De Mirka à Morgane

Cela fait au moins deux ans que je milite assez activement sur Twitter. Et bien plus longtemps encore que je fréquente les réseaux sociaux sur Internet. Au début, c’était essentiellement sur des forums ou des sites consacrés à l’écriture et à la lecture. Puis la politique est venue se greffer  à tout ça. Alors au fil du temps, je me suis liée d’amitié avec des gentes. Avec pas mal de gentes, même. À une époque de ma vie, j’avais pour tout dire plus d’ami-e-s sur Internet que je n’en avais dans ce qu’on appelait alors la vraie vie. Certaines de ces amitiés ne sont pour l’instant encore que des amitiés virtuelles, même si je n’aime pas vraiment ce terme parce qu’au final, je suis bien plus proche de certaines de ces personnes que je ne peux l’être d’ami-e-s que je vois tous les jours. Mais d’autres amitiés ont évolué et sont passées à un stade encore supérieur : celui de la rencontre in real life, enfin, celui dit de l’amitié réelle.

Et avant chacune de ces rencontres, j’ai toujours eu cette légère appréhension en moi, cette question qui résonnait sans cesse dans ma petite tête. Est qu’iel va m’apprécier, en vrai ?

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En vrai. Comme s’il y avait en fait deux personnes : il y a Mirka, militante féministe assumée et autrice décomplexée. Et il y a Morgane, dans cette vie réelle, Morgane féministe et autrice, bien sûr, mais Morgane peut-être moins assumée. Peut-être un peu moins décomplexée. Peut-être un peu beaucoup, même.

Pour celles et ceux qui me connaissent en tant que Morgane, ce n’est pas vraiment un secret : je suis quelqu’un de timide. Plutôt discrète, assez effacée, en retrait, introvertie en plus de ça. Du genre à préférer rester tranquillement chez soi avec un bouquin ou une série à regarder bien au chaud dans son lit qu’à sortir et faire la fête. Du genre à laisser les autres parler à sa place et à ne pas oser s’exprimer, surtout. Non pas que ça ait toujours été ainsi : j’étais une gamine très enjouée, très assumée, très décomplexée. Je l’étais, c’est vrai. Je l’étais avant d’entrer au collège, de développer des troubles du comportement alimentaire, de flirter avec la dépression et surtout de perdre absolument toute confiance en moi. De voir des gentes la laminer, la piétiner jusqu’à ce qu’il n’en reste que quelques miettes avec lesquelles j’ai dû péniblement me reconstruire pendant des années. À cette époque, je me suis tue. Je me suis fermée, comme pour me protéger du monde extérieur. Je ne parlais plus en-dehors du cadre familial, je gardais pour moi mes idées, mes opinions. Même physiquement, quelque chose avait changé. Je ne souriais plus beaucoup. Et quand je le faisais, on voyait bien que c’était forcé. Je ne m’en rendais pas bien compte à l’époque, mais quand je regarde aujourd’hui des photos de cette période, ces traits tirés et cette expression figée me sautent aux yeux.

J’étais fermée. Et j’allais l’être un bon moment encore.

J’allais l’être si bien que pendant très longtemps, j’ai eu le sentiment d’être une imposture sur la toile. Pas forcément une menteuse, mais une imposture. J’avais l’impression de me faire passer pour quelqu’un que je n’étais pas et par là même, de tromper les gentes.

En même temps, c’était tellement tentant. Cachée derrière un pseudonyme, je pouvais enfin coucher sur le papier ou plus souvent sur mon clavier ce que je pensais. Ce que j’aimais, ce à quoi je rêvais, aspirais, ce en quoi je croyais. Je pouvais partager mes idées… et je n’en manquais pas ! J’avais appris à les garder pour moi, dans ma vie de tous les jours, mais parfois elles bouillonnaient presque en moi à force d’être contenues. J’étais passionnée d’histoire, de politique, de littérature. Je voulais partager à ce sujet, me construire, défendre mes convictions, apprendre. Et Internet m’offrait une formidable opportunité de le faire sans crainte d’être trop méchamment jugée, trop méchamment rejetée, trop méchamment moquée.

Puis j’ai créé mon compte Twitter. C’était en septembre 2013, j’entamais ma dernière année au lycée. Ce n’était pas vraiment parfait, mais j’allais déjà un peu mieux, ou du moins le mieux n’avait jamais été aussi proche. J’étais engagée dans un syndicat lycéen, mes camarades de classe connaissaient à peu près mes opinions politiques, je me préparais à entrer à Sciences Po et donc à passer cet oral, ce fameux oral où l’on vous teste et il vous faut prouver votre détermination, prouver que vous avez votre place, que vous êtes légitime. Pourtant, même en faisant tout ça, je restais quelqu’un de discret : lors de mon stage de formation avec le syndicat lycéen, j’ai dû prendre une seule fois la parole devant tout le monde. Quand il y avait des actions à mener au lycée, je le faisais, parce que je croyais en ce pour quoi il fallait le faire, mais c’était la boule au ventre, d’une toute petite voix et je n’insistais jamais face aux personnes peu convaincues. J’avais trop peur de m’engager dans un débat, de perdre mes moyens, de rougir, de bafouiller, de pleurer même. J’étais tellement émotive. Capable de fondre en larmes à la première parole un peu dure, au premier mot parfois même pas méchant mais que j’interpréterais comme tel.

Pourtant, sur Twitter, ce n’était pas du tout l’image que je renvoyais. Et je crois que ça l’est encore moins aujourd’hui. Là j’ose dire tout ce que je pense, m’engager dans les débats, répondre. J’ose aussi raconter ma vie en long en large et en travers ou partager des clichés de moi, dire que je me sens jolie ou donner le lien vers mes derniers écrits publiés sur Internet, chose que je ne faisais que très peu dans la vie quotidienne parce qu’il aurait déjà fallu que les gentes soient au courant que j’écris des fanfictions.

Et plusieurs fois, je me suis demandé si j’étais légitime à faire tout ça. À pousser mes coups de gueule, à m’indigner, à revendiquer, alors que j’étais bien moins capable de le faire sur le terrain. Étais-je légitime à défendre la non-mixité quand à côté de ça, j’osais à peine exprimer un mot à Nuit Debout en la faveur de cette mesure de peur d’être critiquée ? Étais-je légitime ?

Suis-je aujourd’hui légitime ?

Et puis quand même, petit à petit, je me suis rendu compte que oui, je l’étais et je le suis. Déjà parce qu’il aurait été dommage de tout arrêter et de simplement supprimer mon compte Twitter, comme j’y ai songé plusieurs fois du fait de ce sentiment d’imposture. Parce que ça ne m’aurait pas rendu plus combattive et efficace dans la vie réelle pour autant et que j’aurais donc ainsi presque cessé de militer tout court. Parce qu’il vaut toujours mieux militer sur la toile que de ne pas militer du tout et que chacun fait comme iel peut et avec ce qu’iel a. Parce que contrairement à ce qu’ont pu me faire croire certaines personnes peu bienveillantes, le cybermilitantisme c’est utile aussi et ce n’est pas pour rien que de plus en plus de politicien-ne-s investissent les différents réseaux sociaux. D’ailleurs, j’ai moi-même fait l’essentiel de mon éducation féministe sur la toile et ça a été bien plus efficace que n’importe quelle forme d’engagement dit de terrain. Je ne crois pas -plus- qu’il soit mauvais que d’être conscient-e-s de ses limites. Je n’étais pas suffisamment à l’aise en public pour correctement défendre mes idées, je perdais trop mes moyens et ne me sentais donc pas suffisamment utile aux causes que j’aspirais à défendre ? Qu’à cela ne tienne, j’étais à côté de ça très à l’aise dans l’écriture et j’avais suffisamment d’idées en tête pour alimenter un blog et un compte Twitter.

Mais il y autre chose, aussi. Autre chose que j’ai mis encore plus de temps à réaliser mais que je commence enfin, je crois, à comprendre vraiment.

Il n’y a pas d’un côté Mirka sur la toile et de l’autre Morgane dans la vie réelle comme s’il s’agissait de deux entités séparées et bien distinctes. Je ne suis pas parfois l’une et parfois l’autre mais les deux à la fois et autant l’une que l’autre. Mirka n’est pas un personnage que j’ai créé de toute pièce, c’est moi. Je suis féministe, je suis une autrice, j’aime fangirler et bavasser et partager des images pipoues. Je suis engagée, j’aime la politique et la littérature et l’histoire et j’estime essentiel de défendre ce en quoi je crois. Mirka n’est jamais qu’une sorte de version plus assumée de celle que je suis vraiment… et encore.

Depuis que j’ai créé mon blog et mon compte Twitter, depuis que je me suis lancée activement dans le cybermilitantisme, je me suis aussi lancée plus activement dans le militantisme tout court. J’ai créé l’antenne d’une association féministe dans mon école à Dijon et l’ai présidé, ce qui a notamment impliqué de faire des discours de présentation ou introductifs devant un amphithéâtre certes d’une centaine de places seulement, mais de cent places quand même -soit déjà cent personnes de trop pour celle que j’ai été adolescente et qui n’aurait jamais pu faire ça. J’ai rencontré des gentes important-e-s et échangé avec eux d’égal à égal. J’ai participé à un mouvement social et même si au cours de celui-ci, je me suis bien moins exprimée et mise en avant que certain-e-s, ça n’en restait pas moins une réelle avancée pour moi. J’ai parlé de mes écrits aux gentes de mon école, et pas seulement de mes écrits originaux mais aussi de ceux fanfictionnels que j’avais quasiment toujours gardés pour moi au lycée et bien avant encore de crainte d’être méprisée. J’ai arrêté de me cacher dans des vêtements qui ne m’allaient pas ou au contraire de me compresser dans des vêtements trop serrés pour me prouver que j’étais mince pour enfin assumer mon corps et en prendre soin et même l’aimer un peu, parfois. Et là encore ce n’est pas parfait, et ça ne le sera de toute façon jamais tout à fait, mais c’est une avancée. Parce que ça, ce n’est pas un mensonge mais bien une vérité : j’ai avancé. J’ai évolué. Et je crois que je le dois pour partie à Mirka, à mon engagement sur Internet, à cette part de moi que j’ai laissé pleinement s’exprimer et qui à force, a fini par déteindre sur ma vie toute entière et pas seulement sur un pan de celle-ci.

Aujourd’hui, je suis autant Mirka que Morgane. Je n’ai plus honte d’agir parfois différemment sur Internet et dans ma vie réelle parce qu’au final, je sais que je n’en reste pas moins la même personne. J’ai simplement appris à user au mieux de ma personnalité, à grandement m’investir sur Internet parce que cela convient bien à mon caractère tout en poursuivant mon engagement au quotidien. Différemment, peut-être, quoique moins qu’à une époque. Mais pas moins intensément.

Alors si un jour on vient à se rencontrer, vous me trouverez sans doute plus timide, plus calme, plus effacée que je ne peux l’être sur Internet.

Mais vous ne me trouverez pas moins engagée. Et au final, c’est ça le plus important.

Mes 101 défis en 1001 jours

Il y a plus de trois ans, sur le forum de discussion lié au site d’écriture Harry Potter Fanfiction, j’ai découvert par l’intermédiaire d’une des membres le principe des 101 défis en 1001 jours. C’est quelque chose qui m’a tout de suite séduite, au point de rédiger dans la foulée une première liste qui s’est achevée il y a quelques mois. Et d’en suivre une à nouveau, cette fois rédigée il y a quelques semaines à peine.

Le principe est simple, il s’agit de trouver 101 défis que vous pensez ou en tout cas souhaitez réaliser dans les 1001 jours à venir. 1001 jours, c’est assez long puisque cela vous projette à presque trois ans ! Mais c’est aussi exactement ce qui m’a enthousiasmée quand j’ai découvert ce défi. Contrairement aux résolutions du nouvel an, là, vous avez bien plus d’un an pour mener à bien certains objectifs, ce qui permet soit de s’en lancer plus qu’on ne l’imaginait, soit de s’investir dans des projets de plus longue haleine. De plus, vous ne vous visualisez pas seulement sur l’année à venir mais sur les trois années à venir, ce qui a un côté très excitant : quand ma liste en cours s’achèvera, je ne serai a priori qu’à deux mois de la fin de mes études et donc de mon entrée sur le marché du travail. Beaucoup de choses se seront passées, dont je l’espère, certains des objectifs que je m’étais fixée !

Concrètement, vous ne rendez de comptes à personne d’autre que vous-mêmes. Il n’y a rien à gagner si ce n’est un sentiment de fierté personnelle et vous êtes même tout à fait libre d’arranger un peu la réalité en considérant comme validé un défi qui ne l’a en fait pas été –mais l’intérêt est assez limité puisque c’est quelque chose de personnel. Cela dit, si comme moi vous souhaitez prendre cette liste au sérieux et en faire une sorte de feuille de route des années à venir, l’envisager comme une source de motivation ou que-sais-je, j’aurais alors quelques conseils à vous donner : le premier est de bien prendre le temps de réfléchir à votre liste. Quand j’ai découvert les 101 défis en 1001 jours, j’ai eu tellement envie de m’y atteler que j’ai précipitamment rédigé une liste. Le résultat, c’est que six mois plus tard à peine la moitié des objectifs ou presque ne m’intéressaient déjà plus. Je les avais balancés sur un coup de tête, ou par manque d’inspiration –parce que mine de rien, trouver 101 défis en une heure, c’est pas si évident. Au final, ma liste achevée, je n’avais donc rempli que 45 ou 50 objectifs, ce qui en soit est toujours mieux que rien mais ne m’a pas vraiment satisfaite. Le deuxième conseil, ce serait de se fixer des objectifs quantifiables, ou du moins aisément mesurables : concrètement, « Avoir plus confiance en moi », c’était un objectif de ma première liste, et je peux vous dire que j’ai été bien embêtée quand, celle-ci achevée, il m’a fallu décider si oui ou non j’avais rempli cet objectif. Comment définir objectivement l’amélioration, ou pas, de ma confiance en moi ? Il ne s’agit pas de bannir tous les objectifs de ce type, et certains se sont d’ailleurs à nouveau glissés dans ma nouvelle liste, mais il faut tout de même prendre en compte l’évaluation finale que vous allez devoir faire et qui sera plus ou moins aisée à compléter selon le choix de vos objectifs. « Lire dix livres en anglais », ça, pas de doute, vous l’avez fait ou vous ne l’avez pas fait ! Quant à mon dernier conseil, c’est de trouver un équilibre entre les « gros » et les « petits » défis. Trois ans, c’est certes beaucoup de temps, mais ce n’est pas non plus si long et prévoir quinze voyages à l’autre bout de la planète, trente-sept marathons et douze expériences professionnelles différentes n’est pas forcément très réaliste. Le but, c’est quand même de mener à terme un maximum de vos objectifs. Mais à l’inverse, ce serait dommage, du moins à mon avis, de se cantonner à de petits objectifs quotidiens ou de ne sélectionner que des objectifs que vous êtes absolument certains de pouvoir remplir. Déjà parce que ça enlève une part de challenge et ensuite, parce que je pense qu’il est chouette aussi d’avoir de se lancer de gros défis, dont on sait qu’ils vont être durs à réaliser, que ça peut être une vraie source de motivation, mais aussi une énorme source de fierté et de bonheur si vous parvenez à les réaliser ! Soyez réalistes… mais pas trop non plus, quand même. C’est bien aussi de rêver un peu, parfois.

C’est globalement la façon dont j’ai envisagé ma nouvelle liste. Comme la précédente, je l’ai organisée en parties puisqu’il me paraît plus simple de la parcourir ainsi. Ça permet aussi de voir en un coup d’œil quelle est la « catégorie d’objectifs » à laquelle vous vous consacrez le plus, celle qui semble le plus vous importer ou au contraire, celle qui va peut-être nécessiter plus d’efforts de votre part… ou qui ne sera pas à renouveler sur votre prochaine liste ! Ça arrive, ce n’est pas grave, et d’ailleurs, en trois ans, on change. Même la liste la plus réfléchie du monde n’est pas forcément adaptée à la personne que vous allez devenir en trois ans. Certains objectifs ne seront plus d’actualité ou ne vous feront plus envie et on s’en fiche, ça veut juste dire que vous avez évolué et que vous assumez aller dans une autre direction.

Ma liste a donc commencé le 1er août et s’achèvera le 29 avril 2019 soit, comme je le disais, peu de temps avant la fin de mon Master 2. Elle comprend de petits objectifs anodins, comme apprendre à cuisiner tel plat ou tel dessert, des objectifs plus réguliers, comme rédiger deux articles par mois sur mon blog ou faire une séance de sport chaque semaine. Elle comprend aussi quelques très gros défis, que je ne suis pas certaine de réaliser d’ici trois ans mais que je vais essayer de tenir malgré tout : écrire un nouveau roman et faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle étant –dans un but surtout sportif mais aussi touristique-, à mon sens, les deux plus gros. Je note entre parenthèses ma progression : par exemple, Les Petits Princes est une série que je rédige actuellement sur Harry Potter Fanfiction, dont le principe est d’écrire une nouvelle pour chacun des treize descendants de la famille Weasley. Quatre sont à ce jour rédigés, d’où le (4/12). J’aime bien également rajouter, entre d’autres parenthèses, un récapitulatif par exemple concernant les romans ou les films. D’expérience, quand vous arrivez au bout de votre liste, vous ne vous rappelez pas forcément de tous les romans que vous avez lus ces trois dernières années –ou du nombre, mais pas forcément de tous les titres. Le noter, cela permet à la fois de se « prouver » qu’on a bien réussi le défi, mais ça permet surtout de se rappeler de tout ce qu’on a fait et d’embrasser d’un regard nos trois années de lectures !

Voici donc la liste en question :

 

Du 1er août 2016 au 29 avril 2019

Fait : 6

En cours : 15

Abandonné : 0

Echoué : 0

Ecriture

– Terminer d’écrire les aventures d’Effy (1/4)

– Faire publier Ce mur entre nous

– Ecrire mon roman sur les femmes dans la Résistance en hommage à Madame F.

– Terminer la série Les Petits Princes (4/12)

– Terminer Tous les enfants du monde

– Terminer En famille (4/15)

– Terminer Le chant des partisans (8/18)

– Faire le plan et écrire cinq chapitres de mon projet de Jily

– Faire le plan d’Une histoire de chrysanthèmes

– Réussir un nouveau NaNoWriMo de 50 000 mots

– Être au moins cinq fois au panthéon sur 3 pages (0/5)

HPF

– Devenir l’autrice la plus productive sur Harry Potter Fanfiction

– Publier dix nouveaux textes sur le Héron (0/10)

– Atteindre les 3000 reviews (1164/3000)

– Atteindre les 100 commentaires sur le Héron (0/100)

– Renouveler mon inscription à l’association chaque année

– Participer chaque année à l’échange de Noël

– Participer chaque année à l’opération Cupidon

Lecture

– Terminer le cycle des Rougon-Macquart et relire Germinal (14/20)

– Acheter et lire un livre de contes pragois

– Lire deux livres de Marcel Proust (0/2)

– Lire dix livres en anglais (0/10)

– Lire Le Petit Prince en tchèque

– Lire cinq livres tchèque (1/5) (Vie de Milena)

– Lire dix nouvelles pièces de théâtre (0/10)

– En plus de ces lectures, lire vingt nouveaux livres (13/20) (La Bâtarde, La femme sans sépulture, Orgueil et préjugés, Histoire d’une femme libre, L’œil le plus bleu, L’œuvre au noir, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Les belles images, La femme gelée, Purge, Heureux les heureux, Chanson douce, L’étrangère)

– Lire 100 poèmes d’Arthur Rimbaud

Etudes

– Valider ma troisième année à l’Université Charles

Trouver un job étudiant pendant ma troisième année

– Être acceptée dans le master « Stratégies territoriales et urbaines » de Sciences Po

– M’engager dans une association à Paris

– Trouver un stage de fin de M2 en-dehors de Paris

– Atteindre le niveau 3/4 de Sciences Po en tchèque

– Alimenter mon dossier sur l’Ukraine

– Être bilingue en anglais

– Savoir me présenter en italien

– Savoir lire l’alphabet ukrainien

Voyages et sorties

– Visiter cinq villes de République tchèque autres que Prague (6/5) (České Budějovice, Třeboň, Český Krumlov, Kutná Hora, Telč, Olomouc)

– Visiter Budapest

– Visiter Varsovie

– Retourner à Berlin

– Visiter Vienne

– Visiter Lviv

– Visiter Bratislava

– Faire un voyage dans les pays baltes

– Retourner au mémorial de Caen

– Visiter le musée de la Shoah à Paris

– Faire un voyage à vélo

– Acheter un sac de voyage

– Partir en vacances d’été avec des amis

– Retourner en Bretagne

– Découvrir deux nouvelles villes françaises (0/2)

– Passer une semaine à Rennes

Sport et bien-être

– Faire au moins une séance de sport par semaine

– Tester les danses folkloriques tchèques ou slovaques

– Reprendre l’habitude de la course

– Garder un poids stable

– Faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle en partant du Puy-en-Velay

– Arrêter de m’abîmer les lèvres

– Vendre mon VTT pour le remplacer par une bicyclette

– Faire cinq randonnées en République tchèque (0/5)

– Courir cinq 10 kilomètres (0/5)

– Apprendre à cuisiner une ratatouille

– Apprendre à cuisiner cinq desserts (0/5)

– Ne plus faire de crise de boulimie

Mode

– Avoir cinq nouvelles blouses (0/5)

– Avoir cinq nouveaux tops (0/5)

– Acheter sept ensembles de lingerie (1/7)

– Acheter deux beaux pyjamas d’été (0/2)

– Et deux beaux pyjamas d’hiver (0/2)

– Trouver deux nouvelles robes d’été (0/2)

– Me procurer un grand peignoir tout doux

– Donner tous les vêtements que je ne porte plus

– Ne plus acheter de vêtements qui ne me plaisent pas

Loisirs

– Regarder toutes les saisons de Veronica Mars

– Regarder l’intégrale de Buffy contre les vampires en anglais

– Découvrir une nouvelle série et la visionner entièrement

– Aller voir un opéra

– Aller cinq fois au théâtre (0/5)

– Rédiger deux articles par mois sur mon blog (3/66)

– Tenir un blog sur mon année en République tchèque

– Visionner vingt-cinq nouveaux films (6/25) (Paul, Les Innocentes, Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children, Sully, La source des femmes, The girl on the train)

– Visionner cinq films tchèques (1/5) (Sedmero krkavců)

– Acheter cinq disques de cinq musiciens différents (0/5)

Citoyenne

– Voter (blanc) à toutes les élections pendant les 1001 jours

– Retourner à la fête de l’humanité

– Faire trois dons sur Goodeed au moins une fois par semaine (7/143)

– Participer à la campagne des Restos du cœur

– Faire au moins une fois la marche contre Monsanto

– Ne jamais abandonner le féminisme

Vie sociale

– Me faire au moins deux amis tchèques en République tchèque

– Entretenir les liens tissés à Sciences Po

– Faire chaque année mon anniversaire avec mes amis du lycée

– Me détacher du regard d’autrui

– Rester proche de ma famille

– Faire connaître Krtek aux enfants de la famille

– Rencontrer de nouveaux HPFiens (♥)

– Rencontrer Elodie

– Accepter davantage de sorties entre amis, études ou pas

– Ne plus avoir de disputes stupides avec mes amis

– Être heureuse

J’espère que l’idée vous aura plu, notamment aux personnes qui n’avaient encore jamais entendu parler des 101 défis en 1001 jours, et si vous décidez de vous lancer, n’hésitez pas à partager vos défis avec moi ! Qui sait, on pourrait même s’entraider tout au long de notre progression.

Ma première année à Sciences Po

J’y réfléchissais depuis un moment sans trop savoir si cela avait vraiment sa place ici. Mais depuis que j’ai décidé de recentrer un peu ce blog sur ce qui me tient réellement à cœur, faire un article sur Sciences Po me paraît être quelque chose de naturel. Cet endroit est mon espace personnel, un espace où j’entends parler de tout ce à quoi j’accorde de l’importance, et mes études en font assurément partie. En décidant d’écrire un article sur la Suède, j’avais d’ailleurs déjà dans l’idée de me référer quelques peu à mes études, puisque celles-ci sont centrées sur l’Europe.

Sur Twitter, je n’ai jamais caché faire mes études à Sciences Po et je me suis souvent amusée des réactions que cela pouvait parfois susciter. Lorsqu’une partie de la fachosphère m’est tombée dessus au moment des drames de Cologne, certains ont cru pouvoir se servir de mon appartenance à cette école contre moi. Ce qui était d’ailleurs assez drôle, c’est que leurs arguments étaient très divergents. Pour certains, ma pensée de « bobo tarée » découle directement de Sciences Po et est bien la preuve que cette école est dangereuse. Pour d’autres au contraire, mes idées ne devraient pas avoir leur place dans une école comme Sciences Po et je ne mériterais donc pas d’en faire partie. Autant certaines insultes ont pu me faire du mal, autant ces remarques me sont passées à trois mille kilomètres au-dessus de la tête et m’ont plus fait rire qu’autre chose. Mais j’en ai quand même retiré l’impression que l’on nourrit toujours toutes sortes de fantasmes à propos de Sciences Po et comme j’envisageais déjà de parler de mes études auparavant, je me suis dit que ça pourrait être une bonne occasion.

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Mon parcours scolaire

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais revenir brièvement sur mon parcours scolaire. A l’âge de sept ans, j’ai décrété que je deviendrais vétérinaire parce que j’adorais les animaux. Ce n’était sans doute pas la motivation la plus profonde qui soit, mais c’est un projet qui a malgré tout perduré jusqu’en seconde. En fait, je me suis rendue compte très vite que les matières me passionnant étaient les matières littéraires tandis qu’au contraire, tout ce qui était scientifique me rebutait. Mes parents sont des professeurs d’histoire-géographie et j’ai grandi dans un milieu où la culture a une place très importante, où l’on parle littérature, cinéma, musique ou art régulièrement que ce soit avec ma famille, mes parents ou leurs amis et ça a beaucoup joué là-dedans. En plus, j’ai été très vite naturellement portée sur l’écriture puisque j’ai commencé à écrire des histoires pratiquement dès que j’ai su lire. En seconde, j’ai fini par me dire que les études scientifiques pour devenir vétérinaire ne me plairaient vraiment pas et que je ne voulais pas renoncer aux sciences humaines, d’autant que j’ai beaucoup apprécié l’initiation à la sociologie et à l’économie et que j’étais aussi déjà très portée sur la politique. Je me suis donc orientée vers une première économique et sociale mais sans plus savoir quoi faire ensuite. Comme je voulais étudier le plus de matières possibles, on a commencé à me parler de Sciences Po et mes parents comme mes professeurs m’ont beaucoup encouragée dans cette voie, notamment mon professeur de français de première à qui je dois énormément. Si on ne m’en avait pas parlé, je n’aurais sans doute jamais envisagé Sciences Po puisque j’avais bien trop peu de confiance en moi pour « oser » imaginer intégrer cette école -dont je me faisais d’ailleurs une image assez stéréotypée. Puis, à force de recherches, j’ai réalisé que Sciences Po était réellement ce qui me plairait le plus compte tenu de mes attentes, de mon désir de pluridisciplinarité et de mon souhait d’étudier à l’étranger -la troisième année à Sciences Po se fait obligatoirement à l’étranger. J’ai donc candidaté, ai été accepté sur dossier et donc dispensée des épreuves écrites, ai passé un oral en mai qui s’est très bien déroulé et appris le 27 juin 2014 que j’étais acceptée… à Dijon.

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La spécificité dijonnaise

En faisant mes recherches sur Sciences Po, j’ai découvert quelques petites subtilités parmi lesquelles cette fameuse distinction entre Sciences Po et IEP… mais aussi l’existence de campus décentralisés relevant de Sciences Po mais ne se situant pas à Paris. Je n’en avais jamais entendu parler avant et je me suis donc renseignée sur chacun de ces campus. Tous les campus délocalisés sont axés sur une zone géographique tandis que le campus parisien est plus général. Ce côté général ne me dérangeait pas outre-mesure, mais j’aimais bien l’idée de me spécialiser particulièrement sur une zone précise et, tout en ayant des enseignements très variés, de commencer à faire des choses plus concrètes. J’ai rapidement éliminé tous les campus à l’exception d’un seul : le campus dijonnais. Le Havre et Reims ne m’intéressaient pas, Menton et le campus Europe-Afrique m’attireraient sans doute plus aujourd’hui mais ce n’était pas le cas il y a un an et demi, Poitiers ne me branchait pas plus que ça d’autant que je n’avais pas vraiment envie de continuer l’espagnol, et Nancy aurait pu me plaire mais nécessitait d’avoir déjà un bon niveau d’allemand, ce que je n’avais pas. Restait donc Dijon, mais la question ne s’est jamais vraiment posée de toute façon. Dijon est le campus de l’Europe centrale et orientale, et plus largement de l’Union européenne. J’ai beaucoup voyagé en Europe, et j’ai toujours adoré tout ce que j’ai vu. J’ai ainsi très tôt été passionnée par la culture européenne, chaque nouvelle ville ou région découverte m’enthousiasmait et de cela a découlé un très grand intérêt pour la question européenne. Dès le lycée, je me suis beaucoup penchée sur les questions européennes et même si je n’étais pas vraiment d’accord -et le suis aujourd’hui encore moins- avec la façon dont l’UE se construisait, je croyais en un projet européen, j’y croyais réellement mais ne le voyais porté par personne, ou du moins pas par les dirigeants alors à la tête de l’Europe. J’avais donc envie de faire quelque chose au niveau européen, de mettre en pratique mes idées, mes projets, notamment concernant les droits des femmes au niveau européen ou la valorisation de la culture et la défense d’un meilleur accès à celle-ci pour tout le monde –oui, j’étais idéaliste. Je ne voulais pas faire de politique, je me suis politisée très jeune mais j’ai toujours su que je ne ferai jamais une carrière politique, c’est un monde qui ne m’attire pas du tout. Mais je voulais travailler au niveau européen -et je l’envisage toujours, mais j’envisage plus de possibilités toutes très différentes les unes des autres aujourd’hui, ce qui ne m’inquiète pas pour l’instant parce que j’ai encore le temps de me décider donc j’y reviendrai plus tard. Enfin, parmi tous les voyages que j’ai pu effectuer, un m’a particulièrement marquée : mon voyage à Prague. Je n’y suis restée qu’une semaine mais suis littéralement tombée amoureuse de cette ville. C’était en 2012 et je me suis dit que j’y reviendrai un jour, coûte que coûte. Presque quatre ans plus tard, ce souhait n’est plus très loin de se réaliser et cela me suffit à dire que Dijon était le meilleur choix possible pour moi.

Sciences Po représentait beaucoup de choses à mes yeux : c’était devenu l’école de mes rêves et la seule formation, parmi toutes celles pour lesquelles j’ai postulé, à me faire véritablement et totalement envie. La double-licence à la Sorbonne en histoire et sciences politiques dans laquelle j’étais acceptée me plaisait beaucoup, comme pas mal d’autres formations, mais je n’avais eu pour aucune d’entre elles le coup de cœur éprouvé pour Sciences Po. D’un point de vue plus personnel, j’attendais aussi beaucoup de ce nouveau départ à Dijon, loin de chez moi. J’ai été très malheureuse au collège et pas beaucoup plus épanouie au lycée. J’espérais enfin me sentir à ma place quelque part, enfin me débarrasser de ma timidité maladive et être capable de me faire des amis dans un endroit où je ne connaissais absolument personne. J’attendais énormément de Sciences Po, et si ma première année ne s’était pas bien déroulée, je crois que ça aurait un coup extrêmement dur à surmonter… mais ça n’a pas été le cas.

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Le premier semestre

Le premier semestre n’a pas été le plus évident concernant le travail. Avant toute chose, je dois dire que le fameux « A Sciences Po, le vrai travail c’est pour y entrer et après, tu fais plus rien » est complètement faux, à Dijon en tout cas. J’ai très vite eu énormément de travail, bien plus qu’au lycée et au début, ça m’a posé quelques problèmes d’organisation. Par ailleurs, la méthodologie change beaucoup de ce que l’on a appris au lycée. Les étudiants français sont plus favorisés que les étudiants étrangers mais les professeurs ont des attentes bien plus exigeantes que les professeurs de lycée. Nos plans sont beaucoup plus élaborés et nos problématiques plus recherchées aussi. Nos travaux doivent maintenant s’appuyer sur des ouvrages sérieux et parfois nombreux, et il ne suffit plus d’utiliser son cours. On doit obligatoirement faire des recherches à côté, d’autant que dans beaucoup de matières, on faisait l’exposé avant d’avoir eu le cours dessus, donc c’est à vous de vous faire le cours et de faire que vos camarades qui n’ont pas effectué votre travail de recherche soient capables de vous suivre. Le rythme est donc bien plus soutenu qu’au lycée et le travail est surtout très différent, beaucoup plus personnel et demandant une bien meilleure organisation.

Honnêtement, le premier semestre ne m’a pas franchement enthousiasmé au niveau des cours mais ça, c’est purement subjectif. Objectivement, la qualité des cours était très bonne et j’ai appris énormément de choses passionnantes. Subjectivement, les matières étudiées ne sont pas révélées être des matières pour lesquelles j’avais des affinités particulières. Mes cours étaient les suivants : institutions politiques comparées, c’est-à-dire du droit constitutionnel, de la microéconomie, l’histoire de l’Europe et les affaires de l’Union européenne. S’ajoutaient à cela un cours d’anglais et surtout un cours de tchèque. A Sciences Po, le volume horaire d’une langue dépend de notre niveau dans celle-ci. Les étudiants français ne parlant pas au moins une langue d’Europe centrale et orientale sont obligés d’en choisir une parmi le tchèque, le polonais ou le hongrois. A un niveau débutant, pour une langue d’Europe centrale et orientale, on a six heures de cours par semaine. Tous les matins sauf le vendredi, j’avais donc 1h30 de tchèque. Enfin, on doit obligatoirement s’investir dans un projet collectif, qui est projet mené par les étudiants, pouvant s’incarner dans une association, et dans lequel notre investissement est évalué tout au long de l’année et crédité à la fin du second semestre. Personnellement, j’ai choisi de m’engager pour les Jeunes Européens, une association qui cherche à promouvoir l’idée européenne notamment auprès des jeunes. A Dijon, ça se traduisait notamment par des interventions scolaires de deux heures pour présenter l’Europe aux élèves.

Le droit et l’économie ne m’ont pas du tout plu. En filière économique et sociale, je me suis rendue compte assez vite que j’avais une préférence pour la sociologie mais à Sciences Po, ça s’est avéré très net. J’ai trouvé la microéconomie beaucoup trop mathématique, je devais énormément travailler pour comprendre à peine la moitié du cours et j’ai eu 7 à mon examen final -ce qui m’aurait désespéré au lycée mais m’a ici plutôt laissé de marbre. Quant au droit, je n’ai pas vraiment accroché non plus. Je dirais que c’est probablement trop rigide et quelque part, trop logique pour moi -ce n’est pas pour rien que j’avais du mal en mathématiques. Cela dit, encore une fois, ça n’enlève rien à la qualité de ces cours qui était incontestable et qui m’a permis de me doter d’une culture générale bien plus solide. Et heureusement, certaines matières me plaisaient quand même beaucoup. L’histoire, bien sûr, mais les affaires de l’UE également, qui permettent d’aller nettement plus loin que les quelques bases acquises au lycée et de mieux comprendre la logique de fonctionnement de l’UE. Le tchèque s’est révélé particulièrement difficile, ne ressemblant à absolument rien de ce que je connaissais, mais j’étais tellement contente à l’idée d’enfin l’étudier et de commencer ainsi, lentement mais sûrement, à me préparer pour emménager à Prague que je suis restée assez enthousiaste tout au long du semestre.

Le semestre a globalement été assez stressant, notamment pour le droit et la microéconomie qui me demandait un travail vraiment très important. Jusqu’au bout, j’ai d’ailleurs eu peur de ne pas valider le droit. En microéconomie, je suis parvenue à arracher une moyenne de conférence suffisamment élevée pour ne pas m’inquiéter outre-mesure de l’examen final et grand bien m’en a pris. A Sciences Po, le contrôle continu compte pour 2/3 de la note finale. C’est bien au sens où on ne joue pas tout sur notre examen final, mais cela demande par contre de travailler sérieusement tout au long du semestre pour ne pas avoir de sueurs froides à la veille des examens. Ma moyenne de droit n’était ainsi pas très élevée et j’ai dû attendre les résultats du semestre, qui n’arrivent en plus que très tard vers la fin février -alors que l’on passe nos examens en décembre-, pour arrêter de me stresser avec ça.

Sur un plan plus personnel, par contre, ça a été un premier semestre extrêmement positif. L’intégration s’est très bien passée. Débarquer dans une école où vous ne connaissez personne est assez flippant au début, mais comme tout le monde est dans le même cas que vous, on relativise vite. En plus, les étudiants de deuxième année prennent très bien en charge les nouveaux. On se fait attribuer un parrain ou une marraine dès le début de l’été à qui on peut poser toutes nos questions. Pendant notre semaine de pré-rentrée où l’on rencontre nos professeurs, les deuxième année organisent des activités tous les soirs pour que l’on fasse connaissance et le premier week-end, nous le passons tous ensemble à camper au bord du lac Kir, à faire du sport, à nouer des liens et à faire la fête. En une semaine à Sciences Po, je me suis sentie plus intégrée qu’en trois ans au lycée et c’est en plus renforcé par la taille très humaine de l’établissement. Nous ne sommes pas même 200 étudiants, on connaît très vite tout le monde, l’administration nous connaît bien aussi et on est très encadrés. Les professeurs, aussi exigeants puissent-ils être, sont la plupart du temps très à l’écoute -en tout cas, pour ce qui m’a concerné.

N’étant pas de nature très extravertie, j’ai relativement peu participé à la vie nocturne du campus, préférant souvent le calme de mon petit appartement aux nombreuses soirées organisées, mais ça ne m’a pas empêché de me sentir parfaitement à ma place. Je me suis engagée dans beaucoup de projets qui m’ont permis d’échanger avec plein d’étudiants différents. Contrairement au lycée, les groupes d’amis ne sont pas définis et figés pratiquement tout au long de l’année. Bien sûr, on a plus ou moins d’affinités avec certaines personnes, mais on peut très facilement discuter avec des gens très différents du matin au soir. Sciences Po mettant aussi beaucoup l’accent sur le travail en groupe, on se retrouve fréquemment à devoir travailler des exposés avec des gens différents et ça aide aussi à ne pas rester sans cesse avec les mêmes personnes. Les projets collectifs sont aussi là pour nous rapprocher, puisqu’ils mélangent les étudiants de première et de deuxième année et qu’on n’y retrouve jamais exactement les mêmes que dans nos conférences. Moi qui étais incapable d’adresser la parole sans bafouiller à quelqu’un qui n’était pas mon ami au lycée, je me suis retrouvée à pouvoir discuter de tout et de rien avec n’importe qui.

Enfin, s’il n’y avait vraiment qu’une chose à retenir de cette école, c’est l’incroyable diversité culturelle qu’elle offre. Notre petit campus de moins de 200 étudiants comprend près d’une quarantaine de nationalités différentes, très majoritairement d’Europe mais aussi d’autres endroits du monde. Et c’est formidablement enrichissant. Beaucoup de projets collectifs se construisent d’ailleurs autour de cette multiculturalité : le projet « Goûtons l’Europe » organisait ainsi fréquemment des repas avec des recettes d’Europe centrale et orientale, tandis que le groupe des danses folkloriques nous présentaient ses danses traditionnelles lors des évènements du campus. En prenant votre déjeuner le midi, vous pouviez entendre parler des dizaines de langues différentes et si c’est un peu perturbant au début de ne rien comprendre à ce que les gens disent autour de vous, ça devient vite quelque chose de génial. Maintenant en deuxième année, je suis toujours aussi fascinée par toutes ces langues et ne peux que regretter de ne pas toutes les parler -mais le tchèque me donne déjà suffisamment de travail !

C’est un premier semestre qui est donc passé relativement vite, même si certains moments m’ont paru long, notamment en novembre où la fatigue accumulée depuis la rentrée à la fin du mois d’août commençait à se faire ressentir. J’étais aussi pour la première fois loin de chez moi, et même si je l’avais voulu et que je restais bien moins éloignée que beaucoup d’étudiants, ma famille me manquait beaucoup. Quand les vacances de Noël sont arrivées, ça a donc été un vrai soulagement d’autant que celles-ci durent plus d’un mois à Sciences Po. J’en ai profité pour me reposer, retrouver ma famille… et partir en voyage à Cracovie en janvier avec l’une de mes premières amies dijonnaises, chez un ami que je connaissais du lycée et qui faisait maintenant ses études en Pologne. Comme quoi, même éloignée du campus, son identité restait profondément ancrée en moi et j’étais plus que jamais certaine de ne pas m’être trompée de voie.

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Le deuxième semestre

Le deuxième semestre m’a beaucoup plus plu que le premier sur le plan scolaire. Techniquement, je crois que j’avais plus de travail puisque les cours ont été plus nombreux, mais je ne l’ai pas du tout ressenti ainsi. Pratiquement tous les cours m’ont en effet passionnée et j’ai donc beaucoup moins fait attention au temps que je pouvais passer à les travailler. Pour ce semestre, j’avais donc trois matières fondamentales : l’histoire de l’Europe au XIXème siècle, la macroéconomie et la science politique. J’avais en plus un cours de sociologie et toujours de l’anglais et du tchèque. Enfin, j’ai dû choisir deux enseignements d’ouverture parmi une dizaine. Les enseignements d’ouverture sont beaucoup moins généraux que les cours fondamentaux, certains sont même sur des questions très précises mais réellement passionnantes. Je me suis d’ailleurs décidé pour un enseignement très ciblé sur les enjeux de la révolution ukrainienne. J’ai aussi choisi un cours analysant les transformations politiques et sociales en Europe centrale et orientale à travers le prisme du genre –un cours fait pour moi. Globalement, aucune matière ne m’a posé problème ce semestre. La macroéconomie m’a paru moins compliquée que la microéconomie, même si ça ne restait toujours pas ma matière favorite. L’histoire m’a passionnée, comme toujours, et j’ai adoré le cours de science politique. J’ai été moins enthousiasmé par la sociologie, mais ça ne m’a jamais dérangé d’assister au cours. Et j’ai totalement adoré mes deux enseignements d’ouverture : celui sur l’Ukraine qui m’a permis de mieux comprendre le conflit qui se jouait, et celui sur le genre qui m’a appris énormément de choses sur la condition féminine dans les sociétés d’Europe de l’est depuis le XIXème siècle. Ces deux cours ont été passionnants et j’y ai d’ailleurs eu d’excellents résultats, ce qui m’a beaucoup remotivée après un premier semestre validé mais sans toutefois obtenir de notes satisfaisantes à mon goût.

Le travail était toujours bien présent mais non seulement j’étais bien plus volontaire à l’effectuer, et je crois en plus que je commençais réellement à « prendre la main », à mieux m’organiser, à prendre deux fois moins de temps qu’avant pour élaborer un plan et à faire des recherches plus efficacement. J’ai donc beaucoup moins eu la sensation d’être débordée, même si certains moments restaient plus stressants que d’autres et qu’il m’arrivait encore d’être déçue par certaines notes. Le cours de tchèque est aussi devenu plus difficile, nous n’en étions plus aux petites phrases basiques de débutants mais nous attaquions sérieusement à la grammaire tchèque et à ses multiples subtilités dont certaines m’échappent d’ailleurs encore aujourd’hui -mais je me suis accrochée. Dans l’ensemble, j’ai fait un très bon deuxième semestre. Ça n’a pas été excellent, je n’ai pas fait partie des élèves ayant obtenu une mention en faisant partie des 10 ou des 2% les meilleurs, mais j’ai été très satisfaite de mon travail à titre personnel ce qui n’était pas le cas au premier semestre. Du coup, j’ai aussi beaucoup plus profité de mes cours, de ce que j’apprenais, j’ai pris beaucoup plus de plaisir à étudier et à faire des recherches complémentaires. Je crois que j’ai été dans un bien meilleur état d’esprit, d’une part parce que j’adorais les cours et d’autre part parce que je gérais beaucoup mieux mon temps.

J’ai aussi davantage profité de ma vie d’étudiante et pas seulement sur le plan scolaire. De ce point de vue, l’année a pourtant mal commencé : je m’étais inscrite en club d’athlétisme en septembre, dans la continuité de mes trois précédentes années d’athlétisme, mais je me suis blessée aux ligaments du genou droit à peine une semaine après la reprise en janvier. L’athlétisme était mon exutoire, au premier semestre, le moment où je pouvais me défouler et ne penser qu’à moi. J’ai de toute façon un rapport très particulier avec ce sport puisqu’il m’a beaucoup permis d’apprendre à accepter mon corps et de me débarrasser de mes troubles du comportement alimentaire. J’ai donc pensé que le semestre allait être horrible sans athlétisme, mais il n’en a rien été même si ça m’a sincèrement manqué. J’ai quand même profité, je suis allée faire mes séances de kiné de bon cœur et malgré le temps que ça me prenait, et je me suis débrouillée pour faire un peu de sport dans mon appartement ne nécessitant pas de recourir à mon genou.

Le deuxième semestre a surtout été pour moi le moment où j’ai commencé à affirmer plus clairement mes idées. Si j’ai appris à laisser ma timidité de côté au premier semestre, je n’étais pas non plus une personne prenant forcément part aux débats et affirmant haut et fort ses opinions. Mais à Sciences Po, on aime bien débattre de tout et n’importe quoi et à force d’écouter les autres parler, j’ai commencé à m’y mettre à mon tour. Le fait que j’étais beaucoup plus organisée, plus confiante en moi et moins stressée qu’au premier semestre a sans doute beaucoup joué là-dedans. J’ai donc commencé à revendiquer mon féminisme, et c’est au deuxième semestre qu’est née l’idée de créer un projet collectif féministe sur le campus dijonnais où ça me paraissait manquer cruellement. J’en avais déjà parlé à une amie, lors de la semaine d’intégration, parce que je l’accueillais le temps que son appartement se libère et qu’elle s’est avérée être féministe comme moi, mais à l’époque je ne pensais pas forcément donner suite à cette idée. Finalement, ça m’est revenu et avec cette amie et mon copain, on a commencé à envisager sérieusement l’idée. On s’est renseigné sur les projets féministes qui existaient sur le campus parisien et on a été séduit par Politiqu’elles, dont on a contacté la co-présidente qui nous a donné son feu vert pour créer l’antenne dijonnaise. On a eu la confirmation au moment de la campagne HeForShe, et ça a été notre première action sur le campus d’ailleurs -prendre en photo le maximum d’étudiants avec la pancarte. Le projet allait attendre l’année suivante pour exister officiellement mais on y travaillait déjà et cette action nous a permis de faire un peu de pub auprès des futurs première année qui seraient amenés à choisir un projet à leur tour.

La fin du semestre a été particulièrement agréable, il a fait très beau à partir du mois d’avril et j’ai pu profiter davantage de la ville, la découvrir un peu mieux et surtout faire de longues promenades au lac Kir. Qui dit fin de l’année dit aussi gala de fin d’année : le 21 mai, on se retrouve tous en tenues de gala pour célébrer la fin de l’année, manger et faire la fête tous ensemble. On en profite pour faire de jolies photos tous ensemble sur tapis rouge, ce qui est terriblement cliché en soi mais je suis une fille terriblement clichée et pas mal de ces photos sont aujourd’hui accrochées sur les murs de mon appartement -et oui, j’ai un peu eu l’impression de réaliser un rêve de gamine en allant à un gala dans une jolie robe avec mon copain et mes amis, et je vous zut.

Je n’ai pas participé au Minicrit, qui est une compétition sportive et artistique réunissant tous les campus de Sciences Po à la fin de l’année et s’étalant sur quelques jours. Cette année-là, elle se déroulait à Nancy. Je n’en avais pas spécialement envie pour une simple question de caractère. J’aime bien être entourée, mais pas trop non plus, j’apprécie -beaucoup- -beaucoup beaucoup- le calme et je n’aime pas vraiment faire la fête, pas trois jours d’affilée en tout cas -dit comme ça j’ai l’air d’une fille terriblement ennuyeuse mais ne vous en faîtes pas, je vous assure que je m’éclate très bien dans ma vie. L’ambiance avait l’air vraiment géniale mais je n’ai pas regretté de ne pas y être allée, j’ai profité de Dijon pendant ce temps sans avoir le moindre travail à faire ou examen à me soucier et je suis ensuite retournée chez moi pour l’été. Par contre, je pense participer au Minicrit de cette année puisqu’il s’agira déjà du dernier et qu’après cela, notre promo ne sera plus jamais parfaitement réunie. Et même si je sais déjà que j’en serai nostalgique, je sais aussi que la suite sera sans doute toute aussi belle parce que même si on ne se verra plus aussi souvent que dans notre cocon dijonnais, on va tous partir à l’étranger, réaliser nos rêves et découvrir ensuite la vie parisienne pour au moins deux ans.

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Et après ?

J’attendais énormément de Sciences Po, et pourtant je n’attendais peut-être pas autant. Au cours de cette première année, je me suis épanouie comme jamais, je me suis fait des amis géniaux, j’ai rencontré des gens extraordinaires, j’ai développé des projets, j’ai appris énormément de choses, scolairement mais aussi sur moi. J’ai appris à m’assumer, j’ai appris à aller au bout de mes idées, j’ai appris à être fière de moi, un peu. Tout est très loin d’être rose, j’ai encore des moments de doute, des moments où j’ai l’impression de renouer avec de vieux problèmes, des moments où je me dis que je ne suis qu’une bonne à rien et où je ne crois plus en rien. Mais j’ai appris à mieux gérer ces moments, grâce à mes proches, grâce aux réseaux sociaux sur lesquels j’ai rencontré des gens formidables et pu m’assumer telle que j’étais, mais aussi grâce à Sciences Po qui est le premier endroit autre que mon cercle familial où j’ai eu la sensation d’être exactement là où je devrais être.

Alors au fond, on peut bien me dire ce que l’on veut à propos de mon appartenance à Sciences Po, je m’en moque éperdument. Je sais que mon école n’est pas parfaite, je sais qu’elle reste trop peu représentative de la population dans son ensemble, je sais que j’y suis sans doute rentrée pour très grande partie grâce à mon milieu socio-culturel. Mais je sais aussi qu’elle m’a appris énormément de choses, qu’on y travaille -et oui- beaucoup, et que sans elle je n’aurais pas la chance de connaître autant de cultures différentes aujourd’hui.

Et je sais que je m’y sens bien et que pour rien au monde je ne voudrais être ailleurs.

Je voulais donner à travers cet article un aperçu de ce qu’était la scolarité sur le campus dijonnais de Sciences Po, je crois au final m’être beaucoup trop emballée et je ne sais pas si cela intéressera grand-monde mais je tenais vraiment à l’écrire, parce que cette école m’a tellement apportée. Si cela intéresse certains, je pourrais faire un article plus spécifique sur la façon dont je suis entrée dans cette école. En attendant, s’il y a un truc qui me paraît vraiment important dans tout ça… c’est qu’il ne faut pas hésiter à faire ce qu’on aime. Ça paraît très facile de dire ça en étudiant à Sciences Po, et ça l’est sans doute. Mais j’ai aussi dû rencontrer quelques obstacles en chemin. On m’a plusieurs fois demandé pourquoi je voulais aller « m’enterrer en province » plutôt que de profiter de Paris et de son incroyable offre culturelle. On m’a aussi beaucoup demandé pourquoi je ne me candidatais pas pour des classes préparatoires au cas où je n’aurais pas Sciences Po et mettais « simplement » une université en premier choix sur APB. Je voulais aller à Dijon, je savais que le programme était ce qui me convenait le mieux et la suite m’a donné raison. Je ne voulais pas aller en prépa, et je savais que si je n’avais pas Sciences Po, l’université serait ce qui me plairait le mieux -et à propos de l’université, lisez cet article de Buffy Mars si vous doutez que cela puisse être tout aussi génial qu’une classe préparatoire. Ce n’est pas aux autres de décider de ce qui est bien ou pas pour vous et de toute façon, quoi que vous choisissiez au final, il y aura toujours des gens pour le remettre en question alors autant faire quelque chose qui vous plaira vraiment et leur donnera tort.

Sur ce, je vais arrêter là cet article beaucoup trop long déjà. Et vous souhaitez tout le meilleur possible, sous quelque forme qu’il s’incarne à vos yeux, parce que vous le méritez.

Je suis une écrivaine

Après une assez longue absence due à un départ en vacances, je reviens vers vous avec un article que je suis, à vrai dire, étonnée de ne pas avoir écrit plus tôt. Ce blog doit bien maintenant en comprendre une dizaine et j’ai réalisé hier que sur tous ces articles, aucun n’était consacré à l’écriture.

Il est donc temps de remédier à la situation.

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L’écriture joue un rôle très important dans ma vie. La lecture est bien entendu dans le même cas de figure, mais je pense que l’écriture est clairement un cran au-dessus encore. Et autant dire qu’écrire, chez moi, relève presque de l’instinct. J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. Et ce n’est pas tout à fait qu’une impression puisque dès que j’ai appris à lire et donc à écrire, j’ai rédigé mes premières histoires.

Plaît-il ? Quelle espèce d’histoire une gamine de sept ou huit ans peut-elle bien avoir l’idée saugrenue d’écrire ? La réponse tient en un mot : fan fiction. Un mot que vous avez certainement déjà entendu et qui peut-être vous évoque, d’une façon absolument pas clichée (bien entendu), de jeunes adolescentes se fantasmant une belle histoire d’amour avec Edward Cullen ou Christian Gray. Si votre conception de la fan fiction s’arrête là et que vous ne souhaitez pas l’approfondir, je vous en prie, passez votre chemin. Parce que la fan fiction, j’en écris depuis bien plus que la moitié de ma vie et encore aujourd’hui, sans en avoir la moindre honte et sans non plus avoir l’impression de n’être qu’une espèce d’attardée devant éventuellement se résoudre à quitter le monde de la rêverie pour se confronter à « la réalité ».

Si la fan fiction n’avait pas fait partie de ma vie, je n’aurais jamais écrit un roman avant l’âge de dix-huit ans. Voilà. Et ce roman, pour le coup, sort tout droit de mon imagination, avec mes personnages, mon intrigue, mon monde. C’est un roman que j’ai même pris la décision de faire publier coûte que coûte.

Pourquoi, alors, continuer à écrire de la fan fiction ? Parce que cela m’amuse, d’une part, que j’aime bien écrire de petites histoires sur des univers que j’adore. Ça me détend, ça a un côté moins prise de tête que d’inventer de toutes pièces une histoire. Mais je pense aussi que la fan fiction est un formidable exercice d’écriture. J’ai écrit un roman à l’âge de dix-huit ans. Un roman de près de 250 pages faisant plus de 50 000 mots. Peu de gens ont pu faire la même chose à un tel âge. Si j’ai pu le faire, moi, ce n’est pas parce que je suis douée d’un quelconque talent que les autres n’auraient pas. C’est juste qu’écrire fait partie de moi, que j’écris sans cesse, tout le temps, depuis plus de dix ans et ça, c’est grâce à la fan fiction.

Je ne me rappelle plus exactement de mes tout premiers écrits. Je les ai depuis longtemps supprimés sans la moindre once de regret. Bien sûr, il aurait pu être amusant de les relire des années après, et c’est ce que j’ai d’ailleurs fait, sans que cela ne m’amuse réellement. Cela montre juste que j’écrivais déjà à sept ans, mais comme vous pouvez vous en douter, mon style n’avait alors pas grand-chose d’extraordinaire et d’ailleurs, presque toutes les histoires que j’ai pu entamer à cette époque n’ont pas de fin. J’étais petite, j’écrivais ce qui me passait par la tête sans vraiment me projeter sur le plus long terme et dès qu’une histoire ne m’intéressait plus, je la laissais en plan et passait à autre chose. Ecrire une seule et même histoire du début à la fin, c’est très dur, bien plus qu’on ne peut le penser à première vue. Même en ayant tout prévu, en ayant rédigé le plan de tous vos chapitres, fait des fiches incroyablement longues sur chaque personnage, il arrive forcément un moment où vous n’avez juste pas l’envie d’écrire, où les mots ne viennent plus, ou encore un moment où vous êtes confrontés au fameux syndrome de la page blanche. A sept ans, et même ensuite, je n’avais clairement pas la motivation pour outrepasser ces symptômes et me contentais donc de passer à autre chose. Pourtant, ces écrits ont quand même eu leur utilité. Bien sûr, ils auraient fait hurler de rire n’importe quel éditeur, mais ils se sont améliorés au fur et à mesure. Cela restait bien en deçà de ce que pouvaient écrire de vrais écrivains, mais à force d’écrire (et de lire, aussi, parce qu’on ne le dira jamais assez mais la lecture permet de faire des progrès considérables en langue, tant du point de vue du vocabulaire que de la grammaire), j’ai fini par progresser. Si bien que très tôt, mes instituteurs et professeurs m’ont dit que j’écrivais remarquablement bien pour mon âge. Je n’écrivais pas remarquablement bien tout court, mais comparé à la façon d’écrire de mes camarades n’ayant pas pris l’habitude de rédiger aussi fréquemment que moi, j’étais douée.

D’où m’est venue cette envie parfois presque frénétique d’écrire ? A vrai dire, je ne le sais pas vraiment. Je pense avoir naturellement une imagination assez débordante. J’ai toujours eu la tête pleine d’idées, sans forcément penser à coucher celles-ci sur le papier. En commençant à lire et à regarder des dessins animés, je me suis plongée dans de nouveaux univers que j’ai adorés. C’est ainsi que j’ai rédigé mes premières histoires sur (attention roulement de tambours)… les Mew Mew Power, voilà, vous pouvez rire, c’est ce que je fait en rédigeant ces lignes. Je regardais le dessin animé, j’aimais beaucoup les personnages et une fois tous les épisodes visionnés, j’ai eu envie de prolonger ma passion. C’est donc tout naturellement que je m’installais devant un clavier et me mis à rédiger la suite possible de leurs aventures. D’ailleurs, ma capacité à taper très vite à l’ordinateur et à écrire sans même regarder mon clavier (ou en regardant volontairement ailleurs pour épater la galerie au collège) vient aussi de là. J’ai écrit très tôt, très vite, très longtemps.

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L’univers qui a toutefois clairement changé ma vie a été, comme pour beaucoup d’autres enfants de ma génération, celui de Harry Potter. Harry qui m’a donnée le goût de la lecture comme celui de l’écriture. Je lisais déjà avant de découvrir Harry Potter, mais sans jamais avoir eu LE coup de cœur. Ce coup de cœur a été pour Harry Potter et j’ai développé une véritable passion de la lecture grâce à lui. Mais c’est surtout mon écriture, qui m’est restée de l’univers du petit sorcier. J’écrivais avant, mais ces histoires auraient pu ne rester que des histoires inachevées dormant dans un disque dur et auxquelles je n’aurais plus jamais touchées. Mes histoires sur ces univers autres que celui de Harry Potter n’ont jamais été ni très nombreuses, ni très longues, ni très intéressantes. Et c’est là où je peux dire que Harry Potter a changé ma vie sans exagérer. Parce que sans lui, peut-être n’aurais-je jamais autant aimé lire, et peut-être surtout n’aurais-je jamais autant écrit. Or, l’écriture est ce qui m’a permis de rester à peu près saine d’esprit au collège, puis d’être présentée au Concours général au lycée et enfin, d’impressionner suffisamment le jury d’entrée à Sciences Po pour décrocher une place au sein de cette école.

Qu’aurait été ma vie, sans cela ?

Mes premières histoires empruntant les personnages de J.K Rowling concernaient, naturellement là encore, la suite. Le dernier tome n’était pas encore sorti, laissant la place toute grande à l’imagination. Mais, et là est toute la différence d’avec ce que j’ai pu écrire précédemment… je n’ai pas arrêté d’écrire à la sortie du dernier livre. J’ai continué longtemps, je continue aujourd’hui encore. Contrairement à tous les autres univers, comme celui cité plus haut, celui de Harry ne m’a jamais lassée. J’ai d’abord écrit sur ce qui avait pu se passer avant (notamment sur Lily et James, les parents de Harry, dont l’amour me fascinait), puis en écrivant même pendant. C’est-à-dire sur les années à Poudlard mais du point de vue d’autres personnages : Ginny Weasley, les membres de l’Armée de Dumbledore pendant la septième année. L’épilogue du dernier tome, en délivrant des informations sur les enfants de nos héros, est aussi une mine d’or pour l’imagination. J’ai écrit sur ces enfants, imaginé le poids du passé sur leurs épaules et la façon dont ils pouvaient évoluer dans un monde que leurs parents avaient créé ou souhaité détruire (pour les enfants de Mangemorts). J’ai publié certaines de ces histoires sur Internet, et découvert ainsi que je n’étais en fait pas la seule à avoir l’idée d’écrire sur mes romans favoris (grande désillusion). Très vite, j’ai font bon gré mal gré puisque j’ai lu d’autres fan fictions absolument géniales, qui m’ont donnée envie de progresser, d’être capable moi aussi d’écrire des histoires qui seraient autant commentées, autant appréciées dans l’univers de la fan fiction Harry Potter.

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Puis, j’ai découvert le site Harry Potter Fanfiction. J’y ai créé un compte, il y a bientôt cinq ans. Sorti un pseudo un peu au hasard : Bloo. Et j’y ai posté mes premiers écrits. D’abord ce que l’on appelle des OS (One Shot, histoire en un chapitre). Puis, parfois, des histoires longues. Et j’ai ainsi pour la première fois mené à terme certains projets. J’ai ainsi pu cocher la case « Histoire complète » pour un de mes récits, composés de quatorze chapitres. J’étais capable de terminer quelque chose. Et c’est là, que j’ai commencé à me dire que, peut-être, je pourrais être capable, maintenant, de terminer un projet qui n’appartiendrait qu’à moi.

J’écris ici noir sur blanc le pseudonyme sous lequel je publie, parce que je ne veux plus cacher ce genre de choses. C’est vrai, je ne me suis jamais étendue sur le fait que j’écrivais des fan fictions. Je ne savais jamais trop comment les gens allaient réagir, s’ils trouveraient ça normal, surtout passé un certain âge. Maintenant je veux assumer que cela fait juste partie de moi. Que je n’ai pas à en avoir honte, au contraire. J’ai écrit un roman grâce à ça. Je prépare un autre roman grâce à ça. Je peux je crois dire en toute honnêteté que « j’écris bien », et c’est grâce à ça. J’ai aujourd’hui posté 108 histoires en tant que Bloo, dont plusieurs histoires longues en cours. Je suis le quatrième auteur le plus productif du site. Certaines de mes histoires ont même gagné des prix. Je n’ai pas en avoir honte, bien au contraire.

Récemment, j’ai d’ailleurs mis un point final à une autre fan fiction, la seule que j’écrivais encore sur un univers autre que celui de Harry Potter. A douze ans, je suis allée voir Les enfants de Timpelbach au cinéma, et bien qu’ayant apprécié le film, j’ai été un peu frustrée par toutes les pistes qui n’y étaient pas explorées. Encore une fois, je me suis donc armée de mon imagination et de mon clavier pour y remédier et xTimpelbach est né. Il y a deux semaines à peine, j’ai mis un point final à cette histoire commencée à douze ans, laissée en plan pendant des années et reprise sérieusement durant le lycée. Elle fait dix-sept chapitres. Dix-sept chapitres, 225 pages Word et plus de 110 000 mots. Et elle n’est que la première partie d’une histoire plus vaste encore, qui doit comprendre deux autres parties qui seront au moins toutes aussi longues. Ce projet est énorme et me tient considérablement à cœur. Plus que n’importe quel autre, il me permet d’ailleurs de mesurer mes progrès : les premiers chapitres, bien que modifiés récemment, comprennent encore nombre de clichés. Au fil des chapitres, ces clichés s’effacent, les personnages deviennent plus fouillés, le style moins lourd aussi. Dans la deuxième partie que je prévois maintenant, dont le plan détaillé est déjà rédigé, de nouvelles facettes vont être explorées. Parmi elles, la place des femmes dans une histoire se déroulant au beau milieu des années 1950. Je prévois d’y glisser énormément de choses qui me tiennent à cœur. Cette histoire est à la base une fan fiction, qui se rapproche maintenant plus d’un original. Grâce à elle, je sais que je suis capable de mener de longs projets. Et qu’un jour, peut-être, j’écrirai 300 000 mots sur un univers et des personnages qui seront entièrement sortis de mon imagination.

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J’ai dix-neuf ans, je suis étudiante, je suis féministe, je suis une lectrice un peu compulsive et une amoureuse de sport, et je suis aussi une écrivaine.

C’est moi, cela fait partie de moi, et je n’ai pas à le cacher d’aucune manière que ce soit.

För Sverige i tiden

Aujourd’hui, on parle de la Suède. En effet, dès que ce blog a été créé, j’ai souhaité qu’une de ses catégories y soit consacrée à l’Europe. Et inaugurer cette catégorie avec un article sur la Suède est ce qui m’a semblé le plus logique.

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Depuis toute petite, j’ai eu la chance d’avoir beaucoup voyagé grâce à mes parents. Mes vacances se sont souvent déroulées à l’étranger, et même si je n’ai pas non plus visité tant de pays que cela puisque nous sommes parfois allés dans le même plusieurs fois de suite, j’ai au moins pu visiter un nombre très important de villes, de régions de toute l’Europe, et n’ai jamais été déçue par un seul de ces voyages. J’ai maintenant dix-neuf ans, et ai déjà eu la chance de me rendre en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni, en République tchèque, en Pologne, et… en Suède, donc. J’ai également passé une nuit dans une auberge de jeunesse bruxelloises mais n’ayant pas eu l’occasion de visiter quoi que ce soit de la ville, je considère que la Belgique est un pays qu’il me reste tout entier à découvrir.

Le premier pays dans lequel je me suis rendue a été l’Espagne, théâtre de nombre de vacances d’été de mon enfance. A vrai dire, nous n’avons d’abord été pratiquement que dans ce pays, avant de passer plusieurs étés en Provence, puis de mettre le cap sur l’Italie. Cette année, je repars d’ailleurs en Toscane et j’en suis enchantée, puisqu’après trois séjours dans cette région, je ne me lasse toujours pas de ses merveilles. Les vacances de Pâques nous ont permises de découvrir d’autres pays : une semaine à Berlin, une semaine à Prague. Les voyages scolaires m’ont amené à traverser six fois la Manche, direction Bath, Cambridge, Londres par trois fois et Liverpool. En janvier dernier, j’ai pris l’avion pour la Pologne et plus précisément Cracovie, rendre visite à un camarade y faisant ses études, accompagnée d’une amie de mon école étudiant justement le polonais (j’étudie pour ma part le tchèque, mais les deux langues étant proches, cela m’a aussi bien servi par moment). Et puis, par deux fois, c’est en Suède que l’avion s’est posé, lors de vacances d’été là aussi. Mais, quand nous nous rendions en Espagne, en Provence puis une année en Italie avec des amis de mes parents, ayant deux filles dont l’une a mon âge et l’autre celui de ma sœur (pratique), la Suède, nous y sommes allés tous les quatre… pour y rejoindre notre famille.

Mon oncle est Suédois, même si je n’ai à proprement parler aucun sang suédois dans les veines (quoique, étant Normande, mes ancêtres viennent peut-être de Scandinavie, qui sait ?). Mon oncle est en fait le mari de ma tante, la sœur de ma mère. Ce que j’appelle ma famille suédoise est donc de la famille par alliance, mais pour moi, ça ne fait pas véritablement de différence, et s’il y a bien une chose que j’ai retenue de tous ces voyages, c’est qu’il n’est aucunement besoin d’avoir le « sang » du pays pour s’y sentir comme chez soi. Je ne parle pas le suédois, le seul mot que j’ai retenu de ces deux séjours est « merci », je n’ai pas de lien avec ce pays, tout comme je ne parlais pas un mot de tchèque lorsque j’ai mis les pieds à Prague pour la première fois, ce qui ne m’a pas empêché de tomber littéralement amoureuse de cette ville au point de m’orienter vers des études qui vont m’amener à y vivre au moins un an. Je vois aujourd’hui l’Union européenne comme une merveilleuse chance d’un point de vue culturel, une chance de voyager sur tout le continent librement et de s’y nourrir de cultures à la fois suffisamment différentes pour nous dépayser, mais aussi suffisamment proches pour nous rapprocher les uns des autres.

Ce sentiment, c’est en Suède qu’il a commencé à naître même si je ne l’ai compris que des années plus tard, et c’est pour cela qu’il m’a paru logique de rédiger, avant tout, un article sur ce beau pays.

Avant de me rendre en Suède, j’ai eu des premiers contacts avec ce pays par le biais… de la culture, là encore. Mon oncle étant Suédois, donc, lui et ma tante nous ont régulièrement offert, à ma petite sœur et moi, des livres et des dessins animés suédois. Deux m’ont principalement marquée, au point que je m’en souviens encore très bien aujourd’hui, ce sont Pettson et Picpus, et Fifi Brindacier. Pettson et Picpus, ce sont les aventures d’un vieux monsieur, Pettson, et de son chat, Picpus, qui ne fait que des bêtises. Ils habitent en pleine nature, et je me souviens que les dessins étaient très beaux, montrant la beauté des paysages suédois, la faune sauvage, les maisons en bois et les lacs. Je me rappelle encore d’un épisode dans lequel Pettson adoptait un coq, dont Picpus se montrait jaloux au point de le faire fuir. Le coq se perdait dans la forêt et y mourrait, même si cette mort n’était pas montrée, et cet épisode faisait toujours pleurer mon pauvre petit cœur sensible. En suédois, Picpus s’appelle Findus, mais la ressemblance avec une certaine entreprise a été jugé inopportune lors de la traduction de l’œuvre et ce chat tigré reste donc à mes yeux Picpus, même si j’ai depuis un ami suédois pour qui il s’agit de Findus. D’ailleurs, pour Noël dernier, lui et sa petite amie m’ont offert… une peluche de Picpus ! J’adore les peluches, et j’adore Picpus, j’ai toujours rêvé d’en posséder un rien qu’à moi et ce rêve est donc maintenant réalisé. Et oui, à dix-neuf ans, j’ai encore des rêves à priori bien futiles mais qu’importe. 3

Cinq et cinq trente-six, les pruniers pour moi font des ceris-euuuuh, j’aime que la vie, vire-virevolte autour de moi… ♪

Quant à Fifi… elle est très connue en Suède, s’y appelle Pippi Långstrump (inutile de vous expliquer pourquoi son nom a dû être modifié…) et on trouve des goodies à son effigie dans tous les magasins -de Stockholm du moins. La série lui étant consacrée est pourtant assez vieille, elle date des années 1970, mais Fifi fonctionne toujours autant et je crois qu’il y a un dessin animé racontant ses aventures bien plus récent. J’ai pour ma part grandi avec la série et y reste attachée, même s’il faut admettre que les épisodes ont relativement mal vieilli. Fifi, j’aurais aisément pu lui consacrer des paragraphes dans mon article sur les héroïnes, parce qu’elle est un véritable phénomène. Elle vit toute seule dans sa grande et jolie maison à seulement dix ans, est indépendante, donc, échappe toujours aux policiers qui cherchent à la placer dans un foyer, fait l’admiration de tous les autres enfants, filles comme garçons, et est capable de soulever son cheval avec les mains. Quand j’y pense, c’est assez dingue qu’un tel personnage ait pu connaître un si grand succès dans les années 1970 où il était encore assez rare d’avoir des personnages féminins détonnant à ce point (mais ne vante-t-on pas la Suède pour son avance en matière d’égalité des genres ?). Fifi fait d’ailleurs tout un tas de bêtises et n’est pas du tout considérée comme un personnage moral, au contraire même, ce qui je crois a fait grincer certaines dents à l’époque, mais elle fait maintenant totalement partie de la culture populaire suédoise. Pour ma part, je pense me renseigner sur le dessin animé dans l’optique, peut-être, de le présenter à des enfants plus tard, parce que Fifi est je trouve un excellent personnage féminin et qu’elle permet donc de s’initier un peu à la culture d’un autre pays que la France, ce qui n’a jamais fait de mal à personne.

La Suède a donc toujours été assez présente dans mon enfance. Je me souviens d’un Noël au cours duquel nous avons tous eu des bois d’élan à se mettre sur la tête, je crois que nous avons une photo de ce grand moment -l’élan est l’emblème de la Suède. Et puis, à l’école, j’avais deux amies dont le père était Néerlandais et la mère Irlandaise, et je dois avouer que j’aimais bien l’idée d’avoir moi aussi des origines autres que françaises pour me démarquer un peu, même si stricto sensu, je n’en avais pas la moindre -un détail que j’avais tendance à oublier de préciser lorsque j’étais en primaire, c’est fou comme la petite fille extravertie que j’étais est différente de celle renfermée que je suis devenue dès l’entrée au collège, quand j’y repense. Finalement, cet attachement est devenu très concret lorsque mes parents, ma sœur et moi nous sommes envolés pour Stockholm -mon premier voyage en avion, d’ailleurs. Nous l’avons fait une première fois, puis une deuxième deux ans après. A chaque fois, nous sommes restés quelques jours à Stockholm, avec la famille de mon oncle, puis nous sommes partis pour un tout petit village dans le nord de la Suède où la famille possédait une maison de vacances. Et ce paysage enchanteur, je me le remémore encore très bien.

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Bizarrement, je n’ai que peu de souvenirs de Stockholm. Les deux seuls que j’ai en tête sont celui du château de la famille royale où nous avons observé les gardes et leurs chevaux, et celui du magasin où j’ai acheté un magnifique sac à main élan tout mignon, que j’ai encore aujourd’hui accroché dans ma chambre -au moins cinq élans se trouvent d’ailleurs dans ma chambre, c’est un peu devenu mon emblème à moi aussi, haha. Hormis cela, je ne me souviens que de la maison où nous étions et du grand trampoline dans le jardin sur lequel nous jouions. En revanche, je me souviens très bien de ce petit village dans le nord, dont je sais prononcer le nom mais absolument pas l’écrire. Et pour cause, le décor y est véritablement… merveilleux. Toutes les maisons sont des maisons rouges à poutres blanches apparentes, très typique donc. Le village se trouve juste au bord de la Baltique, la maison où nous étions était sur une dune que nous pouvions dévaler pour finir sur le port où étaient amarrés des petits bateaux de pêcheurs. Il y avait une grande forêt derrière dans laquelle nous pouvions nous promener, ainsi que de nombreux sentiers en bord de mer serpentant entre d’innombrables rochers et que nous avons maintes fois arpentés. Un peu plus loin derrière la maison, il y avait aussi un camping à l’entrée duquel se trouvait un petit magasin où nous achetions de délicieuses gaufrettes au chocolat. Ces gaufrettes sont un très bon souvenir, nous les adorions, mes parents aussi, nous en avons ramené un sac entier et à la douane, à l’aéroport, un douanier a ouvert le sec puis nous a regardé avec un large sourire, c’était très drôle. Pour le Noël suivant, nous avons reçu un coli rempli de ces gaufrettes de la part de notre famille, et nous en achetions régulièrement à Ikea jusqu’à ce que le magasin n’en fournisse plus -oh tristesse. Il y avait ce petit restaurant, aussi, que l’on gagnait par la forêt et qui donnait une jolie vue sur la mer. Je me souviens de plein de choses, de nombreux autres petits villages que nous avons visités ainsi lors de balades, même d’une table en bois toute bête de pique-nique sur laquelle nous nous sommes arrêtés un midi avec des chips et où nous avons déjeuné, avec notre oncle, seuls au monde dans la nature. Tout était magnifique. J’en garde un souvenir impérissable et j’adorerai y retourner, vraiment.

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J’ai toujours vécu à la campagne, je ne suis en ville que depuis mes études et je ne sais pas si c’est l’habitude de la nature qui fait que j’ai tant aimé ce petit village. Je m’y sentais hors du temps, on avait cette impression que tout était encore comme cela devait être, que l’homme n’était pas venu imposer trop durement sa marque. Je ne vivrais certainement pas un tel endroit à l’année, je reconnais de nombreux avantages à la ville et en vivrait sûrement très près dans le futur, mais c’était incroyablement reposant. Ce sont véritablement des voyages qui m’ont marquée, alors que j’étais très jeune pourtant, et que cela doit bien faire neuf ans que je n’y suis pas retournée. Cette petite maison rouge, je la visualise encore parfaitement. Elle était divisée, d’ailleurs, comme beaucoup de maisons traditionnelles. C’est-à-dire que vous avez une première maison, dans laquelle se trouvent le salon, la cuisine, la salle à manger, la salle de bain. Une deuxième petite maison, derrière, séparée par quelques mètres de jardin, où se trouvent les chambres. Une troisième, enfin, sur la droite, pour les toilettes. Nous nous amusions beaucoup de cette séparation avec ma sœur, il faut dire que nous n’avions jamais vu cela auparavant, et ça avait un côté amusant de devoir traverser le jardin pour aller aux toilettes -mais beaucoup moins amusant la nuit, cela dit.

Et c’est là que j’ai commencé à me sentir Européenne, même si je ne mettais pas de tels mots dessus à l’époque. Quand je rentrais, j’avais envie de dire que j’étais Suédoise, en plus de Française, et ça n’aurait pu être qu’une lubie de gamine en quête de popularité, mais c’est resté. Puis la Toscane m’a enchantée, j’ai voulu être Italienne, Prague m’a exaltée, j’ai voulu être Tchèque, puis Allemande, puis Polonaise. Alors, j’ai décidé que j’étais Européenne, parce que comme ça, je suis toutes ces nationalités à la fois, tous ces pays qui m’ont charmée, et tous ceux qu’il me reste à découvrir. Je n’ai encore jamais été hors d’Europe, peut-être, si tel était le cas, me sentirais-je citoyenne du monde, tout simplement, et plus Européenne. Mais je crois sincèrement que mon sentiment européen est très fort, et il tend de plus en plus à prendre le pas sur mon sentiment français, même si j’aimerais toujours mon pays et que j’aime à le défendre vaillamment -surtout lorsqu’il est question de sport (exception faite du tennis où je soutiens Federer quoiqu’il arrive), et de gastronomie, haha ! En voyageant, j’ai pu découvrir des cultures, des coutumes, des traditions, plein de choses qui m’ont fait aimer ces pays et changer de la France. Mais j’ai aussi réalisé que nous partagions beaucoup de choses. Que les grands courants littéraires ou architecturaux que je connaissais, notamment, n’étaient pas spécifiquement Français, mais bien Européens. Que le romantisme a embrassé toute l’Europe. Que des églises gothiques se trouvent sur l’ensemble du continent. Nous avons un riche patrimoine culturel commun, et je ne comprendrais mais alors jamais pourquoi nous n’avons pas d’abord essayé de mettre ce patrimoine en avant pour créer un sentiment européen, pourquoi nous nous sommes concentrés sur l’économie puis la politique en oubliant que la culture soude tout autant si ce n’est plus les peuples.

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L’Europe est une richesse. Mon école se compose d’une quarantaine de nationalités différentes, et cela m’a permis d’apprendre plein de choses, un nombre incroyable de choses. Et je ne parle pas forcément de choses pouvant sembler barbantes comme l’histoire ou le système politique de chaque pays (bien que moi je trouve cela fascinant), mais aussi de petites choses plus ludiques et qui contribuent pourtant à renforcer mon sentiment européen : les légendes de chaque pays (coucou le Golem), le folklore (les danses folkloriques bohêmes et moraves sont très belles à regarder, entre autres), la gastronomie (je sais maintenant cuisiner le syrnyk, sorte de cheescake à base d’un fromage de l’est), le langage (j’apprends le tchèque et je connais quelques mots de vocabulaire usuels dans d’autres langues), la musique (notamment la musique folklorique, encore, mais ça c’est moi et mon amour du folklore de toute façon)… J’ai envie de partager toutes ces choses. Pour Noël dernier, j’ai d’ailleurs offert une peluche de krtek à ma petite cousine, krtek la petite taupe, héroïne de dessin animé en République tchèque où elle est immensément populaire, et j’ai cuisiné des biscuits de Noël tchèques pour ma famille, les kolaches. Je veux apprendre à cuisiner bien d’autres choses encore, et à danser comme en Ukraine ou en Slovaquie, et pouvoir plus tard raconter à mes enfants les plus grandes légendes de chaque pays -Prague à elle seule en regorge déjà. Parce que tout ça, c’est aussi l’Europe. Parce que l’Europe n’est pas qu’une zone économique ou une Commission à Bruxelles dont presque personne ne connaît les membres. Nous sommes l’Europe, et c’est en échangeant nos cultures respectives que nous pouvons vraiment devenir Européens. Et alors, pourquoi devenir Européen ? Pourquoi si l’on ne croit pas au projet européen ?

Parce qu’il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’Union européenne. Parce que je suis la première à penser que des tas de choses seraient à améliorer voire à modifier de fond en comble au sein de l’UE. Mais parce que s’ouvrir aux autres cultures, à ces pays que l’UE nous permet de côtoyer et de visiter facilement, c’est enrichir notre propre culture, c’est apprendre de celle des autres, c’est pouvoir préparer une spécialité tchèque à votre famille qui sera ravie de la découvrir et raconter un vieux conte polonais à des enfants qui écouteront attentivement une histoire qu’ils ne connaissent pas encore. Parce que respecter la culture des autres et s’y intéresser ne nécessite pas de croire en l’UE, et que pouvez très bien ne pas y adhérer tout en reconnaissant que la France se trouve sur un continent, qui comprend d’autres pays que le nôtre et qui méritent eux aussi que l’on s’y intéresse, qui ont eux aussi une histoire et une culture à nous apporter. Qu’on le veuille ou non, la culture française est aussi une culture européenne, qui a été influencé par cette dernière et qui l’a influencée en retour. S’intéresser à l’Europe, c’est aussi être une façon de mieux comprendre notre propre pays. S’intéresser à l’Europe, ce n’est pas adhérer à l’UE, mais bien à l’Europe en elle-même, aux pays qui la composent et aux richesses qu’ils peuvent nous apporter. Je connais des gens qui s’intéressent à l’UE, d’autres non. Mais nous nous intéressons tous à l’Europe et à ce qu’elle peut nous procurer, parce que quitte à être techniquement Européens par la force des choses, autant l’être aussi un peu culturellement. Cela ne nous retirera jamais rien, ça nous donnera par contre peut-être beaucoup.

Hölick Bastu 18-07-2007 008Ma onzième année, la mode, et moi

La Suède a enchanté mon enfance. Pettson et Picpus, Fifi, ces si délicieuses gaufrettes et l’architecture de ces petits villages du nord, ce n’est peut-être à priori pas grand-chose, mais cela a bercé mes jeunes années, enrichi ma culture, ouvert mon esprit. A mon tour, je voudrais transmettre à des enfants les richesses de l’Europe, qui nous sont aujourd’hui plus accessibles que jamais et dont il serait bien dommage de se priver.

För Sverige i tiden, toujours pour la Suède.

För Europa i tiden, toujours pour l’Europe.

La mode m’a tuée

C’est sur ce titre un brin provocateur que j’inaugure une rubrique qui aura certainement beaucoup d’importance sur ce blog et qui est consacré… à la mode. Je pourrais rédiger un article entier ne serait-ce que pour savoir ce qu’est au juste « la mode », mais je ne pense pas que ce soit le plus intéressant pour le moment. Le mot « mode » sera donc ici pris au sens (très) large : je parlerai de vêtements, de (sur)consommation, de style, et autres joyeusetés.

La mode m’a tuée, je pense que cet intitulé en ferait rire plus d’un et peut-être tout particulièrement les personnes qui me connaissent et qui savent le temps incroyablement long que je peux passer dans des magasins à essayer de nouveaux vêtements alors que j’en ai déjà tellement que les nouveaux rentrent à peine dans mon armoire. Oui, certainement, avant de dire des choses pareilles je devrais arrêter de passer ma vie à penser à mes prochains achats et cela dès le moment où je passe en caisse parfois -souvent. Seulement voilà, au risque de faire s’esclaffer l’ensemble des personnes m’ayant fréquentée plus de deux jours d’affilée : je n’aime pas faire les magasins.

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« OMG il me faut ça ! » : moi dans à peu près chaque magasin.

Entendons-nous bien : petite, j’ai détesté faire les magasins avec mes parents, je trouvais ça très long et j’imaginais tout ce que j’aurais pu faire à la place en poussant des soupirs de désespoir. Puis, peu après mon entrée au collège, j’ai commencé à moi aussi m’intéresser à ce que l’on proposait dans ces magasins que nous visitions à chaque sortie en ville. Et miracle, je me suis aperçue que l’on y trouvait des vêtements… parmi lesquels beaucoup me plaisaient bien. Partant de là, j’ai peu à peu passé de plus en plus de temps dans les magasins, ou du moins pris de plus en plus de plaisir à faire du lèche-vitrine. Mes parents commençaient en plus à me donner de l’argent de poche et en économisant un peu, je pouvais m’acheter de jolies choses sans que cela ne soit jamais excessif puisque cet argent de poche était limité et que je devais le gérer -et accessoirement, que j’aimais aussi acheter des livres ou aller au cinéma, entre autres choses.

Pourtant, il y a eu clairement eu un moment où les choses ont dérapées même si je ne le réalise que maintenant avec beaucoup de recul. Mes parents ne m’ont pas subitement donné le double d’argent de poche, je n’ai pas déménagé pour la ville et ainsi eu la possibilité de fréquenter les magasins tous les jours, et d’ailleurs j’étais encore au collège lorsque ma consommation est devenue problématique, c’est-à-dire à la campagne et bien loin du moindre magasin. Rien de tout cela ne m’est arrivé, non.

Ce qui m’est arrivé en revanche, c’est que j’ai développé des troubles du comportement alimentaire.

Je n’ai pas vraiment envie de m’étendre sur les raisons de l’apparition de ces troubles, d’abord parce que je ne les mesure certainement pas toutes pleinement encore et ensuite parce que cela ravive des souvenirs que je préfère pour le moment oublier. Par « troubles du comportement alimentaire », beaucoup de gens entendent immédiatement anorexie, ou à la rigueur boulimie. Puis, quand vous leur dîtes que vous ne vous êtes jamais faite vomir, ils vous répondent « Aaaaah, mais c’est pas grave alors, haha ! ». Haha.

Pour parler très concrètement, je pense que ce dont j’ai souffert s’apparente le plus à ce que l’on appelle l’anorexie mentale. Mais à vrai dire, ce n’est pas le plus important. Moi, à l’époque, je ne savais même pas ce qu’étaient les troubles du comportement alimentaire -je n’ai appris l’existence de ces termes que des années après. Alors peu importait les mots, tout ce que je voyais, c’était que je me sentais incroyablement mal dans mon corps et qu’il m’était très difficile pour ne pas dire impossible de me sentir jolie. D’ailleurs, moi qui petite posais sans problème devant le moindre appareil photo, j’ai arrêté à cette période de me faire photographier, ou du moins faisais-je clairement sentir que cela ne me plaisait pas. Aujourd’hui encore, je ne sais jamais comment poser devant un appareil.

Là où je peux dire que la mode m’a tuée, c’est qu’elle a en quelque sorte accentué ces troubles du comportement alimentaire. M’étant mise en tête que mon corps ne serait jamais suffisamment bien ni pour moi-même ni pour les autres, il m’a semblé alors que le seul moyen qui me restait pour tenter de dissimuler ce corps dont j’avais honte était, je vous le donne en mille, la façon dont je m’habillais. Je ne pensais pas seulement que mon corps ne plaisait pas : je pensais aussi qu’il ne plaisait pas aux autres, et que tout le monde devait me trouver laide et grosse. En revanche, je pouvais encore essayer de porter des vêtements qui dissimuleraient au mieux ces énormes complexes que j’avais. Et c’est là que, pour moi, ma consommation est devenue anormale. Je pense même que l’on peut parler de cercle vicieux.

Déjà, j’ai acheté de nombreuses fringues que je n’ai jamais portées par la suite -ou très peu. Bien sûr, les goûts changent à l’adolescence et il est normal de connaître des évolutions et de plus souhaiter porter certains de ses vêtements. Seulement, il m’est arrivé d’acheter des vêtements et de ne plus les aimer à peine quelques semaines plus tard. Le problème était que je voulais absolument avoir tout ce qui était « bien », c’est-à-dire ce que portaient les filles que je trouvais belles et minces -tout le contraire de moi-, en pensant naïvement que cela me suffirait à me sentir mieux et que les gens me trouveraient plus jolie ainsi. Pourtant, je n’aimais pas la moitié de ce que portaient certaines de ces filles. Mais je le faisais, j’achetais, et c’est là que j’ai commencé à me sentir mal dans des magasins. Vous savez, cette sensation de culpabilité, de honte même, quand vous faîtes la queue pour payer un vêtement qui ne vous plaît même pas, et vous le savez, mais vous allez quand même l’acheter.

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Il est bien connu que le shopping résout tous les problèmes des femmes et que celles-ci se tournent en priorité vers cette situation dès qu’elles se trouvent mal. Non ? Je vous présente pourtant Gossip Girl, série que moi et toutes les adolescentes de mon âge avons regardée. En prenant pour modèles les caractères féminins.

Et puis, parce qu’il faut le dire, et je pense qu’on ne le dit pas assez ou du moins pas assez sérieusement : la société fait tout pour que l’on surconsomme. Et quand je dis « nous », je pense principalement aux femmes. Déjà, vous avez deux fois plus de magasins de vêtements pour les femmes. Quant aux magasins mixtes, ils ont presque toujours beaucoup plus de vêtements pour les femmes. Les publicités de mode concernent très souvent des femmes. Et puis, toutes ces enseignes qui non contentes de déjà renouveler tous leurs vêtements deux fois par an (comme s’il fallait vraiment changer sa garde-robe deux fois par an), vous proposent de nouvelles fringues chaque semaine, se renouvellent sans cesse, et qui font que vous avez toujours l’impression de ne pas suivre le mouvement, de ne pas avoir « le » vêtement qu’il le faut, parce que « le » vêtement a déjà changé. J’ai voulu avoir tout. Je veux toujours avoir tout. Je rentre dans un magasin, et je regarde toutes ces fringues autour de moi, et j’ai envie de tout prendre, de tout acheter, comme si posséder des vêtements en quantité allait m’aider à surmonter une quelconque angoisse. En fait, j’en viens à faire du fait d’entrer dans un magasin une angoisse.

Je ne dis pas que chaque virée shopping est un calvaire. D’ailleurs, je suis souvent celle qui propose d’aller faire les magasins parce que dans le fond, j’aime ça. J’aime les beaux vêtements, j’aime les regarder, j’aime sortir, que ce soit avec mes parents ou avec mes amis, et faire les magasins est parfois follement amusant ! Mais pour cela, il faut que j’arrive à me dire que je n’ai pas besoin d’acheter tout ça et que je n’ai pas besoin d’acheter tout court. Cela paraîtra risible à certains, mais le jour où je réussirai à réfléchir ainsi automatiquement, je me demande si je ne pleurerais pas de joie. Pour le moment, j’en suis encore à élaborer des « stratagèmes ». A une époque, faire les magasins pouvait me donner envie de pleurer, sans que je ne sache exactement pourquoi : frustration, envie, déception, et toujours mes énormes complexes quand à mon apparence. Parce que j’en revenais toujours là, finalement. En soi, les magasins n’ont pas été l’origine du problème. Mais ils l’ont amplifié, pour des raisons susnommées, et sûrement parce que j’ai cherché à compenser mes angoisses. C’est le principe de la boulimie : vous ingurgitez des quantités phénoménales de nourriture pour calmer vos angoisses. Quelque part, les vêtements sont devenus ma nourriture à moi.

Ce qui m’a en grande partie « sauvée », est que mes parents ont toujours été très clairs sur leurs principes. Ma sœur et moi, nous avons toujours été gâtées, nous ne manquions de rien et ne nous contentions pas du minimum. Néanmoins, mes parents ont toujours fixé des limites et j’ai des souvenirs très vieux de caprices auxquels ils n’ont pas cédé. S’ils jugeaient un vêtement trop cher, ou inutile au sens où nous en avions déjà un de la sorte ou bien ils nous avaient déjà acheté quelque chose récemment, c’était non. Point. Ils nous ont aussi appris à faire des choix : d’accord si tu veux ça, mais alors tu n’auras pas ça. Quant à mon argent de poche, s’il me permettait largement de sortir en ville avec mes amis et de me faire plaisir de temps en temps -de toute façon, je ne sortais pas si souvent-, il n’était clairement pas suffisamment pour que j’achète de nouveaux vêtements tous les quatre matins. Bien sûr, cela a pu m’énerver à une époque. N’empêche qu’aujourd’hui, je suis très reconnaissante à mes parents.

Alors oui, la mode m’a tuée. Elle a aggravé des problèmes qui étaient déjà suffisamment graves comme cela. Elle m’a confrontée sans cesse à une image « parfaite » de la femme que je pensais ne jamais pouvoir attendre et à des quantités astronomiques de fringues que je pensais devoir toutes posséder et si tel n’était pas le cas, alors il me restait des sentiments que je ne connaissais déjà que trop bien. Elle m’a détourné de mes vrais problèmes, aussi. A un moment, j’ai fini par trouver des vêtements que j’aimais vraiment, et surtout qui me paraissaient me mettre en valeur. Peu à peu, j’ai eu l’impression de me sentir plus jolie, peut-être belle, même, de pouvoir enfin être à l’aise de mon corps. Et puis l’été est arrivé et avec lui les maillots de bain… et j’ai réalisé que mes problèmes n’avaient toujours pas disparu, loin de là. Aujourd’hui, je clame à qui veux l’entendre que je ne me baigne pas parce que je n’aime pas nager. En fait, c’est faux. J’aime nager, et surtout quand il fait chaud. Ce que je n’aime pas, c’est juste montrer mon corps à ce point. Alors je reste assise au bord de l’eau à fondre dans mes supers vêtements qui me mettent trop en valeur en regardant ceux qui se baignent avec envie.

J’ai appris à réapprécier les magasins. Notamment, une technique que j’ai trouvé et qui a fait ses preuves un temps est de réfléchir à l’avance sur ce que je voulais pour chercher précisément la ou les pièces en question dans le magasin plutôt que d’errer au milieu de masses de fringues. Depuis, je n’angoisse plus ou presque dans les magasins. Mais cela ne règle toujours pas un autre problème qui est celui de ma surconsommation : dès que j’ai obtenu la pièce à laquelle je réfléchissais, je pense déjà à une autre. Et ainsi de suite. Très récemment, je me suis dit que je pourrais faire maintenant une liste de ce que je voudrais vraiment et m’engager à ne plus acheter que ces choses-là pour toute l’année restante. Sauf que la liste en question est déjà bien trop longue et ne cesse de s’agrandir.

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Moi après avoir assuré : « Non mais j’achète juste ça ! »

Alors aujourd’hui, j’ai décidé d’ouvrir les yeux. Je ne vais pas arrêter d’entrer dans des magasins ou d’acheter des vêtements, parce que je pense que ça peut être un vrai plaisir dès lors que l’on sait se modérer. Puis même, c’est un vrai plaisir bien souvent, pour moi ! Quand je ne me frustre pas au point d’avoir envie d’en pleurer en observant tout autour de moi. Quand je ne pense pas sans cesse à tout ce que je n’ai pas plutôt qu’à tout ce que j’ai déjà. Mais ça, je ne sais pas encore le faire tout le temps, et encore moins naturellement.

Alors aujourd’hui, j’ai décidé d’ouvrir les yeux. J’ai des problèmes avec mon corps que je n’ai pas encore complètement réglés, même si cela va bien mieux qu’à un moment donné –et je suis vraiment très fière, en fait, de tout le chemin que j’ai déjà parcouru. Mais tant que ces problèmes ne seront pas réglés, mes angoisses par rapport aux vêtements et aux magasins ne le seront pas non plus. Bien sûr, je peux hurler au scandale face à cette société du paraître dans laquelle nous vivons, à ces normes de surconsommation que nous nous faisons imposer, à ces standards de beauté que l’on veut à tout prix nous faire considérer comme les seuls qui soient valides et à cette image de la femme outrageusement déformée que l’on veut nous voir intégrer. Je peux le faire, et je le ferai sûrement un jour d’ailleurs. Je le pense en tout cas. Mais pour le moment, je peux surtout essayer de me rendre des comptes à moi-même. Je peux surtout essayer, et réussir, parce que je vais réussir, d’accepter pour de bon mon corps tel qu’il est et pas comme je voudrais qu’il soit ou comme la société voudrait qu’il soit. Partant de là, je pourrais aussi cesser de considérer les vêtements comme des moyens de dissimuler mon corps ou de l’embellir, et surtout réaliser que ce ne sont pas les vêtements qui embellissent mon corps mais mon corps qui les embellit. Et alors, une fois arrivée là, ma consommation de vêtements redeviendra ce qu’elle aurait toujours dû rester : simple, sans prise de tête et surtout, elle n’aura pour but que mon plaisir -et le fait d’avoir de quoi m’habiller un minimum tout de même, mais rassurez-vous, c’est déjà largement le cas.

J’ai le droit de ressentir du plaisir en essayant un vêtement dans un magasin. Nous avons toutes le droit de ressentir ce plaisir, et pas de la gêne ou de la frustration aggravées par des complexes qu’alimentent justement pour partie les magasins. On veut nous précipiter dans des troubles que personne ne devrait connaître ? Montrons-leur qu’on vaut bien mieux que ça. Montrons-leur que ce n’est pas ça, « la mode », que ce ne sont pas ça les vêtements. Montrons-leur que nous ne sommes pas celles qu’ils voudraient que l’on soit -et je reste volontairement vague avec ce « ils » parce qu’il englobe bien trop de choses à mon goût.

Alors oui, leur mode m’a tuée.

Mais peu à peu, je me réapproprie les vêtements et, si je ne sais pas encore comment, je vais réussir à remettre en question mon rapport à la consommation, aux vêtements, et à l’apparence en général parce que je sais maintenant que c’est bien de ce problème qu’il s’agit avant tout.

Et alors, ma mode m’aura sauvée.

Pour aller plus loin, je vous recommande le blog de Buffy Mars et notamment tous ses articles consacrés au minimalisme, qui m’ont aidée à réaliser bien des choses !

7 personnalités avec lesquelles nouer une amitié

Récemment, j’ai lu un article que j’ai trouvé très amusant sur le blog de Buffy Mars (blog que je recommande absolument et dont je reparlerai sûrement !). Dans cet article, elle imaginait sept amitiés qu’elle pourrait nouer… avec des gens célèbres. L’idée m’a un peu prise de court puisque je me suis dit que je ne pourrai jamais choisir que sept personnalités, et qu’il y avait bien trop de gens que j’admirais pour pouvoir me décider entre eux. Finalement, à force de réfléchir à cette petite liste, et d’en réaliser quelques-unes, je me suis rendue compte que certaines personnes revenaient presque toujours. Ce sont elles que j’ai choisi de vous présenter, et qui feraient j’en suis certaine d’excellentes amitiés !

L’écrivain Albert Camus

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Parce que non seulement il s’agit de mon auteur favori, mais que je respecte également profondément l’homme -pas seulement l’auteur. J’adore lire, je pourrai passer ma vie à lire, mais je me rends compte que les auteurs qui me tiennent le plus à cœur sont aussi ceux dont j’admire l’engagement. Et je crois d’ailleurs que c’est pour cela que je préfèrerai toujours Camus à Sartre -bien que je reconnaisse l’immense talent littéraire de ce dernier. Camus est toujours resté fidèle à ses valeurs : lorsqu’il a pris connaissance des exécutions d’opposants en URSS, il a rendu sa carte au Parti communiste, lorsqu’il s’est vu refusé de combattre dans l’armée française face à l’Allemagne nazie, il s’est engagé en Résistance et ce dès 1942, jusqu’à prendre la tête de l’un des plus grands réseaux de Résistance en France. Il s’est également toujours engagé en faveur des Arabes, ce qui a fait de la guerre d’Algérie un véritable déchirement pour lui. Camus a vécu à une époque « absurde », en ceci que plus rien ne semblait avoir de sens : pourquoi la guerre, pourquoi les totalitarismes, pourquoi les génocides ? L’absurde, Camus en a fait sa philosophie et elle se retrouve dans toutes ses œuvres. Des œuvres que j’aime profondément, et derrière lesquelles on retrouve toujours cet engagement incroyablement fort de Camus : je connais des gens qui n’aiment pas L’Etranger, moi je trouve ce roman magnifique puisqu’il exprime bien toute l’absurdité d’une époque dans laquelle vivait alors Camus -celle de la seconde guerre mondiale. Si j’étais amie avec Camus, je pourrai lui poser tout un tas de questions sur son engagement, et peut-être que lui m’encouragerait à poursuivre mon propre engagement, aussi. Il serait une de ces amitiés qui vous tirent vers le haut, qui vous apportent énormément de choses et vous améliorent en tant que personne.

 

L’actrice et militante Emma Watson

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Emma Watson et moi, c’est une longue histoire. Hermione Granger ayant été dans un premier temps mon personnage favori dans Harry Potter, je ne pouvais qu’adorer l’actrice l’incarnant. Je me suis ensuite tournée vers d’autres personnages et ai d’ailleurs trouvé plus d’une fois que la Hermione des films ne correspondait pas du tout à celle des livres -en mal. Pourtant, j’ai continué à admirer Emma. Je trouvais incroyable sa volonté de toujours faire ce qu’elle avait décidé. Lorsqu’elle est allée à l’Université, je l’ai trouvé très forte et très fidèle à ses idées, elle aussi, parce qu’avec sa fortune elle aurait certainement pu s’en passer mais elle avait toujours dit qu’elle le ferait et surtout, qu’elle voulait le faire. Alors, quand elle a voulu s’engager pour la cause des femmes, je n’ai bien évidemment pu qu’approuver. Avec Emma, je parlerais de longues heures durant du féminisme, de la campagne HeForShe, de ses modèles féminins. Et puis, je lui demanderais quelques petits conseils vestimentaires, aussi -elle s’habille toujours tellement bien.

 

L’écrivain Emile Zola

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Emile Zola, c’est un petit peu l’équivalent de Dieu pour moi. Il est mon auteur favori avec Camus. D’ailleurs, ça n’a pas été facile de choisir qui, de Camus ou de lui, devait apparaître en premier étant donné que Zola aussi a un engagement très fort et que je respecte profondément. On peut penser bien sûr à sa prise de position en faveur de Dreyfus et du fameux J’accuse. Moi, je pense plutôt à son œuvre littéraire, à sa célèbre série des Rougon-Macquart à travers laquelle il s’attache à décrire la vie des petites gens. Bien sûr, ses romans sont loin d’être joyeux et de toujours donner une image positive des ouvriers. Mais lui, il en parle. Combien de siècles a-t-il fallu attendre pour que les romans s’intéressent à ceux qui constituent l’immense majorité de la population ? Et puis, on dira ce qu’on veut, Germinal est tout de même une œuvre magnifique pour les ouvriers -et autant dire que dans les Rougon-Macquart, les bourgeois en prennent ainsi pour leur grade et bien plus que les ouvriers, même. J’aime lire des romans de Zola, je trouve son écriture magnifique et je déteste que l’on me dise « Oui mais Zola y’a pas d’histoire c’est que du style » alors que c’est parfaitement faux -et j’aimerais bien savoir si ceux qui disent ça ont déjà vraiment lu un Zola. Evidemment que certains de ses romans sont mieux que d’autres. Mais il y a presque toujours une intrigue qui me permet de dévorer les pages pour connaître le destin de ses incroyables personnages. Je lis le cycle des Rougon-Macquart dans l’ordre et pour l’instant, mes favoris sont Le ventre de Paris, La faute de l’Abbé Mouret et Germinal. Si vous avez un petit moment un de ces jours, je vous les recommande vivement.

 

L’actrice Audrey Hepburn

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Audrey Hepburn, c’est un petit peu ma référence absolue en matière de mode. Son style est absolument intemporel et je serais ravie si je pouvais un jour ne serait-ce que lui arriver à la cheville. Elle est d’une simplicité déconcertante mais avec ce petit truc qui la démarque des autres, cette élégance qui la caractérise si bien. Audrey Hepburn, elle orne chaque mur de mon appartement et j’adorerais discuter vêtements avec elle rien qu’une fois. On pourrait peut-même regarder ensemble Diamants sur canapé, elle me raconterait des anecdotes du tournage de ce superbe film, je pleurerais lorsque son personnage abandonnerait Chat puis mes larmes de tristesse se transformeraient en larmes de joie lorsque Chat la retrouverait avec son amour et que cette fin heureuse s’afficherait sur mon écran.

 

L’écrivaine J.K. Rowling

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Elle, c’est une évidence parce que je lui dois un peu tout. Je ne me rappelle pas des quelques livres que j’ai pu lire avant Harry Potter. Je sais que je lisais, parce que mes parents m’y encourageaient, sans être vraiment tombé sur le livre. Jusqu’à ce que je lise Harry Potter à l’école des sorciers. J’avais sept ans, huit peut-être, et J.K Rowling a fait quelque chose d’incroyable : elle m’a donné le goût de la lecture. Quand je dis que Harry Potter a changé ma vie, ce n’est pas une exagération. Grâce au petit sorcier, j’ai aimé lire, j’ai appris à dévorer les livres et à m’imaginer vivre ces histoires que je lisais. Et puis, peut-être plus important encore, j’ai écrit grâce à Harry Potter. Je crois que ma première histoire était une suite de la série, en attendant le sixième ou le septième tome. Je ne m’en rappelle plus vraiment. Ce que je sais, c’est que j’écris toujours aujourd’hui. Et qu’avant mes 18 ans, j’ai écrit et fait publier un roman. C’est quelque chose d’incroyable que je n’aurai jamais pu faire sans elle. Aujourd’hui encore, je continue à écrire sur Harry Potter -je suis inscrite sur une site dédié à la fanfiction HP et j’y ai plus de 100 histoires. Je crois que je harcèlerais cette chère J.K. Rowling de questions si jamais nous venions à devenir amies : et je lui ferai part de mes propres histoires sur son univers, de l’avenir que j’ai imaginé pour certains personnages. Je crois que cela lui ferait plaisir. Et peut-même qu’elle aurait alors l’envie d’écrire de nouvelles histoires, qui sait…

 

Le politique Jean Monnet

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Son nom détonne peut-être un peu au milieu des autres -encore que. Je ne pense pas que par personnalités, beaucoup de gens entendraient personnalités politiques et pourtant, je crois que je lui dois un peu ma vie actuelle, à Jean Monnet. Pas seulement à lui, certes, mais en grande partie quand même. Si on célèbre l’Europe le jour anniversaire de la déclaration Schuman, on précise peut-être moins que cette déclaration a été en grande partie inspirée par Monnet. Jean Monnet, c’est l’un des pères fondateurs de l’Europe, l’un de ces hommes grâce auxquels je peux aujourd’hui m’envoler pour Cracovie sans passeport aucun, discuter avec des Berlinois sur la Alexander Platz, profiter des paysages splendides de Florence et me rêver un avenir à Prague. Jean Monnet, c’est l’un de ces hommes grâce auxquels se dire Européen a un sens et qui m’a donné un double, si ce n’est une multiple nationalité : je suis Française, mais je suis aussi -et peut-être surtout- Européenne. Cela ne veut pas dire que j’approuve l’Union européenne telle qu’elle se construit aujourd’hui -loin de là. Mais je crois en un projet européen, j’ai un idéal européen, et je pourrais en discuter des heures avec Monnet si nous étions amis -en espérant qu’il me donne des conseils pour construire une Europe plus belle encore.

 

L’écrivaine et journaliste Milena Jesenská

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Milena Jesenská est une écrivaine et journaliste tchécoslovaque, qui n’est guère connue et dont vous avez peut-être déjà entendu parler par le biais de Kafka : elle était son amante et ils échangèrent une incroyable correspondance. Milena vécut dans la première moitié du XXème siècle et elle est un peu tout ce que j’admire : elle fit ses études au lycée de jeunes filles Minerve à Prague, un lycée fondé par des féministes et dont le but était de permettre l’émancipation des femmes. Femme de lettres, elle devint journaliste en 1920 ce qui était à l’époque encore peu courant pour une femme. Entre 1938 et 1939, elle prit même la direction d’un magazine politique et culturel. Lorsque la Tchécoslovaquie fut envahie par les Allemands, elle entra en Résistance. Arrêtée dès 1939, elle fut déportée à Ravensbrück où elle perdit la vie en 1944. Il s’agit là encore d’une femme de convictions qui est allée jusqu’au bout de son engagement -au point d’y sacrifier sa vie. Elle aimait d’ailleurs profondément sa Tchécoslovaquie et a traduit de nombreuses œuvres en tchèque. Je pense que la première chose que je lui dirai si nous devenions amies serait à quel point j’admire son courage et la force avec laquelle elle a porté ses convictions jusqu’à la toute fin.

Et vous, quelles personnalités inviteriez-vous à dîner un de ces soirs ?