La misandrie ironique ou quand l’humour change de camp

TW : mention de menaces de viol/mort

Il y a quelques temps déjà, j’ai lu un excellent article de Slate intitulé L’essor de la misandrie ironique. La misandrie, littéralement la haine des hommes, serait l’équivalent de la misogynie et est régulièrement lancée comme accusation à la figure des féministes pour décrédibiliser leur parole. Lassées de ces poncifs qui n’en ont en plus pas le moindre fondement puisque, spoiler alert, la misandrie n’existe pas (t’en fais pas, j’y reviendrai), certaines féministes ont décidé de se réapproprier ce concept avec humour pour créer la misandrie ironique.

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Le principe ? Dénoncer par l’absurde les accusations de « misandrie » en jouant à fond cette carte de la haine des hommes et en faisant croire au grand complot féminazi.

C’est un concept qui m’a d’abord interrogée mais auquel j’ai rapidement adhéré. J’ai donc à mon tour écrit « hystérique » dans ma biographie Twitter, me suis présentée comme une extrémiste castratrice lorsque ça me faisait rire et que je sentais une certaine crispation chez les personnes me faisant face, ai fièrement revendiqué ma misandrie et avoué traquer les hommes la nuit avec mon gang de super copines féministes quand on me demandait si quand même, je ne détestais pas un peu les hommes, et je me suis bien marrée à faire croire à l’existence d’un vaste complot visant à instaurer une dictature matriarcale dans laquelle tous les hommes seraient asservis.

Dans un premier temps, ce recours à la misandrie ironique, c’était surtout une façon de décompresser. On l’oublie un peu trop facilement, mais être féministe et le revendiquer, c’est très, très loin d’être de tout repos. C’est s’exposer à des insultes quotidiennes, sur la toile ou dans la vie courante. Et les insultes sur la toile ne sont pas plus faciles à digérer parce qu’elles sont « immatérielles », j’aimerais bien voir deux minutes votre tête si vous vous réveillez un matin et découvriez des dizaines et des dizaines de messages insultants à votre encontre allant des presque sobres « grosse connasse » à « va te pendre sale pute ». Parfois, ces insultes tournent carrément aux menaces de mort, de séquestration et de viol et autant vous dire que ce n’est pas très marrant non plus. Sans aller jusque-là, être féministe, c’est aussi devoir répondre quasiment tous les jours aux mêmes questions ou « argumentations » un tantinet agaçantes et parfois ouvertement méprisantes du style « Mais tu hais les hommes ou pas ? », « Non mais c’est pas à cause du sexisme que tu vas mal t’as juste des problèmes personnels c’est tout arrête de prendre le féminisme pour une psychothérapie » (vécu, hein) ou le désormais traditionnel « Tu es un peu trop extrémiste quand même ». Alors oui, parfois, ça fait juste du bien de répondre à ça sur le ton de l’humour, a fortiori quand c’est la quinzième fois de la journée qu’on te fait remarquer que tu devrais être plus gentille et souriante et conciliante parce que là tu dessers grave ta cause, attention.

Mais surtout, rapidement, je me suis aperçue que la misandrie ironique permettait de faire un sacré tri dans mes relations, même les plus anodines. Parce qu’en fait, il y a des personnes qui ont pris tout à fait sérieux ce que j’ai pu leur dire. Il y a des gens qui croient réellement qu’on travaille à l’instauration d’un matriarcat et qu’on ne rêve secrètement que d’émasculer tous les hommes peuplant cette planète. Il y a des gens qui, quand vous vous présentez comme « misandre », ouvrent de grands yeux et s’enfuient presque en courant et en poussant des hurlements. Et ça, ça en dit très, très long sur l’image qu’ils se font du féminisme. Je l’ai très vite compris. Au début, j’essayais bien de dédramatiser un peu, d’expliquer ce qu’était la misandrie ironique et de faire remarquer que bon, suffisait de réfléchir deux secondes pour se rendre compte que c’était de l’humour à prendre au cent vingt-septième degré. Oui mais voilà, j’ai croisé des personnes qui ne l’ont pas accepté. Des personnes qui m’ont dit « Non mais Mirka, c’est pas de l’humour ça hein, c’est trop facile, c’est juste de l’extrémisme ».

Et bien désolée les ami.e.s mais oui, je vous l’assure, la misandrie ironique, c’est bien de l’humour. Le truc, c’est que vous avez un peu du mal à le voir pour deux raisons principales :

– Vous croyez réellement qu’il existe un « sexisme inversé », des « extrémistes pour l’instauration du matriarcat », de la « misandrie pure et dure », du « sexisme anti-hommes » mais en fait… non. Pardon hein, mais la misandrie, ça n’existe que dans vos rêves. Comme l’hétérophobie ou le racisme anti-blanc d’ailleurs. Nous vivons dans des sociétés patriarcales où les victimes du sexisme sont les femmes. Oui, en tant qu’hommes, vous pouvez également subir les conséquences de ce sexisme. Vous pouvez entendre des injonctions à la virilité, à la force qui peuvent être pesantes, je l’entends, mais ce n’est absolument pas comparable à ce que vivent les femmes. Parce que ces injonctions, si pesantes qu’elles puissent être, vous les recevez parce que vous êtes dans une position de dominant. Et elles vous permettent de garder cette position ascendante. Je ne dis pas que c’est toujours facile. Je ne dis pas que tous les hommes vivent sans la moindre pression ou le moindre problème, et je sais aussi d’ailleurs que tous les hommes sont loin d’être égaux entre eux, que beaucoup subissent des discriminations liés à leur couleur de peau, à leur origine sociale, à leur orientation sexuelle. Mais fondamentalement, ce ne sont pas les hommes qui souffrent du sexisme. Les hommes cisgenres ne subissent pas de discriminations systémiques liées à leur sexe. Donc non, la misandrie n’est pas l’équivalent de la misogynie parce que ce n’est juste pas comparable. Affirmer le contraire, c’est mettre sur le même plan ce que subissent les femmes et ce que subissent les hommes dans nos sociétés patriarcales. Autrement dit, c’est stupide mais en plus complètement indécent. La misogynie s’inscrit dans un système, un système dans lequel ce sont toujours systématiquement les femmes qui sont en position inférieure. Elle tue tous les jours. Pas les féministes, ni même les misandres si si. Et puis honnêtement, les cercles féministes, je les fréquente depuis des années et je n’ai jamais, pas une seule fois, rencontré de féministes prônant sérieusement un asservissement des hommes par les femmes. Franchement, faut arrêter avec ce délire. Ça n’existe pas.

– Surtout, surtout, vous êtes habitués à un humour oppressif. Vous ne comprenez pas que la misandrie ironique puisse être de l’humour parce que vous avez intégré depuis belle lurette, même inconsciemment, que l’humour s’exprime à l’encontre des opprimé.e.s. Non, on ne peut pas rire de tout. Oui, l’humour peut être et est très souvent carrément oppressif. Sérieusement, ne venez même pas me sortir les classiques « Mais faut rire de tout » et « Non mais on est en démocratiiiiie je dis ce que je veux lol ». Parce que c’est trop facile. C’est trop facile de dire qu’on peut rire de tout alors qu’en vrai, on est très, très loin de rire de « tout ». Alors qu’en vrai, ce sont toujours les mêmes personnes, toujours les mêmes catégories, sur lesquelles on fait des blagues dégueulasses sous couverts d’humour. Vous voulez rire de tout ? Laissez-nous faire nos blagues sur les mâles alphas, les male tears et le complot féminazi sans automatiquement nous qualifier d’extrémistes. Laissez-nous faire des blagues sur les blancs ou les hétéros sans immédiatement hurler au racisme anti-blancs ou à l’hétérophie. Ah mais tiens, tout de suite ça vous intéresse moins, là, c’est bizarre hein.

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Ce garçon qui a refusé de considérer la misandrie ironique comme de l’humour, ce garçon, à côté de ça, il trouvait très marrant de me faire des blagues ultra spirituelles comme « Va faire la vaisselle au lieu de débattre ». Qu’est-ce qu’on se marre hein. Il y a ce pote, aussi, ce pote qui nous confiait fièrement qu’un de ses passe-temps favoris, c’était de faire des blagues sexistes à une fille qu’il savait féministe juste pour l’énerver. Vous, vous avez donc le droit de nous dire de la fermer parce que la place d’une femme c’est à la cuisine, ça c’est de l’humour et du vrai, en plus, du bon. Et la misandrie ironique, par contre, c’est pas de l’humour mais la preuve que les féministes sont de méga dangereuses extrémistes ? Vous le sentez, là, le double-standard sexiste de merde ?

Alors au final, n’en déplaise à certain.e.s mais surtout à certains, je vais continuer à jouer la misandre extrémiste et je m’en fiche un peu qu’on puisse le prendre au sérieux –parce que si tel est le cas, ça veut dire que moi, je n’ai pas du tout à vous prendre au sérieux. Quand vous croyez au complot féminazi, c’est que vous avez déjà décidé de toute façon que les féministes sont coupables et le resteront quoi que l’on puisse vous dire alors j’ai pas spécialement envie de perdre même une nanoseconde pour vous.

Et puis, il va falloir s’y habituer : nous aussi, on veut et on peut faire de l’humour. Et même qu’il est souvent bien plus drôle que votre humour oppressif.

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Mes 101 défis en 1001 jours

Il y a plus de trois ans, sur le forum de discussion lié au site d’écriture Harry Potter Fanfiction, j’ai découvert par l’intermédiaire d’une des membres le principe des 101 défis en 1001 jours. C’est quelque chose qui m’a tout de suite séduite, au point de rédiger dans la foulée une première liste qui s’est achevée il y a quelques mois. Et d’en suivre une à nouveau, cette fois rédigée il y a quelques semaines à peine.

Le principe est simple, il s’agit de trouver 101 défis que vous pensez ou en tout cas souhaitez réaliser dans les 1001 jours à venir. 1001 jours, c’est assez long puisque cela vous projette à presque trois ans ! Mais c’est aussi exactement ce qui m’a enthousiasmée quand j’ai découvert ce défi. Contrairement aux résolutions du nouvel an, là, vous avez bien plus d’un an pour mener à bien certains objectifs, ce qui permet soit de s’en lancer plus qu’on ne l’imaginait, soit de s’investir dans des projets de plus longue haleine. De plus, vous ne vous visualisez pas seulement sur l’année à venir mais sur les trois années à venir, ce qui a un côté très excitant : quand ma liste en cours s’achèvera, je ne serai a priori qu’à deux mois de la fin de mes études et donc de mon entrée sur le marché du travail. Beaucoup de choses se seront passées, dont je l’espère, certains des objectifs que je m’étais fixée !

Concrètement, vous ne rendez de comptes à personne d’autre que vous-mêmes. Il n’y a rien à gagner si ce n’est un sentiment de fierté personnelle et vous êtes même tout à fait libre d’arranger un peu la réalité en considérant comme validé un défi qui ne l’a en fait pas été –mais l’intérêt est assez limité puisque c’est quelque chose de personnel. Cela dit, si comme moi vous souhaitez prendre cette liste au sérieux et en faire une sorte de feuille de route des années à venir, l’envisager comme une source de motivation ou que-sais-je, j’aurais alors quelques conseils à vous donner : le premier est de bien prendre le temps de réfléchir à votre liste. Quand j’ai découvert les 101 défis en 1001 jours, j’ai eu tellement envie de m’y atteler que j’ai précipitamment rédigé une liste. Le résultat, c’est que six mois plus tard à peine la moitié des objectifs ou presque ne m’intéressaient déjà plus. Je les avais balancés sur un coup de tête, ou par manque d’inspiration –parce que mine de rien, trouver 101 défis en une heure, c’est pas si évident. Au final, ma liste achevée, je n’avais donc rempli que 45 ou 50 objectifs, ce qui en soit est toujours mieux que rien mais ne m’a pas vraiment satisfaite. Le deuxième conseil, ce serait de se fixer des objectifs quantifiables, ou du moins aisément mesurables : concrètement, « Avoir plus confiance en moi », c’était un objectif de ma première liste, et je peux vous dire que j’ai été bien embêtée quand, celle-ci achevée, il m’a fallu décider si oui ou non j’avais rempli cet objectif. Comment définir objectivement l’amélioration, ou pas, de ma confiance en moi ? Il ne s’agit pas de bannir tous les objectifs de ce type, et certains se sont d’ailleurs à nouveau glissés dans ma nouvelle liste, mais il faut tout de même prendre en compte l’évaluation finale que vous allez devoir faire et qui sera plus ou moins aisée à compléter selon le choix de vos objectifs. « Lire dix livres en anglais », ça, pas de doute, vous l’avez fait ou vous ne l’avez pas fait ! Quant à mon dernier conseil, c’est de trouver un équilibre entre les « gros » et les « petits » défis. Trois ans, c’est certes beaucoup de temps, mais ce n’est pas non plus si long et prévoir quinze voyages à l’autre bout de la planète, trente-sept marathons et douze expériences professionnelles différentes n’est pas forcément très réaliste. Le but, c’est quand même de mener à terme un maximum de vos objectifs. Mais à l’inverse, ce serait dommage, du moins à mon avis, de se cantonner à de petits objectifs quotidiens ou de ne sélectionner que des objectifs que vous êtes absolument certains de pouvoir remplir. Déjà parce que ça enlève une part de challenge et ensuite, parce que je pense qu’il est chouette aussi d’avoir de se lancer de gros défis, dont on sait qu’ils vont être durs à réaliser, que ça peut être une vraie source de motivation, mais aussi une énorme source de fierté et de bonheur si vous parvenez à les réaliser ! Soyez réalistes… mais pas trop non plus, quand même. C’est bien aussi de rêver un peu, parfois.

C’est globalement la façon dont j’ai envisagé ma nouvelle liste. Comme la précédente, je l’ai organisée en parties puisqu’il me paraît plus simple de la parcourir ainsi. Ça permet aussi de voir en un coup d’œil quelle est la « catégorie d’objectifs » à laquelle vous vous consacrez le plus, celle qui semble le plus vous importer ou au contraire, celle qui va peut-être nécessiter plus d’efforts de votre part… ou qui ne sera pas à renouveler sur votre prochaine liste ! Ça arrive, ce n’est pas grave, et d’ailleurs, en trois ans, on change. Même la liste la plus réfléchie du monde n’est pas forcément adaptée à la personne que vous allez devenir en trois ans. Certains objectifs ne seront plus d’actualité ou ne vous feront plus envie et on s’en fiche, ça veut juste dire que vous avez évolué et que vous assumez aller dans une autre direction.

Ma liste a donc commencé le 1er août et s’achèvera le 29 avril 2019 soit, comme je le disais, peu de temps avant la fin de mon Master 2. Elle comprend de petits objectifs anodins, comme apprendre à cuisiner tel plat ou tel dessert, des objectifs plus réguliers, comme rédiger deux articles par mois sur mon blog ou faire une séance de sport chaque semaine. Elle comprend aussi quelques très gros défis, que je ne suis pas certaine de réaliser d’ici trois ans mais que je vais essayer de tenir malgré tout : écrire un nouveau roman et faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle étant –dans un but surtout sportif mais aussi touristique-, à mon sens, les deux plus gros. Je note entre parenthèses ma progression : par exemple, Les Petits Princes est une série que je rédige actuellement sur Harry Potter Fanfiction, dont le principe est d’écrire une nouvelle pour chacun des treize descendants de la famille Weasley. Quatre sont à ce jour rédigés, d’où le (4/12). J’aime bien également rajouter, entre d’autres parenthèses, un récapitulatif par exemple concernant les romans ou les films. D’expérience, quand vous arrivez au bout de votre liste, vous ne vous rappelez pas forcément de tous les romans que vous avez lus ces trois dernières années –ou du nombre, mais pas forcément de tous les titres. Le noter, cela permet à la fois de se « prouver » qu’on a bien réussi le défi, mais ça permet surtout de se rappeler de tout ce qu’on a fait et d’embrasser d’un regard nos trois années de lectures !

Voici donc la liste en question :

Du 1er août 2016 au 29 avril 2019

Fait : 18

En cours : 20

Abandonné : 2

Echoué : 1

Ecriture

– Terminer d’écrire les aventures d’Effy (1/4)

– Faire publier Ce mur entre nous

– Ecrire mon roman sur les femmes dans la Résistance en hommage à Madame F.

– Terminer la série Les Petits Princes (4/12)

– Terminer Tous les enfants du monde

– Terminer En famille (4/15)

– Terminer Le chant des partisans (8/18)

– Faire le plan et écrire cinq chapitres de mon projet de Jily

– Faire le plan d’Une histoire de chrysanthèmes

– Réussir un nouveau NaNoWriMo de 50 000 mots

– Être au moins cinq fois au panthéon sur 3 pages (0/5)

HPF

– Devenir l’autrice la plus productive sur Harry Potter Fanfiction

– Publier dix nouveaux textes sur le Héron (0/10)

– Atteindre les 3000 reviews (1193/3000)

– Atteindre les 100 commentaires sur le Héron (0/100)

– Renouveler mon inscription à l’association chaque année

– Participer chaque année à l’échange de Noël

– Participer chaque année à l’opération Cupidon

Lecture

– Terminer le cycle des Rougon-Macquart et relire Germinal (14/20)

– Acheter et lire un livre de contes pragois

– Lire deux livres de Marcel Proust (0/2)

– Lire dix livres en anglais (3/10) (Grandmother (Babička), The Bell Jar, Homegoing)

– Lire Le Petit Prince en tchèque

– Lire cinq livres tchèque (2/5) (Vie de Milena, Grandmother (Babička))

– Lire dix nouvelles pièces de théâtre (0/10)

– En plus de ces lectures, lire vingt nouveaux livres (17/20) (La Bâtarde, La femme sans sépulture, Orgueil et préjugés, Histoire d’une femme libre, L’œil le plus bleu, L’œuvre au noir, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Les belles images, La femme gelée, Purge, Heureux les heureux, Chanson douce, L’étrangère, Le nouveau nom, Va et poste une sentinelle, Pilote de guerre, Vol de nuit)

– Lire 100 poèmes d’Arthur Rimbaud

Etudes

– Valider ma troisième année à l’Université Charles

Trouver un job étudiant pendant ma troisième année

– Être acceptée dans le master « Stratégies territoriales et urbaines » de Sciences Po

– M’engager dans une association à Paris

– Trouver un stage de fin de M2 en-dehors de Paris

– Atteindre le niveau 3/4 de Sciences Po en tchèque

– Alimenter mon dossier sur l’Ukraine

– Être bilingue en anglais

– Savoir me présenter en italien

– Savoir lire l’alphabet ukrainien

Voyages et sorties

– Visiter cinq villes de République tchèque autres que Prague (13/5) (České Budějovice, Třeboň, Český Krumlov, Holašovice, Kutná Hora, Telč, Olomouc, Litomyšl, Brno, Lednice, Třebíč, Karlovy Vary, Kroměříž)

– Visiter Budapest

– Visiter Varsovie

– Retourner à Berlin

– Visiter Vienne

– Visiter Lviv

– Visiter Bratislava

– Faire un voyage dans les pays baltes

– Retourner au mémorial de Caen

– Visiter le musée de la Shoah à Paris

– Faire un voyage à vélo

– Acheter un sac de voyage

– Partir en vacances d’été avec des amis

– Retourner en Bretagne

– Découvrir deux nouvelles villes françaises (0/2)

– Passer une semaine à Rennes

Sport et bien-être

– Faire au moins une séance de sport par semaine

– Tester les danses folkloriques tchèques ou slovaques

– Reprendre l’habitude de la course

– Garder un poids stable

– Faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle en partant du Puy-en-Velay

– Arrêter de m’abîmer les lèvres

– Vendre mon VTT pour le remplacer par une bicyclette

– Faire cinq randonnées en République tchèque (0/5)

– Courir cinq 10 kilomètres (0/5)

– Apprendre à cuisiner une ratatouille

– Apprendre à cuisiner cinq desserts (0/5)

– Ne plus faire de crise de boulimie

Mode

– Avoir cinq nouvelles blouses (0/5)

– Avoir cinq nouveaux tops (0/5)

– Acheter sept ensembles de lingerie (2/7)

– Acheter deux beaux pyjamas d’été (0/2)

– Et deux beaux pyjamas d’hiver (0/2)

– Trouver deux nouvelles robes d’été (4/2)

– Me procurer un grand peignoir tout doux

– Donner tous les vêtements que je ne porte plus

– Ne plus acheter de vêtements qui ne me plaisent pas

Loisirs

– Regarder toutes les saisons de Veronica Mars

– Regarder l’intégrale de Buffy contre les vampires en anglais

– Découvrir une nouvelle série et la visionner entièrement

– Aller voir un opéra

– Aller cinq fois au théâtre (0/5)

– Rédiger deux articles par mois sur mon blog (11/66)

– Tenir un blog sur mon année en République tchèque

– Visionner vingt-cinq nouveaux films (10/25) (Paul, Les Innocentes, Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children, Sully, La source des femmes, The girl on the train, Divines, Coco avant Chanel, XXth Century Women, L’Âge de Glace 5)

– Visionner cinq films tchèques (1/5) (Sedmero krkavců)

– Acheter cinq disques de cinq musiciens différents (0/5)

Citoyenne

– Voter (blanc) à toutes les élections pendant les 1001 jours

– Retourner à la fête de l’humanité

– Faire trois dons sur Goodeed au moins une fois par semaine (7/143)

– Participer à la campagne des Restos du cœur

– Faire au moins une fois la marche contre Monsanto

– Ne jamais abandonner le féminisme

Vie sociale

– Me faire au moins deux amis tchèques en République tchèque

– Entretenir les liens tissés à Sciences Po

– Faire chaque année mon anniversaire avec mes amis du lycée

– Me détacher du regard d’autrui

– Rester proche de ma famille

– Faire connaître Krtek aux enfants de la famille

– Rencontrer de nouveaux HPFien-ne-s (♥)

– Rencontrer Elodie

– Accepter davantage de sorties entre amis, études ou pas

– Ne plus avoir de disputes stupides avec mes amis

– Être heureuse

J’espère que l’idée vous aura plu, notamment aux personnes qui n’avaient encore jamais entendu parler des 101 défis en 1001 jours, et si vous décidez de vous lancer, n’hésitez pas à partager vos défis avec moi ! Qui sait, on pourrait même s’entraider tout au long de notre progression.

Bilan : un mois au fil des autrices

Il y a quelques temps, je décidais de me lancer dans une sorte de défi littéraire pour une période de grosso modo six mois : ne lire que des femmes, c’est-à-dire ne lire que des autrices. Comme je ne souhaitais pas me contenter d’un article annonçant ce challenge et d’un article l’achevant officiellement, j’ai décidé de rédiger plusieurs articles au long de ces six mois pour partager avec vous mes impressions mais aussi, surtout même, mes coups de cœur.

Cet article fait donc le bilan d’un mois de lectures d’autrices. En fait, cela fait plus d’un mois que je me suis lancée là-dedans maintenant mais j’ai un peu traîné à la rédaction de ce récapitulatif et il aurait dû être posté il y a bien deux semaines déjà. Je vais donc ici parler de cinq livres seulement, même si j’en ai déjà lu d’autres depuis.

Autrices

Le livre avec lequel j’ai inauguré mon défi est une biographie romancée de Phoolan Devi, sobrement intitulé Devi, qui a été écrite par Irène Frain. C’est un roman que je n’ai mis que très peu de temps à lire pour au moins deux raisons : la première est le style très prenant d’Irène Frain. Cela rend la lecture aisée, fluide, mais la langue n’en est pas pour autant lésée puisqu’il y a des passages véritablement magnifiques du simple point de vue stylistique, des descriptions très imagées qui vous plongent dans les décors de l’action et une manière de narrer l’histoire qui vous empêche de vous arrêter –même quand il est déjà deux heures du matin et que bon sang, vos yeux commencent à pleurer tant ils sont fatigués. La deuxième raison est le personnage de Devi en elle-même, femme extraordinaire au destin non moins extraordinaire. J’ai choisi de lire ce livre après avoir lu, sur le blog de Pénélope Bagieu, une bande-dessinée narrant la vie de Phoolan Devi. J’ai été impressionnée par le courage dont a su faire preuve cette jeune femme tout au long de sa vie, vie qui ne lui aura pourtant rien épargné : vendue dès son plus jeune âge, victime de violences conjugales, de pédophilie, de viols répétés et souvent collectifs, Devi a subi de plein fouet la violence machiste tout au long de sa vie. Elle en a tiré une force incroyable, une force l’ayant animée lorsqu’elle est devenue une bandit pillant les villages indiens de castes supérieures pour reverser les gains aux castes inférieures. C’est aussi cette volonté inaliénable qui l’a menée, elle, la femme issue de l’une des plus basses castes de la société indienne, à exercer la fonction de député. Le roman d’Irène Frain ne couvre pas cette période, s’arrêtant à la reddition de Devi : lorsqu’elle accepte de déposer les armes et de renoncer à sa vie de bandit. Il aurait bien sûr été très intéressant d’en apprendre davantage sur sa vie en tant que députée, mais aussi en prison où elle a dû passer plus de huit ans après s’être rendue. C’est peut-être la seule petite chose qui ait manqué à ma lecture. Mais c’est un livre que je recommande malgré tout, et en fait il n’y a pas de « malgré tout », je le recommande simplement, vivement, fortement. Parce qu’on ne connaît que trop peu les femmes d’exception. Parce qu’elles n’ont pas leur place dans nos manuels scolaires ou dans notre histoire nationale. Parce qu’il est plus que temps de leur donner cette place.

Attention, toutefois. C’est un roman incroyablement violent, contenant des scènes explicites de viol, et mieux vaut avoir le cœur bien accroché à la lecture de certains passages. Sérieusement, ne négligez pas cet aspect avant de vous lancer dans votre lecture. Elle peut être très, très dure.

Après une telle lecture, j’ai eu envie de me lancer dans quelque chose de moins émotionnel –disons. En fait, ça n’a pas vraiment été le cas, même si la lecture de La pluie d’été de Marguerite Duras a été plus reposante que celle de Devi. Je n’avais encore jamais lu quoi que ce soit de Marguerite Duras, pourtant sans doute l’une des autrices les plus fréquemment citées quand il est question de littérature féminine. C’est désormais chose faite et j’ai bien l’intention de recommencer puisque j’ai beaucoup aimé ce court roman. Il se lit très facilement, en un jour pour ma part, mais ne se laisse pas oublier aussi aisément. Il raconte l’histoire d’une famille pauvre composée de nombreux enfants, dont l’héroïne et le héros que sont Jeanne et Ernesto, famille vivant dans la commune de Vitry-sur-Seine. Il n’y a pas réellement d’action à proprement parler dans ce livre, mais une et en fait plusieurs réflexions qui s’étirent tout au long du roman et qui sont particulièrement prenantes. Au fil de ma lecture, je me suis sentie happée dans une sorte de mélancolie qui n’a rien de très surprenante puisque l’une des réflexions principales de l’ouvrage se base sur le sortir de l’enfance et l’entrée dans la vie adulte. Si les phrases, hachées mais rythmées, sont assez simples, les sensations éprouvées ne le sont donc pas pour autant. Et puis bien sûr, il y a le sujet principal qui a de quoi interroger à la lecture : l’amour entre Jeanne et Ernesto, l’amour incestueux entre Jeanne et Ernesto. Là encore, à prendre en compte avant de se lancer dans sa lecture –il s’agit d’une relation consentie, mais qui n’en reste pas moins une relation incestueuse. Je ne vais pas cacher que cela m’a pas mal dérangée, et c’était d’ailleurs la première fois que je lisais un roman faisant ouvertement état d’une relation incestueuse, mais Marguerite Duras a une façon de narrer son histoire qui fait que l’on accepte malgré tout cet état de fait et que l’on s’attache aux deux personnages –surtout Jeanne, personnellement. Finalement, je suis ressortie de cette lecture assez retournée là encore, des questions plein la tête, et c’est là aussi un roman que je ne risque pas d’oublier de sitôt.

Ma troisième lecture a sans doute été, des cinq dont il est question dans cet article, mon plus gros coup de cœur. Il s’agit du roman sans doute le plus connu de Françoise Sagan : Bonjour tristesse. Une nouvelle fois, j’avais déjà entendu parler de cette autrice sans ne l’avoir jamais lue et s’il me fallait encore une preuve que les autrices sont déconsidérées, je l’avais là bien en main. Bonjour tristesse est assez unanimement reconnu comme un classique de la littérature française et n’est pour autant jamais même mentionné dans les manuels scolaires, ne m’a jamais été présenté dans le moindre cours de français et ne s’est jamais retrouvé sur mes copies d’examen. Faudrait quand même pas voir à vraiment lire des bonnes femmes, hein. Toujours est-il que j’ai littéralement adoré ce roman, qu’il ne m’a fallu que très peu de temps pour le lire et que j’ai bien l’intention de lire d’autres ouvrages de Françoise Sagan dès que j’en aurais la possibilité. C’est l’histoire de Cécile, en vacances avec son père et Elsa, la compagne de ce dernier. Cécile s’entend bien avec Elsa seulement voilà, une certaine Anne s’immisce alors dans leur été. Cécile l’admire mais la craint également, en sachant son père amoureux et ne souhaitant pas perdre la complicité de ce dernier au profit d’Anne. Un subtil combat s’engage alors entre les trois femmes jusqu’au dénouement, tragique, faisant faire à Cécile la connaissance de la tristesse. L’histoire est passionnante, très, très prenante, il est très difficile de relâcher ce livre après s’en être saisi et j’ai été impressionnée par la maturité littéraire de Françoise Sagan : elle n’avait que dix-huit ans lorsqu’elle a rédigé ce roman. Si vous avez ne serait-ce qu’un tout petit temps de temps devant vous, surtout n’hésitez pas : il faut que vous lisiez Bonjour tristesse !

Forcément, quand vous venez d’achever une lecture si plaisante, la barre est placée assez haut pour la prochaine autrice. J’ai donc décidé de me tourner vers une valeur sûre, une autrice dont je n’avais jamais rien lu (encore !) mais dont j’avais eu de très bons échos par ma mère qui adorait ses œuvres quand elle avait mon âge : Colette. En fait, j’avais déjà lu un extrait de La chatte sans parvenir à me souvenir à quelle occasion –baccalauréat ou cours, vraiment, je ne me souviens pas. C’est donc vers ce roman que je me suis dirigée ensuite, en partie pour la raison susnommée, mais aussi, je dois l’avouer, parce que j’adore les chats et que j’étais donc bien curieuse de découvrir cette histoire. La chatte est là encore un roman assez court, qui peut se lire sur quelques jours seulement voire une seule journée si vous avez du temps devant vous. C’est l’histoire d’un jeune couple, Camille et Alain, et de la chatte de ce dernier, Saha. Camille et Alain viennent de se marier, et on sent pourtant une certaine distance entre eux. Ils emménagent dans un nouvel appartement et Alain doit donc laisser sa chatte derrière lui, dans la maison avec jardin de ses parents. Mais, le cœur lourd, et apprenant que Saha ne supporte guère non plus leur séparation, il décide de la ramener avec lui et impose ainsi à Camille la présence d’une concurrente. En effet, Camille sent bien que Alain lui échappe quelque peu, et elle développe rapidement une jalousie assez forte vis-à-vis de la chatte qu’Alain adore avec tant de passion. De primes abords, c’est une trame qui peut laisser sceptique et je ne voyais moi-même pas bien en quoi une chatte pouvait constituer le moindre obstacle à un jeune couple –ou du moins, pas en ce sens. Mais en fait, l’intrigue est très finement menée et les relations entre Camille, Alain et Saha sont remarquablement dépeintes. Le roman a des allures de tragédie, avec ses cinq actes bien distincts dont l’acte final, celui du geste désespéré de Camille, geste que l’on sent venir de plus en plus fort tout au long de sa lecture, que l’on voudrait ne jamais lire mais dont on sait pourtant pertinemment qu’il va se produire. C’est là encore très prenant, très rondement mené et joliment écrit en plus de ça, le roman est très graphique et on est vite imprégné des sensations qu’a voulu faire partager l’autrice. Je pense que vous connaissez la chanson maintenant : lisez-le !

Pour achever ce premier mois, c’est dans une lecture un peu plus conséquente que j’ai décidé de me lancer. Celle de La bâtarde, roman autobiographique de Violette Leduc. Cette autrice, sans doute plus méconnue que celles précédemment citées, m’avait été recommandée par une amie lors de mon entrée à Sciences Po et j’avais déjà lu l’un de ses romans, Ravagée, qui m’avait laissée une impression assez forte et surtout le souvenir d’une langue bien particulière, très, très reconnaissable. Ce n’était pas l’apanage d’un seul roman puisque j’ai retrouvé ce style dès les premières phrases du roman, avec notamment une toute première phrase qui pose bien le décor : « Mon cas n’est pas unique, j’ai peur de mourir et je suis navrée d’être au monde ». J’ai toujours admiré les auteurs et les autrices qui ont ce don de la première phrase, qui savent vous plonger d’emblée dans leur œuvre et vous donner l’envie de vous accrocher coûte que coûte. Violette Leduc a incontestablement ce talent et Simone de Beauvoir ne s’y est pas trompé –c’est elle qui la repère parmi les premières, lui apportera un grand soutien tout au long de sa carrière et c’est d’ailleurs elle qui préface La bâtarde. La bâtarde, donc, dans lequel Violette Leduc esquisse le portrait de sa vie sans la moindre concession. Fille illégitime née en 1910, Violette Leduc est aussi tendre envers elle-même que la société de l’époque ne l’était pour les enfants comme elle. Elle ne cherche absolument pas à se présenter sous un beau jour et c’est même plutôt l’inverse, ce qui a le mérite d’être particulièrement prenant et de trancher d’avoir le caractère assez lisse d’autres biographiques que j’ai pu lire et qui ne m’ont en général pas franchement enthousiasmée. Ça en devient même dérangeant, parfois, cette horrible d’image qu’elle a d’elle-même et qui finit par vous confronter à vos propres complexes, à votre propre reflet. Si Violette Leduc ne cherche pas le moins du monde à styliser son personnage, elle ne lésine pas en revanche sur son style linguistique. La langue est absolument magnifique, les phrases courtes, puissantes, très hachées, et l’ensemble a souvent des allures d’impressionnisme transposé à l’écrit. Ce style m’a tout à la fois laissée admirative et, je dois le dire, légèrement pantoise. Il m’a en effet parfois été difficile de bien suivre le fil de l’histoire et d’en comprendre tous les tenants et les aboutissants tant la langue était stylisée et imagée. Les deux cent premières pages m’ont même été particulièrement difficiles à lire et ce n’est qu’après les avoir englouties que j’ai commencé à réellement apprécier ma lecture et ai donc pu accélérer un peu cette dernière. Je reste donc sur une impression plus mitigée concernant ce dernier roman, mais je ne vous le recommande pas moins pour autant : d’abord parce qu’il y a tout un tas de bonnes choses dedans, ensuite parce qu’à chacun de se faire son propre avis.

D’une façon plus générale, j’ai vraiment, vraiment apprécié l’ensemble de mes lectures et je n’ai pas regretté un seul instant de m’être lancée dans ce défi littéraire. Je craignais bien d’être un peu découragée, ou d’avoir brusquement envie de lire un auteur plutôt que tous les romans dont je me suis dotée depuis le début de l’été, mais ça n’est jamais arrivé. Bien sûr, il m’arrive de vouloir poursuivre ma lecture des Rougon-Macquart, de souhaiter me lancer dans un nouveau Camus ou de lorgner sur un résumé particulièrement bien rédigé dans une librairie, mais ça ne me dérange pas de devoir remettre tout autant parce que je lorgne tout autant sur tous les romans d’autrices qu’il me reste à découvrir et que je suis toujours particulièrement confuse lorsque j’achève une lecture et qu’il me faut ensuite choisir entre des dizaines d’autres romans qui ont l’air tout aussi merveilleux. Parfois, je voudrais juste pouvoir ne passer mes journées qu’à lire, n’avoir absolument rien d’autre à faire, et ainsi profiter de cette richesse littéraire que nous ont laissée toutes ces femmes exceptionnelles. Comme ça n’est malheureusement pas possible, je vais me contenter, pour l’heure, de poursuivre à mon rythme, de lire autant de romans que je le peux en prenant le temps de les apprécier, et je sais déjà que les six mois sur lesquels ce défi est supposé s’étaler passeront bien plus rapidement que je ne me l’étais figuré. J’espère surtout que, d’ici à la fin de l’année, lorsque ce défi sera achevé, lire des autrices me sera devenu aussi naturel que de lire des auteurs et que mes prochaines lectures s’équilibreront d’elles-mêmes entre auteurs et autrices sans que je n’ai à me lancer le moindre défi pour cela –parce qu’en fait, quand des romans sont aussi formidables, ce devrait juste être naturel de les lire… si seulement l’on ne vivait pas dans une société qui invisibilise les femmes de talent, et qui a invisibilisé si longtemps les autrices.

Le jour où j’ai décidé de ne plus être pédagogue

Quand on se revendique féministe et que l’on milite pour les droits des femmes et des minorités de genre, il y a des poncifs qui reviennent souvent. Vous avez tous déjà entendu une féministe être accusée de « desservir la cause » et qualifiée « d’extrémiste » -et si vous avez-vous-mêmes prononcé ces mots, je vous invite à quitter mon blog dès à présent, je n’ai pas le temps pour votre stupidité et vous (outch, quelle agressivité).

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Le fait est que pendant très longtemps, j’ai voulu tout faire pour éviter ces critiques. Je ne voulais pas être étiquetée comme « féministe extrémiste » parce que je pensais que ce serait un échec de ma part, que cela traduirait d’une faille dans mon militantisme, et que si quelqu’un en arrivait à me dire ça, alors il se détournerait du féminisme et ce serait de ma faute –oui. J’ai donc dépensé beaucoup de temps, et beaucoup d’énergie, à être la plus pédagogue possible. À répondre à toutes les personnes m’envoyant un message. À répéter, encore et encore, les mêmes arguments. À réexpliquer, encore et encore, les mêmes concepts à des gens qui ne sont visiblement pas foutus de faire des recherches comme on l’a fait avant eux et qui vous prennent pour leur encyclopédie. Et ce temps, cette énergie, je les ai dépensés sans même toujours croire à ce que je disais. Je ne compte plus le nombre de fois où je ne suis pas allée au bout de ma pensée, où je n’ai pas clairement dit ce que je pensais parce que je voulais à tout prix éviter de basculer dans ces accusations d’extrémisme qui sont souvent le signe que la conversation est finie et qu’il n’y a donc plus rien à faire. Je pensais que c’était utile, je pensais qu’en adaptant mes idées à mon public, qu’en brossant un peu dans le sens du poil mes interlocuteurs, ceux-ci s’interrogeraient davantage que si je leur disais d’entrée de jeu ce que je pense réellement et leur mettait le nez dans leurs contradictions et leur sexisme.

Et j’avais tort. J’avais complètement, totalement tort.

Je le savais depuis longtemps, et je prenais de moins en moins de pincettes lorsqu’il s’agissait de m’exprimer sur les réseaux sociaux. Parce qu’en fait, j’ai compris que l’efficacité, ce n’était pas de gaspiller mon temps à des causes perdues. Ce n’était pas me fatiguer à répondre à des types qui me balançaient des « source ? » quand je citais un chiffre, une étude, et qui hurlaient directement à l’extrémisme quand je répondais sobrement « les études et les chiffres sont disponibles en ligne » quand eux-mêmes n’étaient pas foutus d’utiliser un « s’il te plaît » ou tout simplement de dire « merci » -non, ils étaient bien trop occupés à te remettre en cause et à remettre en cause tes études parce qu’en fait, c’était ça hein, dans la majorité des cas, les mecs qui débarquaient et me demandaient des sources les balayaient ensuite d’un revers de main quand ils se rendaient compte qu’elles existaient vraiment et qu’elles ne sortaient pas juste de mon imagination mais qu’elles ne leur convenaient pas. C’était encore moins me fatiguer à expliquer cinq, dix, quinze fois la même chose à une personne qui au final, restait absolument campée sur ses positions, n’avait pas l’intention d’en bouger d’un iota, mais t’agressait quand même si tu arrêtais de lui répondre. Ce n’était pas non plus entreprendre d’expliquer quoi que ce soit à des mecs qui ponctuaient leur tweet d’introduction d’un « connasse », « salope » ou dans la biographie desquels il était écrit « masculiniste » ou « patriote » -sorry not sorry mais eux ils disent toujours de la merde.

Pour autant, je continuais à faire des ronds de jambes dans ce que l’on appelle « la vraie vie » et plus particulièrement avec les personnes de mon entourage, que je connaissais, ou que j’appréciais. Parce que j’ai toujours été timide, et parce que depuis mon adolescence j’ai une peur obsessionnelle du regard des autres qui m’a longtemps valu d’être dépressive et d’avoir des troubles du comportement alimentaire. Je ne me sentais pas capable d’entendre, de la bouche de quelqu’un que j’appréciais, les accusations ou les insultes que j’endurais plus aisément sur Internet –et qu’endure chaque femme qui y milite, mettez-le bien dans vos têtes, ALL WOMEN.

Puis j’ai eu un déclic. J’ai participé assez activement à la mobilisation contre la loi travail, ce qui m’a amené à fréquenter pas mal de militants, militants pour des causes diverses et variées, et à très souvent discuter avec eux. Ces gens, j’étais contente de les fréquenter, parce que je les trouvais très ouverts sur un tas de sujets, sur l’écologie, sur les économies alternatives, sur les droits sociaux. J’ai appris plein de choses avec eux, on a eu des conversations passionnantes. Alors, le jour où le sujet du féminisme a été lancé, je n’ai pas eu la moindre appréhension. J’ai pensé que, forcément, ça allait être tout aussi instructif, passionnant, constructif.

Et en fait pas du tout.

J’ai été extrêmement déçue par ce que j’ai entendu. Ce n’était absolument pas ouvert, ce n’était absolument pas tolérant, c’était même franchement dangereux par moment. La première fois qu’on a parlé féminisme, on était un petit groupe de cinq, j’étais la seule meuf, et j’ai halluciné face à la mauvaise foi dont ils ont quasiment tous –en fait, un seul pouvait vraiment être qualifié de féministe- fait preuve. On a parlé presque une heure. Et pendant une heure, on a parlé : des féministes extrémistes (seriously), des Femen (le point Femen est devenu un vrai point Godwin dit donc), du fait que quand même, on (les extrémistes) (soit, toutes les féministes pas d’accord avec eux) « desservait la côôôôse », de toutes les difficultés rencontrées par les hommes dans la société (bouhou), de l’inutilité de notre combat, du fait que c’était « un peu de notre faute quand même » si on se faisait agresser verbalement quand on parlait féminisme parce que « vous êtes trop agressives » (paye ta logique), et bien évidemment, on a parlé de cette idée machiavélique qu’est la non-mixité, qui est une véritable injustice à l’encontre des hommes et la preuve que les féministes ne veulent pas l’égalité mais prendre l’ascendant sur les hommes (ouais, quatre mecs face à une nana ont dénigré la non-mixité mais rassurez-vous, ils ont pas vu le problème). Pendant ce temps-là, à aucun moment on n’a parlé du fond du problème, c’est-à-dire que, n’en déplaise à certains, nous vivons dans une société patriarcale, où les femmes sont discriminées et où les hommes ne le sont pas. Point, à la ligne. Nous n’avons pas parlé du harcèlement de rue, des inégalités de salaire, des stéréotypes de genre, des agressions sexistes, non, non, non, nous n’avons parlé que des hommes ou de la façon dont eux (les hommes) pensaient que les féministes devaient mener leur combat (parce que ces femmes, quand même, elles savent pas comment faire dont nous on va leur expliquer comment elles doivent mener un combat qui nous concerne pas). Et je me suis retrouvée là, au milieu de tout ça, à me demander sérieusement ce que je foutais là. À écouter le seul gars ouvert défendre la non-mixité et les féministes pour se faire rembarrer et à me dire qu’il fallait que j’intervienne à mon tour, que je leur dise le fond de ma pensée, que bon sang je leur foute le nez dans leur ramassis de conneries misogynes… et je ne l’ai pas fait. Je ne l’ai pas fait parce que j’ai eu peur de ce qu’ils allaient dire, parce que ces gars étaient mes potes et que je voulais pas faire d’histoire.

Et parce que quand une conversation sur « le féminisme » a commencé par vingt minutes de déblatération sur les « féminazis » et de moqueries sur ces connasses de féministes extrémistes, en fait tu comprends bien que t’as juste rien à dire parce qu’autrement, tu seras tout de suite rangée parmi ces folles castratrices. Ces poncifs, on les trouve stupides, on les a démontés bien des fois, et pourtant ils perdurent. Et s’ils perdurent, c’est parce qu’ils sont quand même diablement utiles pour servir un discours sexiste. Ils servent à décrédibiliser par avance la parole des féministes, à bien montrer la façon dont on va traiter celles qui ne sont pas d’accord, celles qui osent exprimer un avis différent. Et pour peu que la personne qui les entende soit un peu timide, manque un peu de confiance en elle, elle va préférer laisser couler. A fortiori si elle a déjà été confrontée, et c’était mon cas via le cybermilitantisme, à la violence à l’encontre des féministes, aux insultes, au harcèlement, et qu’elle a peur de le subir comme ça, de plein fouet, de pleine face.

Après ça, je me suis sentie très mal. Et c’est peut-être bête, mais juste en écrivant ça, y’a mon cœur qui s’accélère et mes mains qui tremblent. Parce que j’en ai pas beaucoup parlé, au fond. Parce que j’ai intériorisé beaucoup de trucs à cette période. Parce qu’un de ces gars m’a fait du mal aussi, sciemment, et que j’aime pas y repenser.

Et puis après, finalement, enfin, je me suis sentie très en colère. Je me suis dit que ces discours étaient vraiment complètement cons, totalement misogynes, puant de sexisme, et que ce n’était pas moi qui était en tort mais bien eux, eux qui osaient se prétendre féministes, eux qui ont osé qualifier ce débat de « conversation féministe » alors qu’on a pas du tout parlé du fond du problème et que ça ressemblait bien davantage à une conversation masculiniste. Et c’est comme ça que j’ai enfin eu ce déclic, que j’ai compris qu’il était parfaitement inutile de perdre du temps avec ce genre de personnes. Bien sûr, si je leur avais dit le fond de ma pensée, si je leur avais démontré par a + b tout le sexisme de la situation, ils m’auraient ri au nez, qualifié d’extrémiste, et seraient passés à autre chose parce que c’est quand même plus facile de ne pas se remettre en question. Mais moi, j’ai pas fait ça. J’ai énormément pris sur moi. J’ai pas dit ce que je pensais. Je les ai flattés. Et je leur ai même dit, et j’en ai honte, et j’en suis franchement désolée, je leur ai concédé qu’il y avait des propos « extrêmes » chez les féministes alors que je ne le pensais pas le moins du monde, en me disant que comme ça, au moins, ils allaient m’écouter, ils allaient faire quelque chose. Et ils ne se sont pas remis en question. Ils n’ont rien changé à leur comportement. J’ai renié mes valeurs, contenu mes sentiments, et ça n’a servi à rien.

C’est inutile. C’est parfaitement inutile.

C’est inutile d’arranger ses pensées. C’est inutile de flatter l’égo des mecs qui se ramènent avec leurs gros sabots dans nos conversations. C’est inutile de leur concéder quoi que ce soit en espérant qu’en retour, ils nous concèderont à leur tour quelque chose.

Ils le feront pas. Ils le feront jamais. Ils ne changeront pas.

Alors peut-être qu’ils changeront pas davantage si on les confronte à leur merde. Peut-être qu’ils refuseront de se remettre en question. Et peut-être que si. Il y en a. Moi je crois même que le seul moyen de changer, c’est d’être violemment remis à sa place. Parce que tant qu’on nous dit pas clairement qu’on est problématique, on n’a aucun intérêt à faire l’effort de changer. Et moi, à mes débuts dans le féminisme, j’ai dit des conneries, j’ai pas du tout pris en compte l’intersectionnalité, et c’est bien parce qu’on m’a clairement fait comprendre que je disais de la merde que j’ai fini par changer.

Oui, peut-être, certains continueront à rester des connards. Ne changeront pas d’un iota.

Peut-être.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’ils ne changeront pas plus si on les flatte, si on les laisse faire, si on leur montre pas clairement leur caractère problématique.

Je l’ai vu. Je l’ai constaté. J’ai passé des années à m’écharper, à être la gentille militante féministe qui nous remet pas trop en cause. Et ça n’a jamais marché. Ça n’a jamais. servi. à. rien. Je n’ai jamais vu un mec changer de comportement sans avoir été bien secoué avant, sans avoir accepté de voir notre réalité, sans avoir accepté de nous écouter attentivement jusqu’au bout, d’intégrer ce qu’on lui disait, et de pas remettre notre vécu en question. Jamais. Ça ne marche juste pas.

Alors j’ai décidé d’arrêter.

Je n’ai pas à être pédagogue quand vous ne l’êtes pas plus que moi. Je n’ai pas à vous dire ce que vous avez envie d’entendre pour que vous puissiez continuer à vivre tranquillement votre petite vie et à vous considérer comme absolument tolérant, ouvert, féministe, formidable et tout ce que vous voulez. J’ai pas à vous faire croire que vous êtes cools quand vous n’êtes que des connards.

Notre situation est grave. Des femmes meurent tous les jours. Sont agressées, sexuellement, physiquement, verbalement. Des femmes, les femmes, sont sous-payées. Subissent de plein fouet les stéréotypes de genre. Sont les plus touchées par les troubles du comportement alimentaire. Parce qu’elles sont aussi les plus touchées par les injonctions culpabilisantes. Les femmes sont sous-représentées dans les médias, en politique, dans nos manuels scolaires, dans tous les putains de domaines de la société. Les femmes sont moquées, insultées, méprisées.

Et les militantes sont menacées de mort, de viol, au point d’être contraintes de quitter les réseaux sociaux, d’arrêter ce qui leur tient à cœur, de subir la peur.

Tout ça parce que des hommes refusent d’entendre qu’ils ne sont pas parfaits et qu’ils doivent se remettre en question.

Je ne perdrai plus jamais mon temps. Je ne m’embêterai plus à argumenter, à débattre, quand de toute façon vous refusez d’écouter ce qu’on vous dit. Je ne serai plus à votre disposition, prête à tout vous expliquer pour ensuite vous entendre me dire que je suis extrémiste. Je vous enverrai bouler dès que vous m’insulterez. Je vous bloquerai dès que vous utiliserez un des traditionnels poncifs balancés aux féministes, parce que si vous êtes suffisamment cons pour y croire, c’est votre problème et que j’ai pas à gâcher mon temps, ma vie, ma santé pour vous éduquer. C’est pas mon rôle. Je ne vous répondrai pas quand vous dîtes de la merde, quand vous me qualifiez de « totalitaire » parce que j’ai osé vous faire remarquer que la littérature féminine ne se résumait pas à George Sand. Et quand ce que vous dîtes est tellement stupide que ça en devient risible, je continuerai à afficher vos propos sur mon compte Twitter pour qu’on s’en moque allègrement avec les coupines féministes. Je m’en moque que vous aimiez pas ça, que vous appréciez pas qu’on vous réponde pas directement mais qu’on affiche vos « réflexions ». Si vous voulez pas qu’on les affiche, vos conneries, vous n’avez qu’à ne pas les écrire.

Je ne suis pas votre professeure. Je ne suis pas votre ouvrage. Je ne suis pas votre punching-ball.

Je ne suis pas à votre disposition.

Et ce n’est pas parce que je me revendique militante que je vous dois quoi que ce soit. Je ne suis pas payée pour ce que je fais, encore moins pour me faire insulter. Tout ce que je fais, je le fais bénévolement.

Alors tant qu’à faire, je préfère me préserver et garder ma pédagogie pour ceux.lles qui en valent vraiment la peine. Pour ceux.lles qui nous écoutent. Pour ceux.lles qui argumentent de façon pertinente, qui ne remettent pas notre vécu en question, qui nous balancent pas des insultes et autres stupides poncifs, qui nous respectent, qui quand ils ont une question à poser le font poliment, sans nous prendre pour des machines à leur totale disposition.

Parce que les autres, j’en ai pas besoin. Les militantes n’en ont pas besoin. Le féminisme n’en a pas besoin.

On peut se débrouiller sans vous, merci.

Lire et partager #AuFilDesAutrices

Il a quelques semaines, j’ai parlé de mon désir de lire davantage de femmes après avoir constaté que mes lectures étaient essentiellement masculines et ce, depuis des années déjà –et tout particulièrement depuis que je lis de la littérature classique dont les figures les plus encensées sont presque systématiquement des hommes.

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J’ai fait une véritable razzia littéraire depuis cet article et ai considérablement agrandi ma bibliothèque, preuve en est s’il en fallait encore une que les autrices sont nombreuses elles aussi et qu’il y a largement de quoi assouvir son désir de lecture avec leurs œuvres. Depuis la fin du mois de juin, j’ai donc vraiment commencé à ne lire que des femmes et compte continuer sur cette lancée jusqu’à la fin de l’année, tant pour prouver que les femmes ont laissé des écrits suffisamment conséquents pour pouvoir s’en contenter des mois durant que pour rattraper des années de lectures masculines.

J’attaque mon troisième roman seulement depuis le début de mon défi, en l’occurrence Bonjour tristesse de Françoise Sagan, mais déjà je sais que je tiendrais aisément jusqu’en décembre et peut-être même au-delà. J’ai acquis un très grand nombre de romans, qui ont tous l’air passionnants et que j’aimerais pouvoir dévorer d’un seul coup tant je suis parfois incapable de choisir une fois qu’une lecture est achevée. Mes trois premiers romans m’ont confortée dans cette première impression : j’ai adoré Devi d’Irène Frain –même si l’histoire est très dure et très violente-, j’ai lu La pluie d’été de Marguerite Duras avec fascination et je sais déjà que j’achèverai Bonjour tristesse d’ici demain au plus tard tant l’écriture m’emporte. Faut-il encore le répéter ? Oui, les femmes ont produit une œuvre qui vaut bien celle des hommes. Oui, il y a largement de quoi faire si l’on décide de s’attaquer à la littérature féminine. Non, ce n’est pas moins intéressant que les romans d’auteurs. Non, ce n’est pas plus mièvre, plus sentimental, plus je-ne-sais-quoi –et le roman le plus mièvre que j’ai lu à ce jour a été écrit par un homme, soit dit en passant.

Maintenant, c’est à vous que je fais appel. Je publierai régulièrement des articles sur mon blog pour commenter mes lectures et narrer l’avancée de mon récit. Et j’espère sincèrement que cela fera avancer au moins un minimum la cause des femmes, la représentativité des autrices, l’égalité entre les femmes et les hommes. Je suis aussi lucide, et je sais que les initiatives individuelles ont souvent un impact bien plus considérable lorsqu’elles deviennent des initiatives collectives. Je l’avais déjà dans l’idée quand j’ai créé, au tout début de mon défi, à la lecture de Devi, le hashtag #AuFilDesAutrices. Le principe est simple, utiliser ce hashtag à chaque nouveau roman d’autrice que je lis, en indiquant le titre, le nom de l’autrice, et d’habitude avec une petite image de la couverture –j’aime les jolies couvertures et je suis capable de ne pas acheter un roman si je ne le trouve pas dans l’édition que je préfère. J’utiliserai ce hashtag jusqu’en décembre minimum et je continuerai sans doute au-delà, mais ce que j’aimerais, ce serait que tous les gens qui voudraient voire les autrices être davantage reconnues en fassent de même. J’aimerais que vous partagiez toutes vos lectures d’autrices, et que nous fassions taire une bonne fois pour toute les hypocrites qui prétendent réécrire l’histoire en balançant que les autrices sont moins intéressantes, pas assez nombreuses, et que d’abord « autrice » c’est moche et ça n’a jamais existé –spoiler : c’est faux.

Sur Twitter, @adelelabo a montré que l’on pouvait faire bouger les choses en mettant à mal les idées reçues avec le merveilleux hashtag #LesPrincessesOntDesPoils.

Et si on leur montrait que les princesses ont aussi du talent avec #AuFilDesAutrices ?

Je suis une autrice

J’étais tellement petite quand j’ai commencé à rédiger des histoires que je n’ai absolument pas songé à la façon dont il convenait de me qualifier. D’ailleurs, je n’écrivais que de petites histoires par-ci par-là, le plus souvent basées sur des œuvres fictionnelles, et la profession à laquelle j’aspirais était celle de vétérinaire. En grandissant, j’ai par contre commencé à me poser des questions sur le mot qu’il convenait d’utiliser pour définir mon écriture. J’ai peu à peu cessé de la considérer comme un « simple » passe-temps sans importance, et ça a notamment été très vrai lorsque j’ai terminé mon premier roman –entièrement original, celui-ci. A ce moment, même si je ne me considérais pas comme un auteur professionnel ni même n’envisageais de le devenir, je n’ai pas trouvé disproportionné de me qualifier d’écrivain. J’écrivais des histoires, beaucoup, qu’elles soient fanfictionnelles ou originelles, et j’étais capable de mener à terme des projets. Que je sois publiée ou non, rémunérée ou non pour cela n’avait donc pas d’importance. Je me considérais bel et bien comme un écrivain.

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Je dis bien « un » écrivain, parce que je ne l’ai pas tout de suite féminisé. Mon ordinateur me signalait comme étant une faute le mot « écrivaine » et aujourd’hui encore, l’Académie française ne tolère pas la féminisation des noms de métier dont écrivain et auteur. Au fil du temps, j’ai cependant pris l’habitude d’ajouter un « e » au mot, qu’il soit celui d’écrivain ou d’auteur. J’étais désormais une écrivaine, une auteure. J’étais bien petite, étudiante, brune, curieuse, je ne voyais pas bien pourquoi je ne pouvais pas être une écrivaine. Le féminisme prenait une part de plus en plus importante dans ma vie et je percevais de mieux en mieux le poids capital du langage dans le maintien des stéréotypes sexués. Refuser de féminiser « auteur » et « écrivain », c’est quelque part laisser entendre que ces professions sont réservées aux hommes ou, ce qui est peut-être plus pernicieux encore, que seuls les hommes produisent des œuvres supposées faire mériter le qualificatif d’écrivain. Bien sûr, écrire des romans n’est aujourd’hui pas réservé aux hommes et les mauvaises langues me diront que, quand même, ce n’est pas si important le langage et il y a des combats plus importants à mener –si vous avez déjà utilisé cet argument, félicitations, vous avez votre place au sein du Bingo féministe 2016.

Et puis, il n’y a pas si longtemps que ça, j’ai entendu pour la première fois le mot « autrice ». Pour être honnête, je l’ai d’abord trouvé tout bonnement affreux, l’ai immédiatement repoussé et ai décidé de continuer à utiliser le mot « auteure » qui me paraissait bien plus doux à l’oreille. Jusqu’à ce que n’intervienne la réforme de l’orthographe et que, assez lassée de voir des gens s’exciter sur des modifications orthographiques qui n’en étaient même pas pour certaines –et oui, jusqu’en 1935 on écrivait bien nénufar et non nénuphar-, je ne fasse quelques recherches sur les réformes orthographiques menées en France. Et ne tombe sur cet article. J’apprends alors que le mot « autrice » n’est pas une aberration mais qu’il a bel et bien existé, au même titre que bien d’autres mots féminins de métiers d’ailleurs. A une époque, les femmes pouvaient ainsi être des autrices mais aussi des philosophesses, des poétesses, des mairesses, des capitainesses, des médecines ou encore des peintresses. Du moins, jusqu’à ce que le cardinal de Richelieu ne fonde l’Académie française en 1634 et ne lance une grande réforme orthographique visant à effacer, bonnement et simplement, les femmes de la vie intellectuelle et politique où elles étaient alors bien présentes –je fais d’ailleurs sur ce point une rapide digression pour rappeler qu’affirmer que les femmes n’ont jamais été très présentes dans l’histoire et qu’on ne peut pas les « sortir de nulle part » pour nos manuels d’histoire est scandaleusement faux, les femmes n’ont pas été absentes, elles n’ont pas été retenues par les hommes ayant écrit l’histoire à leur place, nuance nuance. Tout un tas de métiers n’existent alors plus qu’au masculin et il s’agit très clairement de faire comprendre aux femmes qu’elles n’ont pas la moindre légitimité pour exercer ces professions. Comme quoi, quand les féministes vous expliquent que le langage n’est pas neutre et qu’il contribue à maintenir bien en forme le patriarcat, ce n’est pas par paranoïa ou hystérie mais bien parce que c’est une réalité. Le féminin des métiers a existé, a longtemps été accepté, et c’est bien parce qu’il y a eu une volonté assumée de rabaisser les femmes qu’il a finalement disparu. Ce n’est pas simplement « le hasard » ou « la faute à pas de chance », du tout même. Le langage a été utilisé pour asseoir la domination masculine, au travers de la masculinisation des noms par exemple, mais aussi via cette fameuse règle selon laquelle « le masculin l’emporte » qui elle non plus, n’a rien de légitime ou naturelle. Jusqu’au XVIIIème siècle, c’est ainsi la règle de proximité qui prédomine dans la grammaire française : on accorde le genre et le nombre de l’adjectif avec le plus proche des noms qu’il qualifie, et le féminin peut ainsi très bien l’emporter sur le masculin.

Cette découverte m’a réellement fait réfléchir sur la pertinence de continuer à me définir comme auteure. « Auteure » n’a, contrairement à « autrice », jamais existé dans la langue française et n’est qu’une tentative de féminisation d’une profession somme toute bien timide puisque la différence entre le masculin et le féminin n’est même pas perceptible à l’oral. De plus, quand on réfléchit bien, le mot « autrice » n’est finalement pas si choquant. On dit bien un acteur et une actrice, un conducteur et une conductrice, un facteur et une factrice. Le mot « autrice » ne nous est simplement pas familier, mais un petit effort suffit parfaitement pour s’y accommoder et je pense que demander aux gens de faire cet effort est non seulement légitime mais aussi fondamentalement nécessaire.

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L’entreprise profondément sexiste de l’Académie française a en effet eu une conséquence très concrète qui a été l’invisibilisation des femmes dans de très nombreux domaines et qui se vérifie encore aujourd’hui. Il suffit de jeter un coup d’œil aux programmes lycéens de français pour constater l’absence criante de femmes parmi les personnalités étudiées. Diglee le pointait du doigt il y a un an déjà dans un article drôle mais surtout très émouvant. Et une pétition circule actuellement pour demander au Ministère de l’Education nationale de féminiser les programmes littéraires. Là encore, il convient de rappeler que les autrices ont existé et que l’argument selon lequel « oui enfin on va pas les inventer vos femmes hein » n’est pas fondé. Elles ont existé, mais on les a effacées. Citons Madame de La Fayette, citons Madame de Staël, citons Simone de Beauvoir, citons George Sand, citons Marguerite Duras, citons Juliette Benzoni, citons Colette, citons Virginia Woolf, citons Daphne du Maurier, citons Madame de Beaumont, citons Annie Ernaux, citons Karen Blixen, citons les sœurs Brontë, citons Jean Auel, citons Louise Michel, citons Françoise Giroud, citons Marguerite Yourcenar, citons Nathalie Sarraute, citons Françoise Sagan, citons Assia Djebar, citons Toni Morrison, citons Elsa Triolet, citons Marie Ndiaye, citons Maya Angelou, citons Zora Neale Hurston, citons Violette Leduc, citons Božena Němcová, citons Harper Lee, citons Sofi Oksanen, citons Svetlana Alexievitch. L’Académie française a tout fait pour les faire disparaître –vous noterez d’ailleurs qu’il n’y a que huit femmes membres de l’Académie depuis sa création en 1635 dont cinq le sont actuellement ! Elle a plutôt bien réussi, mais il ne tient qu’à nous de détruire son entreprise et de redonner aux femmes la place qu’elles méritent dans nos programmes, dans notre histoire et notre culture nationales et aussi… dans nos bibliothèques.

Globalement, j’ai toujours été sensibilisée à la question des femmes mais je me définis comme féministe et militante depuis environ trois ans. La question de la représentativité des femmes est l’une des questions me tenant le plus à cœur puisque c’est la très faible représentation des femmes dans l’histoire qui m’a amenée, presque en premier lieu, à militer. Quand j’ai appris l’existence du mot « autrice » et réfléchi à la place des femmes dans la littérature, étant de plus une lectrice presque compulsive, j’ai d’abord pensé que j’avais dû personnellement lire un certain nombre de femmes malgré leur absence des programmes –je n’ai jamais étudié une femme au lycée en cours de français. Que nenni. Sur les 41 romans que j’ai accumulés dans ma chambre d’étudiante depuis mon installation à Dijon, sept seulement ont été écrits par des femmes. 17%. Même pas un sur cinq. Et très vite me vient un autre constat : en plus de n’avoir lu que très peu de femmes, je n’ai jamais non plus lu leur œuvre mais bien un ou deux romans seulement. Tandis que j’ai acheté et lu les trois-quarts des Rougon-Macquart et dévoré une très bonne partie de l’œuvre de Camus, je n’ai lu que Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, deux nouvelles de George Sand –Pauline et Le château de Pictordu– ou encore un seul roman de Violette Leduc et Svetlana Alexievitch. Et finalement, je ne connais que très peu de femmes de lettres. Bien moins que d’hommes en tout cas.

Les mots ont un sens. Avoir refusé de féminiser « écrivain » et « auteur » pendant des siècles, c’était nier la capacité même des femmes à pouvoir écrire et à mériter d’être reconnues –et surtout retenues. Les mots ont un sens et si « auteure » est aujourd’hui globalement accepté –parce que l’avis de l’Académie française, s’il y a bien une chose à retenir de cet article, c’est qu’on s’en moque mais alors complètement-, il n’a pas non plus la même symbolique que le mot « autrice ». Me définir comme autrice, c’est pointer du doigt l’injustice qui a été faite aux femmes en 1634, c’est dénoncer l’oubli des femmes dans la littérature, c’est redonner une existence aux femmes qui, avant 1634, se sont définies comme autrices. C’est aussi, à titre personnel, une manière de dire haut et fort à l’Académie française que je la considère comme responsable –parmi tant d’autres- des stéréotypes perdurant aujourd’hui encore et qui voudraient que les femmes soient systématiques moins talentueuses que les hommes ou que leurs œuvres ne puissent être lues que par d’autres femmes et pas par l’ensemble de la population quand les œuvres des hommes par contre peuvent être lues par tout le monde. C’est une manière de signifier à l’Académie français que je sais ce qu’elle a fait, je sais sa responsabilité, je sais surtout sa connerie, et je suis bien décidée à la réparer.

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A compter du mois de juin, j’ai décidé de me lancer dans une petite opération de féminisation de ma bibliothèque et de ma culture littéraire. Je ne vais lire que des femmes pendant six mois, histoire de rééquilibrer un peu vingt années de lectures ultra majoritairement masculines. En aucun cas il ne s’agit de bannir les hommes de ma bibliothèque et de ne plus encenser que des femmes –personne ne mettra un terme à mon amour pour Camus et Zola de toute façon et Pour qui sonne le glas est pour l’instant mon gros coup de cœur de l’année avec La guerre n’a pas un visage de femme. Il s’agit simplement de redonner aux femmes la place qu’elles auraient dû avoir tout le reste de ma vie, la place qu’elles auraient dû avoir depuis 1634 même, et la place que je ferai en sorte qu’elles aient à l’avenir.

En attendant, je ne sais pas si l’usage du mot « autrice » va bientôt se repopulariser mais pour ce qui me concerne, j’aimerais qu’on l’utilise désormais pour me qualifier comme je vais le faire moi-même. Soyez auteur, auteure, autrice, écrivain ou écrivaine. Pour ma part, je ne suis plus « seulement » une écrivaine.

Je suis une autrice.

Merci aux personnes ayant échangé avec moi à propos de la littérature féminine sur Twitter, m’ayant fait découvrir des autrices talentueuses et m’ayant aussi malheureusement fait part des mêmes constats quant à leurs bibliothèques et lectures respectives.

Je sais que nous valons mieux que ça

Les occupations d’universités et d’amphithéâtres ne me choquent pas. Les violences policières non plus, parce que je les sais habituelles, mais cela ne m’empêche pas de les trouver scandaleuses –et trop nombreuses, toujours trop nombreuses. Les jeunes qui manifestent me paraissent être bien plus intelligents que ceux les critiquant à coup d’arguments pseudo-intellectuels, des arguments dont j’estime qu’ils ne servent qu’à les dédouaner de leur inactivité bien conciliante. Et je trouve le slogan « Capitalistes, c’est vous les terroristes » carrément percutant.

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Le décor étant posé, je vais pouvoir poursuivre plus avant cet article et essayer de mettre des mots sur ce que je ressens, depuis quelques temps. Ce n’est pas facile, parce que je ressens énormément de choses et que des milliers de pensées m’accaparent l’esprit, et que je n’arrive pas forcément très bien à faire le tri entre tout ça. J’ai vingt ans, mes convictions et mes expériences évoluent, grandement même, c’est normal. Parfois, j’ai juste l’impression qu’elles évoluent un peu trop vite pour que je ne les comprenne bien.

J’ai commencé mon engagement politique en participant à la campagne présidentielle de 2012. J’avais quinze ans, j’ai fêté mon seizième anniversaire en cours de route. J’ai assisté au meeting de François Hollande dans ma région et parcouru des dizaines de kilomètres sur mon vélo pour distribuer ses tracts à la campagne. J’ai recueilli les résultats de toutes les communes de mon canton à chacun des deux tours, les ai compilés et envoyés à l’échelon local supérieur. J’ai fêté l’élection de François Hollande puis celle de ma députée socialiste en m’improvisant serveuse lors d’une petite réception donnée à l’occasion avec tous les représentants locaux du Parti socialiste. J’ai fièrement porté mes idées au lycée et n’ai pas manqué d’arborer ma fierté au lendemain du 6 mai.

Et puis quatre ans sont passés. Quatre ans sont passés et avec eux, mon ouverture sur le cyber-militantisme et toutes les découvertes politiques que cela a impliqué. Quatre ans sont passés et avec eux, mon intérêt toujours plus marqué pour la politique qui m’a amené à lire, débattre, critiquer, remettre en cause. Quatre sont passés et avec eux, mon entrée à Sciences Po et ma rencontre avec tout un tas de gens politisés et pas forcément uniquement gentils petits socialistes ou gentils petits « républicains » -et non, je n’écrirai pas ça sans guillemets, non. Quatre ans sont passées et avec eux, le choix de Manuel Valls comme chef de Matignon, la nomination d’Emmanuel Macron comme ministre de l’économie, « expliquer c’est commencer à excuser », la réforme profondément stupide du collège, la jeunesse sacrifiée sur l’autel de la bien-pensance politique, la justification des contrôles au faciès, « moi j’aime l’entreprise » mais pas beaucoup les salariés, visiblement, les milliards accordés à ces mêmes entreprises et refusés à ces mêmes salariés, la déchéance de nationalité et la déchéance de crédibilité. Quatre ans sont passés et ont fini par m’assener une énième claque : la loi travail.

Tout se mélange dans ma tête. La seule chose qui soit toujours une constante est mon sentiment d’être de gauche. Je me sens « de gauche ». Je ne sais juste plus ce qu’est la gauche. Ecologistes, socialistes de nom, mélenchonistes, anticapitalistes. Tiens, ça je crois que je le suis de plus en plus, anticapitaliste. Antiraciste aussi, mais pas celui vendu par les élites en place, pas ces campagnes dénonçant un certain type de racisme seulement, pas ces campagnes ne dénonçant pas le fond du problème, le racisme systémique, le racisme d’Etat. Comme on ne dénonce pas le sexisme d’Etat d’ailleurs. Je suis altermondialiste, aussi, c’est comme ça que l’on dit je crois. Je suis démocratique, et je le suis d’autant plus que je ne crois plus vivre dans une démocratie. Ici on donne notre avis une fois tous les cinq ans, et il est conditionné par les quelques partis censés te représenter et dans lesquels tu as plutôt intérêt à te retrouver. Sinon, tant pis pour toi. Tu as toujours le vote blanc, mais il n’est pas reconnu, donc oui, tant pis pour toi. Et puis au final, à quoi bon, ce sont toujours les deux mêmes partis qui alternent et celui qui prétend pouvoir mettre fin à ce bipartisme, il fait pas franchement rêver non plus. A quoi bon, à quoi bon.  Ce sont toujours les mêmes aussi, à tel point qu’on s’apprête à faire un remake de 2012 au cas où on n’aurait pas encore bien compris que notre système est malade et qu’il se fout un peu de notre gueule quand même.

C’est flou, tout est flou. Je ne me reconnais pas chez les socialistes. Les écologistes devaient être différents, ils ne le sont pas le moins du monde. Mélenchon a eu l’occasion de nous donner notre Podemos, notre Syriza. Il a échoué. L’extrême gauche, je ne sais pas vraiment si je m’y reconnais, je sais en revanche que voter pour eux ne les fera de toute façon pas arriver au pouvoir. A quoi bon, à quoi bon.

Je crois que l’on vit dans une oligarchie. Je crois que notre système favorise et favorisera les puissants, que Sarkozy ne sera jamais condamné, que les policiers ne seront jamais remis en cause, que le nombre de scandales accumulés n’empêchera jamais le moindre politique de continuer à être élu. Et en même temps, je ne sais pas comment m’exprimer, je ne sais pas quoi dire, pas quoi penser. A quoi bon, à quoi bon dénoncer ? A quoi bon dénoncer quand je ne crois pas que les choses puissent changer ? A quoi bon dénoncer quand je crois que les choses puissent changer, mais que je ne sais pas quoi proposer ? C’est vrai, je n’ai pas de solution, pas de remède miracle. Je crois que l’on vit dans une illusion démocratique, mais je ne sais pas comment faire pour améliorer notre démocratie. Je crois bien en quelques remèdes, je pense que l’interdiction stricte du cumul de mandats et la limitation absolue du nombre de mandats changeraient certaines choses, oui. Je sais aussi que nos élus ne voteront jamais ça. Je crois que la démocratie directe ou participative peut être une bonne chose. Je sais aussi qu’elle est la porte ouverte à des tas de reculs comme sur la question de la peine de mort.

En fait si, je sais une chose. Je suis en colère. Je sais que je suis en colère, très en colère. J’ai vingt ans, et je suis déjà si désabusée. J’ai vingt ans, et je n’ai pas de grands rêves sociétaux, je ne crois pas au grand soir, je ne crois pas à la révolution, je ne crois pas possible l’instauration d’un monde meilleur. J’aimerais, je souhaite tout ça de tout mon cœur, mais je n’y crois pas. Je n’y crois pas parce que cinq années d’expérience politique m’ont laissée révoltée. Révoltée, et désabusée. Les politiques se fichent de nous. Ils se fichent que leurs mesures nous soient bénéfiques ou non. Ils s’en fichent, parce qu’ils savent qu’ils seront réélus et resteront des privilégiés dans notre système quoi qu’il se passe. Ils savent très bien que les privilèges n’ont pas été abolis, simplement déplacés, et ils savent aussi très bien que ça ne changera pas. Parce que le privilège de changer la société, ce sont eux qui l’ont. Parce que l’intérêt à changer la société, ce ne sont pas eux qui l’ont.

Ces dernières semaines, la colère paraît gronder. Les gens, les jeunes surtout, commencent à penser que peut-être, on vaut mieux que cette océan d’impossibles, on vaut mieux que cet avenir inexistant, on vaut mieux que ce que la société actuelle nous a légué. On manifeste. On témoigne. Des vécus absolument poignants fleurissent sur la toile, des histoires bouleversantes de gens ordinaires, de gens qui n’ont pas les privilèges, nous montre bien toute l’injustice de la société dans laquelle nous vivons. Alors on commence à s’indigner. A se révolter. On manifeste, on occupe des amphithéâtres, on jette des œufs, on insulte et on assume.

N’empêche, les politiques, ils ont bien fait leur travail quand même. Parce que ces dernières semaines, on parle de ces jeunes qui commencent à s’engager, on parle d’eux comme de dangereux criminels. Ceux qui occupent les amphithéâtres ? Des paresseux qui dénient aux étudiants le droit de travailler. Ceux qui manifestent ? Des feignasses qui veulent une position dans la société sans travailler pour. Ceux qui lancent des œufs ? De dangereux délinquants qui méritent bien de se faire tabasser. Ceux qui insultent ? De sales petits cons, des connards de gauchistes, et de la « fausse » gauche bien sûr, ou de la vilaine gauche, des gens pas réalistes, des putains d’idéalistes. Qu’est-ce qu’ils l’ont bien fait, leur travail.

Tous les jours et depuis toujours, on nous insulte. On nous méprise. On s’arroge notre parole. On nous fait dire telle ou telle chose. On nous fait justifier telle ou telle politique. On prétend nous servir, nous guider, nous sauver. On nous balance des politiques dégueulasses qui bien sûr ne s’appliquent jamais aux gens les élaborant. On nous maintient dans un système malade, dans un système pourri, dans une crise perpétuelle sans possibilité d’échappatoire. Et le plus beau de tout, on nous fait croire que tout est de notre faute si les choses vont mal. On nous fait croire que le problème, ce sont les étudiants qui manifestent et lancent des œufs et bloquent les lycées, et pas la putain de société dans laquelle on vit. On nous fait croire que nous sommes les seuls responsables des moyens que nous employons, comme si nous avions eu le choix de ces moyens. Comme si nous avions d’autres possibilités d’être entendus. Comme si on nous laissait la parole et la part de pouvoir que l’on est supposé exercer dans notre belle démocratie. Comme si on nous laissait le choix. Comme si nous avions le choix de notre société.

Je vais continuer à soutenir inconditionnellement les manifestants. Parce qu’au-delà d’un projet de loi, c’est tout un projet de société que l’on dénonce aujourd’hui. C’est un ras-le-bol général que l’on exprime. Et si les politiques m’ont appris à ne pas croire au nouveau mai 68, je ne leur ferai au moins pas le plaisir d’arrêter d’en rêver.

Parce qu’on vaut mieux que ça.

On vaut mieux que la société qui nous est imposée.

On vaut mieux que la condescendance voire la haine qui nous est balancée.

Et maintenant, on le sait.

Enfin, on le sait.

On sait au moins ça.

Je sais au moins ça.