 101 défis en 1001 jours, et si vous décidez de vous lancer, n’hésitez pas à partager vos défis avec moi ! Qui sait, on pourrait même s’entraider tout au long de notre progression.

Je suis une écrivaine

Après une assez longue absence due à un départ en vacances, je reviens vers vous avec un article que je suis, à vrai dire, étonnée de ne pas avoir écrit plus tôt. Ce blog doit bien maintenant en comprendre une dizaine et j’ai réalisé hier que sur tous ces articles, aucun n’était consacré à l’écriture.

Il est donc temps de remédier à la situation.

_1

L’écriture joue un rôle très important dans ma vie. La lecture est bien entendu dans le même cas de figure, mais je pense que l’écriture est clairement un cran au-dessus encore. Et autant dire qu’écrire, chez moi, relève presque de l’instinct. J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. Et ce n’est pas tout à fait qu’une impression puisque dès que j’ai appris à lire et donc à écrire, j’ai rédigé mes premières histoires.

Plaît-il ? Quelle espèce d’histoire une gamine de sept ou huit ans peut-elle bien avoir l’idée saugrenue d’écrire ? La réponse tient en un mot : fan fiction. Un mot que vous avez certainement déjà entendu et qui peut-être vous évoque, d’une façon absolument pas clichée (bien entendu), de jeunes adolescentes se fantasmant une belle histoire d’amour avec Edward Cullen ou Christian Gray. Si votre conception de la fan fiction s’arrête là et que vous ne souhaitez pas l’approfondir, je vous en prie, passez votre chemin. Parce que la fan fiction, j’en écris depuis bien plus que la moitié de ma vie et encore aujourd’hui, sans en avoir la moindre honte et sans non plus avoir l’impression de n’être qu’une espèce d’attardée devant éventuellement se résoudre à quitter le monde de la rêverie pour se confronter à « la réalité ».

Si la fan fiction n’avait pas fait partie de ma vie, je n’aurais jamais écrit un roman avant l’âge de dix-huit ans. Voilà. Et ce roman, pour le coup, sort tout droit de mon imagination, avec mes personnages, mon intrigue, mon monde. C’est un roman que j’ai même pris la décision de faire publier coûte que coûte.

Pourquoi, alors, continuer à écrire de la fan fiction ? Parce que cela m’amuse, d’une part, que j’aime bien écrire de petites histoires sur des univers que j’adore. Ça me détend, ça a un côté moins prise de tête que d’inventer de toutes pièces une histoire. Mais je pense aussi que la fan fiction est un formidable exercice d’écriture. J’ai écrit un roman à l’âge de dix-huit ans. Un roman de près de 250 pages faisant plus de 50 000 mots. Peu de gens ont pu faire la même chose à un tel âge. Si j’ai pu le faire, moi, ce n’est pas parce que je suis douée d’un quelconque talent que les autres n’auraient pas. C’est juste qu’écrire fait partie de moi, que j’écris sans cesse, tout le temps, depuis plus de dix ans et ça, c’est grâce à la fan fiction.

Je ne me rappelle plus exactement de mes tout premiers écrits. Je les ai depuis longtemps supprimés sans la moindre once de regret. Bien sûr, il aurait pu être amusant de les relire des années après, et c’est ce que j’ai d’ailleurs fait, sans que cela ne m’amuse réellement. Cela montre juste que j’écrivais déjà à sept ans, mais comme vous pouvez vous en douter, mon style n’avait alors pas grand-chose d’extraordinaire et d’ailleurs, presque toutes les histoires que j’ai pu entamer à cette époque n’ont pas de fin. J’étais petite, j’écrivais ce qui me passait par la tête sans vraiment me projeter sur le plus long terme et dès qu’une histoire ne m’intéressait plus, je la laissais en plan et passait à autre chose. Ecrire une seule et même histoire du début à la fin, c’est très dur, bien plus qu’on ne peut le penser à première vue. Même en ayant tout prévu, en ayant rédigé le plan de tous vos chapitres, fait des fiches incroyablement longues sur chaque personnage, il arrive forcément un moment où vous n’avez juste pas l’envie d’écrire, où les mots ne viennent plus, ou encore un moment où vous êtes confrontés au fameux syndrome de la page blanche. A sept ans, et même ensuite, je n’avais clairement pas la motivation pour outrepasser ces symptômes et me contentais donc de passer à autre chose. Pourtant, ces écrits ont quand même eu leur utilité. Bien sûr, ils auraient fait hurler de rire n’importe quel éditeur, mais ils se sont améliorés au fur et à mesure. Cela restait bien en deçà de ce que pouvaient écrire de vrais écrivains, mais à force d’écrire (et de lire, aussi, parce qu’on ne le dira jamais assez mais la lecture permet de faire des progrès considérables en langue, tant du point de vue du vocabulaire que de la grammaire), j’ai fini par progresser. Si bien que très tôt, mes instituteurs et professeurs m’ont dit que j’écrivais remarquablement bien pour mon âge. Je n’écrivais pas remarquablement bien tout court, mais comparé à la façon d’écrire de mes camarades n’ayant pas pris l’habitude de rédiger aussi fréquemment que moi, j’étais douée.

D’où m’est venue cette envie parfois presque frénétique d’écrire ? A vrai dire, je ne le sais pas vraiment. Je pense avoir naturellement une imagination assez débordante. J’ai toujours eu la tête pleine d’idées, sans forcément penser à coucher celles-ci sur le papier. En commençant à lire et à regarder des dessins animés, je me suis plongée dans de nouveaux univers que j’ai adorés. C’est ainsi que j’ai rédigé mes premières histoires sur (attention roulement de tambours)… les Mew Mew Power, voilà, vous pouvez rire, c’est ce que je fait en rédigeant ces lignes. Je regardais le dessin animé, j’aimais beaucoup les personnages et une fois tous les épisodes visionnés, j’ai eu envie de prolonger ma passion. C’est donc tout naturellement que je m’installais devant un clavier et me mis à rédiger la suite possible de leurs aventures. D’ailleurs, ma capacité à taper très vite à l’ordinateur et à écrire sans même regarder mon clavier (ou en regardant volontairement ailleurs pour épater la galerie au collège) vient aussi de là. J’ai écrit très tôt, très vite, très longtemps.

_2

L’univers qui a toutefois clairement changé ma vie a été, comme pour beaucoup d’autres enfants de ma génération, celui de Harry Potter. Harry qui m’a donnée le goût de la lecture comme celui de l’écriture. Je lisais déjà avant de découvrir Harry Potter, mais sans jamais avoir eu LE coup de cœur. Ce coup de cœur a été pour Harry Potter et j’ai développé une véritable passion de la lecture grâce à lui. Mais c’est surtout mon écriture, qui m’est restée de l’univers du petit sorcier. J’écrivais avant, mais ces histoires auraient pu ne rester que des histoires inachevées dormant dans un disque dur et auxquelles je n’aurais plus jamais touchées. Mes histoires sur ces univers autres que celui de Harry Potter n’ont jamais été ni très nombreuses, ni très longues, ni très intéressantes. Et c’est là où je peux dire que Harry Potter a changé ma vie sans exagérer. Parce que sans lui, peut-être n’aurais-je jamais autant aimé lire, et peut-être surtout n’aurais-je jamais autant écrit. Or, l’écriture est ce qui m’a permis de rester à peu près saine d’esprit au collège, puis d’être présentée au Concours général au lycée et enfin, d’impressionner suffisamment le jury d’entrée à Sciences Po pour décrocher une place au sein de cette école.

Qu’aurait été ma vie, sans cela ?

Mes premières histoires empruntant les personnages de J.K Rowling concernaient, naturellement là encore, la suite. Le dernier tome n’était pas encore sorti, laissant la place toute grande à l’imagination. Mais, et là est toute la différence d’avec ce que j’ai pu écrire précédemment… je n’ai pas arrêté d’écrire à la sortie du dernier livre. J’ai continué longtemps, je continue aujourd’hui encore. Contrairement à tous les autres univers, comme celui cité plus haut, celui de Harry ne m’a jamais lassée. J’ai d’abord écrit sur ce qui avait pu se passer avant (notamment sur Lily et James, les parents de Harry, dont l’amour me fascinait), puis en écrivant même pendant. C’est-à-dire sur les années à Poudlard mais du point de vue d’autres personnages : Ginny Weasley, les membres de l’Armée de Dumbledore pendant la septième année. L’épilogue du dernier tome, en délivrant des informations sur les enfants de nos héros, est aussi une mine d’or pour l’imagination. J’ai écrit sur ces enfants, imaginé le poids du passé sur leurs épaules et la façon dont ils pouvaient évoluer dans un monde que leurs parents avaient créé ou souhaité détruire (pour les enfants de Mangemorts). J’ai publié certaines de ces histoires sur Internet, et découvert ainsi que je n’étais en fait pas la seule à avoir l’idée d’écrire sur mes romans favoris (grande désillusion). Très vite, j’ai font bon gré mal gré puisque j’ai lu d’autres fan fictions absolument géniales, qui m’ont donnée envie de progresser, d’être capable moi aussi d’écrire des histoires qui seraient autant commentées, autant appréciées dans l’univers de la fan fiction Harry Potter.

_3

Puis, j’ai découvert le site Harry Potter Fanfiction. J’y ai créé un compte, il y a bientôt cinq ans. Sorti un pseudo un peu au hasard : Bloo. Et j’y ai posté mes premiers écrits. D’abord ce que l’on appelle des OS (One Shot, histoire en un chapitre). Puis, parfois, des histoires longues. Et j’ai ainsi pour la première fois mené à terme certains projets. J’ai ainsi pu cocher la case « Histoire complète » pour un de mes récits, composés de quatorze chapitres. J’étais capable de terminer quelque chose. Et c’est là, que j’ai commencé à me dire que, peut-être, je pourrais être capable, maintenant, de terminer un projet qui n’appartiendrait qu’à moi.

J’écris ici noir sur blanc le pseudonyme sous lequel je publie, parce que je ne veux plus cacher ce genre de choses. C’est vrai, je ne me suis jamais étendue sur le fait que j’écrivais des fan fictions. Je ne savais jamais trop comment les gens allaient réagir, s’ils trouveraient ça normal, surtout passé un certain âge. Maintenant je veux assumer que cela fait juste partie de moi. Que je n’ai pas à en avoir honte, au contraire. J’ai écrit un roman grâce à ça. Je prépare un autre roman grâce à ça. Je peux je crois dire en toute honnêteté que « j’écris bien », et c’est grâce à ça. J’ai aujourd’hui posté 108 histoires en tant que Bloo, dont plusieurs histoires longues en cours. Je suis le quatrième auteur le plus productif du site. Certaines de mes histoires ont même gagné des prix. Je n’ai pas en avoir honte, bien au contraire.

Récemment, j’ai d’ailleurs mis un point final à une autre fan fiction, la seule que j’écrivais encore sur un univers autre que celui de Harry Potter. A douze ans, je suis allée voir Les enfants de Timpelbach au cinéma, et bien qu’ayant apprécié le film, j’ai été un peu frustrée par toutes les pistes qui n’y étaient pas explorées. Encore une fois, je me suis donc armée de mon imagination et de mon clavier pour y remédier et xTimpelbach est né. Il y a deux semaines à peine, j’ai mis un point final à cette histoire commencée à douze ans, laissée en plan pendant des années et reprise sérieusement durant le lycée. Elle fait dix-sept chapitres. Dix-sept chapitres, 225 pages Word et plus de 110 000 mots. Et elle n’est que la première partie d’une histoire plus vaste encore, qui doit comprendre deux autres parties qui seront au moins toutes aussi longues. Ce projet est énorme et me tient considérablement à cœur. Plus que n’importe quel autre, il me permet d’ailleurs de mesurer mes progrès : les premiers chapitres, bien que modifiés récemment, comprennent encore nombre de clichés. Au fil des chapitres, ces clichés s’effacent, les personnages deviennent plus fouillés, le style moins lourd aussi. Dans la deuxième partie que je prévois maintenant, dont le plan détaillé est déjà rédigé, de nouvelles facettes vont être explorées. Parmi elles, la place des femmes dans une histoire se déroulant au beau milieu des années 1950. Je prévois d’y glisser énormément de choses qui me tiennent à cœur. Cette histoire est à la base une fan fiction, qui se rapproche maintenant plus d’un original. Grâce à elle, je sais que je suis capable de mener de longs projets. Et qu’un jour, peut-être, j’écrirai 300 000 mots sur un univers et des personnages qui seront entièrement sortis de mon imagination.

_4

J’ai dix-neuf ans, je suis étudiante, je suis féministe, je suis une lectrice un peu compulsive et une amoureuse de sport, et je suis aussi une écrivaine.

C’est moi, cela fait partie de moi, et je n’ai pas à le cacher d’aucune manière que ce soit.

För Sverige i tiden

Aujourd’hui, on parle de la Suède. En effet, dès que ce blog a été créé, j’ai souhaité qu’une de ses catégories y soit consacrée à l’Europe. Et inaugurer cette catégorie avec un article sur la Suède est ce qui m’a semblé le plus logique.

1

Depuis toute petite, j’ai eu la chance d’avoir beaucoup voyagé grâce à mes parents. Mes vacances se sont souvent déroulées à l’étranger, et même si je n’ai pas non plus visité tant de pays que cela puisque nous sommes parfois allés dans le même plusieurs fois de suite, j’ai au moins pu visiter un nombre très important de villes, de régions de toute l’Europe, et n’ai jamais été déçue par un seul de ces voyages. J’ai maintenant dix-neuf ans, et ai déjà eu la chance de me rendre en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni, en République tchèque, en Pologne, et… en Suède, donc. J’ai également passé une nuit dans une auberge de jeunesse bruxelloises mais n’ayant pas eu l’occasion de visiter quoi que ce soit de la ville, je considère que la Belgique est un pays qu’il me reste tout entier à découvrir.

Le premier pays dans lequel je me suis rendue a été l’Espagne, théâtre de nombre de vacances d’été de mon enfance. A vrai dire, nous n’avons d’abord été pratiquement que dans ce pays, avant de passer plusieurs étés en Provence, puis de mettre le cap sur l’Italie. Cette année, je repars d’ailleurs en Toscane et j’en suis enchantée, puisqu’après trois séjours dans cette région, je ne me lasse toujours pas de ses merveilles. Les vacances de Pâques nous ont permises de découvrir d’autres pays : une semaine à Berlin, une semaine à Prague. Les voyages scolaires m’ont amené à traverser six fois la Manche, direction Bath, Cambridge, Londres par trois fois et Liverpool. En janvier dernier, j’ai pris l’avion pour la Pologne et plus précisément Cracovie, rendre visite à un camarade y faisant ses études, accompagnée d’une amie de mon école étudiant justement le polonais (j’étudie pour ma part le tchèque, mais les deux langues étant proches, cela m’a aussi bien servi par moment). Et puis, par deux fois, c’est en Suède que l’avion s’est posé, lors de vacances d’été là aussi. Mais, quand nous nous rendions en Espagne, en Provence puis une année en Italie avec des amis de mes parents, ayant deux filles dont l’une a mon âge et l’autre celui de ma sœur (pratique), la Suède, nous y sommes allés tous les quatre… pour y rejoindre notre famille.

Mon oncle est Suédois, même si je n’ai à proprement parler aucun sang suédois dans les veines (quoique, étant Normande, mes ancêtres viennent peut-être de Scandinavie, qui sait ?). Mon oncle est en fait le mari de ma tante, la sœur de ma mère. Ce que j’appelle ma famille suédoise est donc de la famille par alliance, mais pour moi, ça ne fait pas véritablement de différence, et s’il y a bien une chose que j’ai retenue de tous ces voyages, c’est qu’il n’est aucunement besoin d’avoir le « sang » du pays pour s’y sentir comme chez soi. Je ne parle pas le suédois, le seul mot que j’ai retenu de ces deux séjours est « merci », je n’ai pas de lien avec ce pays, tout comme je ne parlais pas un mot de tchèque lorsque j’ai mis les pieds à Prague pour la première fois, ce qui ne m’a pas empêché de tomber littéralement amoureuse de cette ville au point de m’orienter vers des études qui vont m’amener à y vivre au moins un an. Je vois aujourd’hui l’Union européenne comme une merveilleuse chance d’un point de vue culturel, une chance de voyager sur tout le continent librement et de s’y nourrir de cultures à la fois suffisamment différentes pour nous dépayser, mais aussi suffisamment proches pour nous rapprocher les uns des autres.

Ce sentiment, c’est en Suède qu’il a commencé à naître même si je ne l’ai compris que des années plus tard, et c’est pour cela qu’il m’a paru logique de rédiger, avant tout, un article sur ce beau pays.

Avant de me rendre en Suède, j’ai eu des premiers contacts avec ce pays par le biais… de la culture, là encore. Mon oncle étant Suédois, donc, lui et ma tante nous ont régulièrement offert, à ma petite sœur et moi, des livres et des dessins animés suédois. Deux m’ont principalement marquée, au point que je m’en souviens encore très bien aujourd’hui, ce sont Pettson et Picpus, et Fifi Brindacier. Pettson et Picpus, ce sont les aventures d’un vieux monsieur, Pettson, et de son chat, Picpus, qui ne fait que des bêtises. Ils habitent en pleine nature, et je me souviens que les dessins étaient très beaux, montrant la beauté des paysages suédois, la faune sauvage, les maisons en bois et les lacs. Je me rappelle encore d’un épisode dans lequel Pettson adoptait un coq, dont Picpus se montrait jaloux au point de le faire fuir. Le coq se perdait dans la forêt et y mourrait, même si cette mort n’était pas montrée, et cet épisode faisait toujours pleurer mon pauvre petit cœur sensible. En suédois, Picpus s’appelle Findus, mais la ressemblance avec une certaine entreprise a été jugé inopportune lors de la traduction de l’œuvre et ce chat tigré reste donc à mes yeux Picpus, même si j’ai depuis un ami suédois pour qui il s’agit de Findus. D’ailleurs, pour Noël dernier, lui et sa petite amie m’ont offert… une peluche de Picpus ! J’adore les peluches, et j’adore Picpus, j’ai toujours rêvé d’en posséder un rien qu’à moi et ce rêve est donc maintenant réalisé. Et oui, à dix-neuf ans, j’ai encore des rêves à priori bien futiles mais qu’importe. 3

Cinq et cinq trente-six, les pruniers pour moi font des ceris-euuuuh, j’aime que la vie, vire-virevolte autour de moi… ♪

Quant à Fifi… elle est très connue en Suède, s’y appelle Pippi Långstrump (inutile de vous expliquer pourquoi son nom a dû être modifié…) et on trouve des goodies à son effigie dans tous les magasins -de Stockholm du moins. La série lui étant consacrée est pourtant assez vieille, elle date des années 1970, mais Fifi fonctionne toujours autant et je crois qu’il y a un dessin animé racontant ses aventures bien plus récent. J’ai pour ma part grandi avec la série et y reste attachée, même s’il faut admettre que les épisodes ont relativement mal vieilli. Fifi, j’aurais aisément pu lui consacrer des paragraphes dans mon article sur les héroïnes, parce qu’elle est un véritable phénomène. Elle vit toute seule dans sa grande et jolie maison à seulement dix ans, est indépendante, donc, échappe toujours aux policiers qui cherchent à la placer dans un foyer, fait l’admiration de tous les autres enfants, filles comme garçons, et est capable de soulever son cheval avec les mains. Quand j’y pense, c’est assez dingue qu’un tel personnage ait pu connaître un si grand succès dans les années 1970 où il était encore assez rare d’avoir des personnages féminins détonnant à ce point (mais ne vante-t-on pas la Suède pour son avance en matière d’égalité des genres ?). Fifi fait d’ailleurs tout un tas de bêtises et n’est pas du tout considérée comme un personnage moral, au contraire même, ce qui je crois a fait grincer certaines dents à l’époque, mais elle fait maintenant totalement partie de la culture populaire suédoise. Pour ma part, je pense me renseigner sur le dessin animé dans l’optique, peut-être, de le présenter à des enfants plus tard, parce que Fifi est je trouve un excellent personnage féminin et qu’elle permet donc de s’initier un peu à la culture d’un autre pays que la France, ce qui n’a jamais fait de mal à personne.

La Suède a donc toujours été assez présente dans mon enfance. Je me souviens d’un Noël au cours duquel nous avons tous eu des bois d’élan à se mettre sur la tête, je crois que nous avons une photo de ce grand moment -l’élan est l’emblème de la Suède. Et puis, à l’école, j’avais deux amies dont le père était Néerlandais et la mère Irlandaise, et je dois avouer que j’aimais bien l’idée d’avoir moi aussi des origines autres que françaises pour me démarquer un peu, même si stricto sensu, je n’en avais pas la moindre -un détail que j’avais tendance à oublier de préciser lorsque j’étais en primaire, c’est fou comme la petite fille extravertie que j’étais est différente de celle renfermée que je suis devenue dès l’entrée au collège, quand j’y repense. Finalement, cet attachement est devenu très concret lorsque mes parents, ma sœur et moi nous sommes envolés pour Stockholm -mon premier voyage en avion, d’ailleurs. Nous l’avons fait une première fois, puis une deuxième deux ans après. A chaque fois, nous sommes restés quelques jours à Stockholm, avec la famille de mon oncle, puis nous sommes partis pour un tout petit village dans le nord de la Suède où la famille possédait une maison de vacances. Et ce paysage enchanteur, je me le remémore encore très bien.

Honingam 18-07-2007 010

Bizarrement, je n’ai que peu de souvenirs de Stockholm. Les deux seuls que j’ai en tête sont celui du château de la famille royale où nous avons observé les gardes et leurs chevaux, et celui du magasin où j’ai acheté un magnifique sac à main élan tout mignon, que j’ai encore aujourd’hui accroché dans ma chambre -au moins cinq élans se trouvent d’ailleurs dans ma chambre, c’est un peu devenu mon emblème à moi aussi, haha. Hormis cela, je ne me souviens que de la maison où nous étions et du grand trampoline dans le jardin sur lequel nous jouions. En revanche, je me souviens très bien de ce petit village dans le nord, dont je sais prononcer le nom mais absolument pas l’écrire. Et pour cause, le décor y est véritablement… merveilleux. Toutes les maisons sont des maisons rouges à poutres blanches apparentes, très typique donc. Le village se trouve juste au bord de la Baltique, la maison où nous étions était sur une dune que nous pouvions dévaler pour finir sur le port où étaient amarrés des petits bateaux de pêcheurs. Il y avait une grande forêt derrière dans laquelle nous pouvions nous promener, ainsi que de nombreux sentiers en bord de mer serpentant entre d’innombrables rochers et que nous avons maintes fois arpentés. Un peu plus loin derrière la maison, il y avait aussi un camping à l’entrée duquel se trouvait un petit magasin où nous achetions de délicieuses gaufrettes au chocolat. Ces gaufrettes sont un très bon souvenir, nous les adorions, mes parents aussi, nous en avons ramené un sac entier et à la douane, à l’aéroport, un douanier a ouvert le sec puis nous a regardé avec un large sourire, c’était très drôle. Pour le Noël suivant, nous avons reçu un coli rempli de ces gaufrettes de la part de notre famille, et nous en achetions régulièrement à Ikea jusqu’à ce que le magasin n’en fournisse plus -oh tristesse. Il y avait ce petit restaurant, aussi, que l’on gagnait par la forêt et qui donnait une jolie vue sur la mer. Je me souviens de plein de choses, de nombreux autres petits villages que nous avons visités ainsi lors de balades, même d’une table en bois toute bête de pique-nique sur laquelle nous nous sommes arrêtés un midi avec des chips et où nous avons déjeuné, avec notre oncle, seuls au monde dans la nature. Tout était magnifique. J’en garde un souvenir impérissable et j’adorerai y retourner, vraiment.

Honingam 18-07-2007 005

J’ai toujours vécu à la campagne, je ne suis en ville que depuis mes études et je ne sais pas si c’est l’habitude de la nature qui fait que j’ai tant aimé ce petit village. Je m’y sentais hors du temps, on avait cette impression que tout était encore comme cela devait être, que l’homme n’était pas venu imposer trop durement sa marque. Je ne vivrais certainement pas un tel endroit à l’année, je reconnais de nombreux avantages à la ville et en vivrait sûrement très près dans le futur, mais c’était incroyablement reposant. Ce sont véritablement des voyages qui m’ont marquée, alors que j’étais très jeune pourtant, et que cela doit bien faire neuf ans que je n’y suis pas retournée. Cette petite maison rouge, je la visualise encore parfaitement. Elle était divisée, d’ailleurs, comme beaucoup de maisons traditionnelles. C’est-à-dire que vous avez une première maison, dans laquelle se trouvent le salon, la cuisine, la salle à manger, la salle de bain. Une deuxième petite maison, derrière, séparée par quelques mètres de jardin, où se trouvent les chambres. Une troisième, enfin, sur la droite, pour les toilettes. Nous nous amusions beaucoup de cette séparation avec ma sœur, il faut dire que nous n’avions jamais vu cela auparavant, et ça avait un côté amusant de devoir traverser le jardin pour aller aux toilettes -mais beaucoup moins amusant la nuit, cela dit.

Et c’est là que j’ai commencé à me sentir Européenne, même si je ne mettais pas de tels mots dessus à l’époque. Quand je rentrais, j’avais envie de dire que j’étais Suédoise, en plus de Française, et ça n’aurait pu être qu’une lubie de gamine en quête de popularité, mais c’est resté. Puis la Toscane m’a enchantée, j’ai voulu être Italienne, Prague m’a exaltée, j’ai voulu être Tchèque, puis Allemande, puis Polonaise. Alors, j’ai décidé que j’étais Européenne, parce que comme ça, je suis toutes ces nationalités à la fois, tous ces pays qui m’ont charmée, et tous ceux qu’il me reste à découvrir. Je n’ai encore jamais été hors d’Europe, peut-être, si tel était le cas, me sentirais-je citoyenne du monde, tout simplement, et plus Européenne. Mais je crois sincèrement que mon sentiment européen est très fort, et il tend de plus en plus à prendre le pas sur mon sentiment français, même si j’aimerais toujours mon pays et que j’aime à le défendre vaillamment -surtout lorsqu’il est question de sport (exception faite du tennis où je soutiens Federer quoiqu’il arrive), et de gastronomie, haha ! En voyageant, j’ai pu découvrir des cultures, des coutumes, des traditions, plein de choses qui m’ont fait aimer ces pays et changer de la France. Mais j’ai aussi réalisé que nous partagions beaucoup de choses. Que les grands courants littéraires ou architecturaux que je connaissais, notamment, n’étaient pas spécifiquement Français, mais bien Européens. Que le romantisme a embrassé toute l’Europe. Que des églises gothiques se trouvent sur l’ensemble du continent. Nous avons un riche patrimoine culturel commun, et je ne comprendrais mais alors jamais pourquoi nous n’avons pas d’abord essayé de mettre ce patrimoine en avant pour créer un sentiment européen, pourquoi nous nous sommes concentrés sur l’économie puis la politique en oubliant que la culture soude tout autant si ce n’est plus les peuples.

4

L’Europe est une richesse. Mon école se compose d’une quarantaine de nationalités différentes, et cela m’a permis d’apprendre plein de choses, un nombre incroyable de choses. Et je ne parle pas forcément de choses pouvant sembler barbantes comme l’histoire ou le système politique de chaque pays (bien que moi je trouve cela fascinant), mais aussi de petites choses plus ludiques et qui contribuent pourtant à renforcer mon sentiment européen : les légendes de chaque pays (coucou le Golem), le folklore (les danses folkloriques bohêmes et moraves sont très belles à regarder, entre autres), la gastronomie (je sais maintenant cuisiner le syrnyk, sorte de cheescake à base d’un fromage de l’est), le langage (j’apprends le tchèque et je connais quelques mots de vocabulaire usuels dans d’autres langues), la musique (notamment la musique folklorique, encore, mais ça c’est moi et mon amour du folklore de toute façon)… J’ai envie de partager toutes ces choses. Pour Noël dernier, j’ai d’ailleurs offert une peluche de krtek à ma petite cousine, krtek la petite taupe, héroïne de dessin animé en République tchèque où elle est immensément populaire, et j’ai cuisiné des biscuits de Noël tchèques pour ma famille, les kolaches. Je veux apprendre à cuisiner bien d’autres choses encore, et à danser comme en Ukraine ou en Slovaquie, et pouvoir plus tard raconter à mes enfants les plus grandes légendes de chaque pays -Prague à elle seule en regorge déjà. Parce que tout ça, c’est aussi l’Europe. Parce que l’Europe n’est pas qu’une zone économique ou une Commission à Bruxelles dont presque personne ne connaît les membres. Nous sommes l’Europe, et c’est en échangeant nos cultures respectives que nous pouvons vraiment devenir Européens. Et alors, pourquoi devenir Européen ? Pourquoi si l’on ne croit pas au projet européen ?

Parce qu’il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’Union européenne. Parce que je suis la première à penser que des tas de choses seraient à améliorer voire à modifier de fond en comble au sein de l’UE. Mais parce que s’ouvrir aux autres cultures, à ces pays que l’UE nous permet de côtoyer et de visiter facilement, c’est enrichir notre propre culture, c’est apprendre de celle des autres, c’est pouvoir préparer une spécialité tchèque à votre famille qui sera ravie de la découvrir et raconter un vieux conte polonais à des enfants qui écouteront attentivement une histoire qu’ils ne connaissent pas encore. Parce que respecter la culture des autres et s’y intéresser ne nécessite pas de croire en l’UE, et que pouvez très bien ne pas y adhérer tout en reconnaissant que la France se trouve sur un continent, qui comprend d’autres pays que le nôtre et qui méritent eux aussi que l’on s’y intéresse, qui ont eux aussi une histoire et une culture à nous apporter. Qu’on le veuille ou non, la culture française est aussi une culture européenne, qui a été influencé par cette dernière et qui l’a influencée en retour. S’intéresser à l’Europe, c’est aussi être une façon de mieux comprendre notre propre pays. S’intéresser à l’Europe, ce n’est pas adhérer à l’UE, mais bien à l’Europe en elle-même, aux pays qui la composent et aux richesses qu’ils peuvent nous apporter. Je connais des gens qui s’intéressent à l’UE, d’autres non. Mais nous nous intéressons tous à l’Europe et à ce qu’elle peut nous procurer, parce que quitte à être techniquement Européens par la force des choses, autant l’être aussi un peu culturellement. Cela ne nous retirera jamais rien, ça nous donnera par contre peut-être beaucoup.

Hölick Bastu 18-07-2007 008Ma onzième année, la mode, et moi

La Suède a enchanté mon enfance. Pettson et Picpus, Fifi, ces si délicieuses gaufrettes et l’architecture de ces petits villages du nord, ce n’est peut-être à priori pas grand-chose, mais cela a bercé mes jeunes années, enrichi ma culture, ouvert mon esprit. A mon tour, je voudrais transmettre à des enfants les richesses de l’Europe, qui nous sont aujourd’hui plus accessibles que jamais et dont il serait bien dommage de se priver.

För Sverige i tiden, toujours pour la Suède.

För Europa i tiden, toujours pour l’Europe.

7 personnalités avec lesquelles nouer une amitié

Récemment, j’ai lu un article que j’ai trouvé très amusant sur le blog de Buffy Mars (blog que je recommande absolument et dont je reparlerai sûrement !). Dans cet article, elle imaginait sept amitiés qu’elle pourrait nouer… avec des gens célèbres. L’idée m’a un peu prise de court puisque je me suis dit que je ne pourrai jamais choisir que sept personnalités, et qu’il y avait bien trop de gens que j’admirais pour pouvoir me décider entre eux. Finalement, à force de réfléchir à cette petite liste, et d’en réaliser quelques-unes, je me suis rendue compte que certaines personnes revenaient presque toujours. Ce sont elles que j’ai choisi de vous présenter, et qui feraient j’en suis certaine d’excellentes amitiés !

L’écrivain Albert Camus

1

Parce que non seulement il s’agit de mon auteur favori, mais que je respecte également profondément l’homme -pas seulement l’auteur. J’adore lire, je pourrai passer ma vie à lire, mais je me rends compte que les auteurs qui me tiennent le plus à cœur sont aussi ceux dont j’admire l’engagement. Et je crois d’ailleurs que c’est pour cela que je préfèrerai toujours Camus à Sartre -bien que je reconnaisse l’immense talent littéraire de ce dernier. Camus est toujours resté fidèle à ses valeurs : lorsqu’il a pris connaissance des exécutions d’opposants en URSS, il a rendu sa carte au Parti communiste, lorsqu’il s’est vu refusé de combattre dans l’armée française face à l’Allemagne nazie, il s’est engagé en Résistance et ce dès 1942, jusqu’à prendre la tête de l’un des plus grands réseaux de Résistance en France. Il s’est également toujours engagé en faveur des Arabes, ce qui a fait de la guerre d’Algérie un véritable déchirement pour lui. Camus a vécu à une époque « absurde », en ceci que plus rien ne semblait avoir de sens : pourquoi la guerre, pourquoi les totalitarismes, pourquoi les génocides ? L’absurde, Camus en a fait sa philosophie et elle se retrouve dans toutes ses œuvres. Des œuvres que j’aime profondément, et derrière lesquelles on retrouve toujours cet engagement incroyablement fort de Camus : je connais des gens qui n’aiment pas L’Etranger, moi je trouve ce roman magnifique puisqu’il exprime bien toute l’absurdité d’une époque dans laquelle vivait alors Camus -celle de la seconde guerre mondiale. Si j’étais amie avec Camus, je pourrai lui poser tout un tas de questions sur son engagement, et peut-être que lui m’encouragerait à poursuivre mon propre engagement, aussi. Il serait une de ces amitiés qui vous tirent vers le haut, qui vous apportent énormément de choses et vous améliorent en tant que personne.

 

L’actrice et militante Emma Watson

2

Emma Watson et moi, c’est une longue histoire. Hermione Granger ayant été dans un premier temps mon personnage favori dans Harry Potter, je ne pouvais qu’adorer l’actrice l’incarnant. Je me suis ensuite tournée vers d’autres personnages et ai d’ailleurs trouvé plus d’une fois que la Hermione des films ne correspondait pas du tout à celle des livres -en mal. Pourtant, j’ai continué à admirer Emma. Je trouvais incroyable sa volonté de toujours faire ce qu’elle avait décidé. Lorsqu’elle est allée à l’Université, je l’ai trouvé très forte et très fidèle à ses idées, elle aussi, parce qu’avec sa fortune elle aurait certainement pu s’en passer mais elle avait toujours dit qu’elle le ferait et surtout, qu’elle voulait le faire. Alors, quand elle a voulu s’engager pour la cause des femmes, je n’ai bien évidemment pu qu’approuver. Avec Emma, je parlerais de longues heures durant du féminisme, de la campagne HeForShe, de ses modèles féminins. Et puis, je lui demanderais quelques petits conseils vestimentaires, aussi -elle s’habille toujours tellement bien.

 

L’écrivain Emile Zola

3

Emile Zola, c’est un petit peu l’équivalent de Dieu pour moi. Il est mon auteur favori avec Camus. D’ailleurs, ça n’a pas été facile de choisir qui, de Camus ou de lui, devait apparaître en premier étant donné que Zola aussi a un engagement très fort et que je respecte profondément. On peut penser bien sûr à sa prise de position en faveur de Dreyfus et du fameux J’accuse. Moi, je pense plutôt à son œuvre littéraire, à sa célèbre série des Rougon-Macquart à travers laquelle il s’attache à décrire la vie des petites gens. Bien sûr, ses romans sont loin d’être joyeux et de toujours donner une image positive des ouvriers. Mais lui, il en parle. Combien de siècles a-t-il fallu attendre pour que les romans s’intéressent à ceux qui constituent l’immense majorité de la population ? Et puis, on dira ce qu’on veut, Germinal est tout de même une œuvre magnifique pour les ouvriers -et autant dire que dans les Rougon-Macquart, les bourgeois en prennent ainsi pour leur grade et bien plus que les ouvriers, même. J’aime lire des romans de Zola, je trouve son écriture magnifique et je déteste que l’on me dise « Oui mais Zola y’a pas d’histoire c’est que du style » alors que c’est parfaitement faux -et j’aimerais bien savoir si ceux qui disent ça ont déjà vraiment lu un Zola. Evidemment que certains de ses romans sont mieux que d’autres. Mais il y a presque toujours une intrigue qui me permet de dévorer les pages pour connaître le destin de ses incroyables personnages. Je lis le cycle des Rougon-Macquart dans l’ordre et pour l’instant, mes favoris sont Le ventre de Paris, La faute de l’Abbé Mouret et Germinal. Si vous avez un petit moment un de ces jours, je vous les recommande vivement.

 

L’actrice Audrey Hepburn

4

Audrey Hepburn, c’est un petit peu ma référence absolue en matière de mode. Son style est absolument intemporel et je serais ravie si je pouvais un jour ne serait-ce que lui arriver à la cheville. Elle est d’une simplicité déconcertante mais avec ce petit truc qui la démarque des autres, cette élégance qui la caractérise si bien. Audrey Hepburn, elle orne chaque mur de mon appartement et j’adorerais discuter vêtements avec elle rien qu’une fois. On pourrait peut-même regarder ensemble Diamants sur canapé, elle me raconterait des anecdotes du tournage de ce superbe film, je pleurerais lorsque son personnage abandonnerait Chat puis mes larmes de tristesse se transformeraient en larmes de joie lorsque Chat la retrouverait avec son amour et que cette fin heureuse s’afficherait sur mon écran.

 

L’écrivaine J.K. Rowling

5

Elle, c’est une évidence parce que je lui dois un peu tout. Je ne me rappelle pas des quelques livres que j’ai pu lire avant Harry Potter. Je sais que je lisais, parce que mes parents m’y encourageaient, sans être vraiment tombé sur le livre. Jusqu’à ce que je lise Harry Potter à l’école des sorciers. J’avais sept ans, huit peut-être, et J.K Rowling a fait quelque chose d’incroyable : elle m’a donné le goût de la lecture. Quand je dis que Harry Potter a changé ma vie, ce n’est pas une exagération. Grâce au petit sorcier, j’ai aimé lire, j’ai appris à dévorer les livres et à m’imaginer vivre ces histoires que je lisais. Et puis, peut-être plus important encore, j’ai écrit grâce à Harry Potter. Je crois que ma première histoire était une suite de la série, en attendant le sixième ou le septième tome. Je ne m’en rappelle plus vraiment. Ce que je sais, c’est que j’écris toujours aujourd’hui. Et qu’avant mes 18 ans, j’ai écrit et fait publier un roman. C’est quelque chose d’incroyable que je n’aurai jamais pu faire sans elle. Aujourd’hui encore, je continue à écrire sur Harry Potter -je suis inscrite sur une site dédié à la fanfiction HP et j’y ai plus de 100 histoires. Je crois que je harcèlerais cette chère J.K. Rowling de questions si jamais nous venions à devenir amies : et je lui ferai part de mes propres histoires sur son univers, de l’avenir que j’ai imaginé pour certains personnages. Je crois que cela lui ferait plaisir. Et peut-même qu’elle aurait alors l’envie d’écrire de nouvelles histoires, qui sait…

 

Le politique Jean Monnet

6

Son nom détonne peut-être un peu au milieu des autres -encore que. Je ne pense pas que par personnalités, beaucoup de gens entendraient personnalités politiques et pourtant, je crois que je lui dois un peu ma vie actuelle, à Jean Monnet. Pas seulement à lui, certes, mais en grande partie quand même. Si on célèbre l’Europe le jour anniversaire de la déclaration Schuman, on précise peut-être moins que cette déclaration a été en grande partie inspirée par Monnet. Jean Monnet, c’est l’un des pères fondateurs de l’Europe, l’un de ces hommes grâce auxquels je peux aujourd’hui m’envoler pour Cracovie sans passeport aucun, discuter avec des Berlinois sur la Alexander Platz, profiter des paysages splendides de Florence et me rêver un avenir à Prague. Jean Monnet, c’est l’un de ces hommes grâce auxquels se dire Européen a un sens et qui m’a donné un double, si ce n’est une multiple nationalité : je suis Française, mais je suis aussi -et peut-être surtout- Européenne. Cela ne veut pas dire que j’approuve l’Union européenne telle qu’elle se construit aujourd’hui -loin de là. Mais je crois en un projet européen, j’ai un idéal européen, et je pourrais en discuter des heures avec Monnet si nous étions amis -en espérant qu’il me donne des conseils pour construire une Europe plus belle encore.

 

L’écrivaine et journaliste Milena Jesenská

7

Milena Jesenská est une écrivaine et journaliste tchécoslovaque, qui n’est guère connue et dont vous avez peut-être déjà entendu parler par le biais de Kafka : elle était son amante et ils échangèrent une incroyable correspondance. Milena vécut dans la première moitié du XXème siècle et elle est un peu tout ce que j’admire : elle fit ses études au lycée de jeunes filles Minerve à Prague, un lycée fondé par des féministes et dont le but était de permettre l’émancipation des femmes. Femme de lettres, elle devint journaliste en 1920 ce qui était à l’époque encore peu courant pour une femme. Entre 1938 et 1939, elle prit même la direction d’un magazine politique et culturel. Lorsque la Tchécoslovaquie fut envahie par les Allemands, elle entra en Résistance. Arrêtée dès 1939, elle fut déportée à Ravensbrück où elle perdit la vie en 1944. Il s’agit là encore d’une femme de convictions qui est allée jusqu’au bout de son engagement -au point d’y sacrifier sa vie. Elle aimait d’ailleurs profondément sa Tchécoslovaquie et a traduit de nombreuses œuvres en tchèque. Je pense que la première chose que je lui dirai si nous devenions amies serait à quel point j’admire son courage et la force avec laquelle elle a porté ses convictions jusqu’à la toute fin.

Et vous, quelles personnalités inviteriez-vous à dîner un de ces soirs ?

Un début à tout

Pourquoi Miroslava Zetkin ?

tumblr_lfr3cuRT9j1qd5ljyo1_500

Je dois dire que j’ai passé un temps fou à trouver un nom de blog qui conviendrait, un nom qui me conviendrait, et que ce blog-ci a d’ailleurs changé plusieurs fois de nom avant que je ne me décide pour de bon.

Et puis, quelque chose d’extraordinaire s’est produit dans ma vie. J’ai quitté le lycée et avec lui, la région où j’avais toujours vécu ainsi que tous mes amis. Je suis partie, peut-être pas très loin, à côté de mes camarades de promotion venant des quatre coins de l’Europe, mais je suis partie. Plus près de chez moi que d’autres, mais bien plus loin que la majorité de mes connaissances de lycée. Honnêtement, je me demandais si je serais capable de supporter un tel éloignement de tout ce que j’avais toujours connu jusqu’à présent. Si ce ne serait pas trop dur, pour moi. Mais en dépit de ces doutes, il s’est avéré que ce n’était pas trop dur. Mieux, c’était, et c’est, en fait, extraordinaire.

Pour la première fois de ma vie, je me sens parfaitement à ma place là où je suis.

Là où je suis, c’est sur un campus délocalisé de Sciences Po où quelques 180 passionnés de plus de quarante pays différents suivent des études axées sur l’Europe centrale et orientale. Et ça me plaît. Je me suis toujours sentie Européenne, au moins autant que Française. Cette année, ce rêve s’est concrétisé et j’étudie même le tchèque, idée peut-être saugrenue mais que je m’étais mise en tête depuis la découverte de mon amour pour la République tchèque. Miroslava, c’est une sorte de « tchéquisation » de mon vrai prénom.

Et le Zetkin, alors ?

Ce qui est extraordinaire, cette année, c’est que non contente de me sentir parfaitement à ma place, je me sens aussi parfaitement heureuse. Et ce bonheur est très certainement lié au fait que pour la première fois, ma timidité maladive et mon manque cruel de confiance en moi semblent s’être pour partie évaporés. Ici, je sens que je peux m’exprimer, défendre mes idées, et même assumer tout à fait qui je suis sans avoir à en rougir. Cela paraît peut-être quelque peu évident, mais ça ne l’a jamais été pour moi avant cette année. Je peux être vraiment moi-même.

Et moi, je suis féministe.

Mon féminisme est une chose sur laquelle je reviendrai largement par la suite. Mais pour la petite histoire, nous célébrons chaque 8 mars la journée internationale des droits de la femme. Cette journée semble pour nous avoir toujours existé. En fait, son invention remonte au début des années 1910 et à une certaine… Clara Zetkin. Féministe engagée et proche de Rosa Luxembourg, Clara Zetkin est à l’origine d’une journée qui symbolise en quelque sorte tout ce pour quoi se battent les féministes. Lors d’une conférence de l’Internationale socialiste des femmes en 1910 à Copenhague, elle suggéra la mise en place de cette journée. Un an plus tard, le 8 mars 1911, celle-ci eut lieu pour la première fois.

tumblr_m77eqgzsFK1qdm4v9o1_500

Et le petit plus de Clara Zetkin, c’est qu’elle est Allemande. Pour une Européenne convaincue telle que moi, il va sans dire que Miroslava Zetkin constitue donc le parfait pseudonyme.