Tribulations d’une apprentie féministe

J’ai remarqué que lorsqu’on se revendique féministe, on fait souvent face à des gens qui ont tendance à croire que votre féminisme est inné et que vous avez toujours été ainsi. C’est occulter le fait que le féminisme en tant que tel est un mouvement en constante évolution, et que les éléments le composant (c’est-à-dire nous) évoluent donc aussi. Et au-delà de l’évolution du mouvement, il y a aussi et peut-être même surtout notre évolution personnelle.

Aujourd’hui, j’ai envie de revenir un peu sur mon parcours féministe parce que le féminisme est loin d’avoir été quelque chose d’inné chez moi. Déjà, je n’ai commencé à me définir réellement comme féministe qu’au lycée. Et le militantisme, ça s’est surtout fait sur ces deux dernières années.

Petite, j’ai eu la chance de grandir dans un milieu très protégé en plus d’être très privilégié d’un point de vue socio-culturel –mes parents sont des professeurs. J’ai toujours vu mes deux parents travailler et mes deux parents s’occuper de ma sœur et moi de façon équivalente. J’ai toujours été aussi proche de mon père que de ma mère et j’ai partagé autant de moments avec chacun d’eux. Bien sûr, il m’est arrivé notamment au moment de la puberté de préférer parler de certaines choses à ma mère plutôt qu’à mon père, mais mon père a toujours été très présent dans ma vie, dans mon éducation, vraiment autant que ma mère. Au final, père et mère me semblaient être deux modèles totalement égaux et pendant longtemps je n’ai même pas constaté l’existence de sexisme ou d’inégalités entre les femmes et les hommes. Mes parents m’ont en plus toujours poussé à faire ce que je voulais, encouragé à développer mes capacités et soutenu dans chacun de mes projets. Enfant, je voulais d’ailleurs faire des études scientifiques, un domaine dont je sais très bien maintenant qu’il reste profondément masculin, mais que je voyais comme parfaitement accessible à l’époque parce que mes parents m’en donnaient l’impression. En somme, j’avais la sensation de pouvoir faire tout ce que je voulais et je ne me sentais pas du tout limitée par le fait d’être une petite fille –en fait, je trouvais même souvent que les garçons craignaient franchement et que les filles, c’était mieux.

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Avec le recul, je me rends compte que j’ai tout de même intériorisé tout un tas de normes et de valeurs genrées. Par exemple, je voulais toujours essayer le maquillage et les talons de ma mère pour être « une vraie femme ». Ma sœur et moi, nous jouions aussi majoritairement avec des jouets typiquement pour filles, comme les poupées. Et au niveau des dessins-animés que nous regardions, ça se vérifiait aussi : on regardait tout ce qui était défini comme était « pour filles », les Winx club, les Totally spies, les Witch… Tout ça n’est pas forcément un mal en soi d’ailleurs. Depuis que je me suis sensibilisée au féminisme, je crois que le genre n’est qu’une construction sociale –un point de vue qui n’engage que moi, au demeurant. Je crois que rien n’est défini par avance ou selon son sexe, et que toutes nos caractéristiques, tous nos goûts, sont le résultat d’un construit social lié à notre genre. Je suis donc pour une déconstruction du genre, pour qu’on arrête d’inculquer telle ou telle valeur à un enfant parce que ce serait soit disant biologique et qu’on laisse ces mêmes enfants faire et aimer ce qu’ils veulent. Mais je suis aussi pour une revalorisation des valeurs féminines, parce que ce qui est associé au genre féminin est systématiquement moins valorisé que ce qui est associé au genre masculin. C’est-à-dire que je suis pour que jouer à la poupée, se maquiller ou regarder Winx club soit tout aussi bien perçu que de jouer aux voitures, faire du football ou regarder Pokémon. Et ne me dîtes pas que tous ces exemples sont perçus de la même façon : une fille qui regarde Pokémon, ça ne choquera pas alors qu’un garçon qui regarde Winx club sera lui tout de suite mal perçu. Sauf que ce n’est pas tant pour le petit garçon que pour la petite fille que c’est violent symboliquement, parce que cela signifie que ce qui est « masculin » est forcément bien et peut être pour les garçons et pour les filles, mais que ce qui est « féminin » ne peut être que pour les filles. Autrement dit, tout ce qui est masculin est neutre et universel alors que le féminin ne peut être que pour les filles, ne peut par définition par intéresser les hommes. Et ce n’est pas qu’une histoire de jouets et de dessins animés, c’est constant : aux filles la sensibilité, la sagesse et le respect, aux garçons la force, l’ambition et l’impulsivité. Et bien sûr, ce sont ces trois dernières caractéristiques qui sont les mieux perçues. Ce n’est pas pour rien que l’on reconnaît unanimement que les filles sont plus sérieuses à l’école mais que malgré ça, ce sont les garçons qui sont davantage félicités par les professeurs, à qui l’on donne davantage la parole et qui ont ensuite les meilleurs postes et les meilleurs salaires. Même s’ils sont moins travailleurs, même s’ils chahutent un peu en cours parce que, vous comprenez, ce sont des garçons, c’est normal qu’ils se comportent ainsi, c’est parce qu’ils ont du caractère et besoin de bouger. Par contre, une fille qui s’agite en classe, là tout de suite il ne faut pas, parce que c’est une fille alors elle doit être docile et calme et t’inquiète pas qu’on va bien la sanctionner plus que les garçons pour le lui faire comprendre.

C’est justement comme ça que j’ai commencé à être confronté au sexisme. A l’école, en primaire. J’ai très vite eu beaucoup d’amis, dont plein de filles mais aussi des garçons. Et si j’ai réussi à avoir aussi des amis garçons, c’est parce que ceux-ci me considéraient comme une « fille cool ». Pourquoi ? Parce que je jouais au foot avec eux, parce que je collectionnais les cartes Pokémon avec eux, parce que je m’habillais souvent en pantalon et n’hésitais pas à courir, grimper aux arbres et faire du vélo en chutant cinquante fois. Parce que je me suis totalement pliée aux normes masculines. A l’époque, je ne m’en rendais d’ailleurs même pas compte mais c’est plus tard, en arrivant au collège, que j’ai commencé à me dire qu’il y avait peut-être un problème. Que jamais le moindre garçon ne s’était plié aux normes féminines pour être ami avec moi, que jamais le moindre garçon n’a fait l’effort de s’intéresser à mes « trucs de fille » mais partait du présupposé que c’était à moi de m’intéresser aux trucs des garçons. C’est comme ça qu’au collège, je me suis mise à jouer aux jeux-vidéos pour pouvoir continuer à être acceptée par mes amis garçons, pour pouvoir participer à leurs conservations, parce que jamais il ne leur serait venu à l’esprit de faire le processus inverse. C’était à moi d’intégrer leurs normes et leurs codes et je l’avais bien compris. J’ai donc joué à des jeux comme Call of duty, écouté la musique qu’ils aimaient mieux et suivi des sports comme le football et le rugby qui ne m’avaient jamais intéressé auparavant. Et les trucs « de fille », je les gardais pour mes amies filles. Le problème, c’est que je n’avais justement pas énormément d’amies au collège, il n’y en a eu que trois qui ont été présentes durant les quatre ans de notre scolarité ou presque, dont deux avec qui je me disputais régulièrement et une qui a déménagé la dernière année. J’étais donc prête à faire tout ce qu’il fallait pour être acceptée par les garçons, d’autant qu’à cette époque j’ai commencé à être très mal dans ma peau vis-à-vis de ces mêmes garçons. Je croyais que personne ne m’aimerait jamais, et encore moins en tant que petite amie, j’avais une peur véritablement obsessionnelle de ne pas être aimée. Il y avait d’ailleurs quelque chose de très paradoxal au collège : les garçons aimaient bien se moquer des filles très « filles », très « féminines » justement, ils aimaient bien dire quand vous vous pliiez à leurs normes que vous étiez une fille cool… mais lorsqu’il s’agissait d’avoir une copine, ils la choisissaient toujours parmi ces filles « féminines ». En somme, peu importe que ce que vous faisiez en tant que filles, il y avait toujours un moment où ça n’allait pas.

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Mon ton peut sembler très amer, mais ce n’est pas directement à ces garçons que j’en veux. La plupart ont vraiment été des amis, je les ai vraiment appréciés, et ils ne m’ont jamais directement forcé à faire telle ou telle chose pour leur plaire. Il y en a eu quelques-uns pour profiter de mon mal-être sans scrupule, mais ils n’ont été que très peu nombreux –cela dit, ça a suffi à me foutre en l’air pour plusieurs années. Les autres ont simplement grandi dans un système qui les a placés au centre et leur a toujours appris que c’était normal. Je n’étais d’ailleurs pas la dernière à penser que ça l’était. Je sentais bien par moment que la situation était injuste. Lors d’un voyage scolaire auquel ne participait aucune de mes copines, je suis restée avec les garçons pendant toute la semaine. Quand nous avions du temps libre pour se promener et éventuellement faire des achats, j’ai bien essayé une fois d’aller dans un magasin de vêtements mais ils m’ont tout de suite bien fait comprendre que ça les emmerdait et je n’avais pas envie d’être toute seule à chaque pause. Je les ai donc suivis dans leurs magasins, selon leurs envies, pour ce qui leur faisait plaisir. Et ça nous paraissait à tous normal, même si une part de moi trouvait cela de plus en plus pesant. Le problème, c’est que j’étais très loin d’avoir les connaissances que j’ai aujourd’hui, d’avoir conscience de ce qu’était le sexisme institutionnel et le genre. Je me rendais compte que certaines choses n’étaient pas normales, mais je ne savais pas pourquoi, je ne savais pas l’expliquer ni comment faire pour que cela change. Alors je me taisais.

Puis il y a eu l’entrée au lycée et là, il y a eu de grands changements dans ma vie. Sur mes trois amies, une avait déménagé en Bretagne et l’autre est partie dans un lycée différent du mien. Je me suis donc retrouvée avec une seule amie fille, avec laquelle j’ai eu une très grosse dispute peu de temps après la rentrée qui nous a brouillées pour presque deux ans. Pendant le peu de temps où je suis restée avec elle, nous avons sympathisé avec deux garçons via un autre garçon que nous connaissions déjà d’avant et avec qui je m’entendais bien. Mais lorsque mon amie et moi nous sommes disputés, elle est restée avec ces trois garçons –et vu l’ambiance glaciale entre nous deux, je n’avais pas envie de rester avec eux. Pendant quelques jours, j’ai été très seule et je ne savais pas du tout vers qui aller. Et en fait, je ne suis allée vers personne, c’est une fille de ma classe qui est venue spontanément vers moi me proposer de rejoindre ses amies plutôt que de rester toute seule. J’ai accepté, et ça a été intimidant les premiers jours parce que je ne les connaissais pas alors qu’elles se connaissaient toutes, mais je me suis finalement très vite intégrée au groupe. Pour la première fois de ma vie, j’avais un vrai groupe de copines et seulement de copines. Des filles avec qui je pouvais parler de mes romans favoris et du dernier acteur sur lequel j’avais craqué dans un film, des filles avec qui je pouvais faire les magasins lorsque nous avions une pause et des filles qui ne me sortaient jamais de remarques condescendantes liées à mon genre. Ça a été comme une énorme bouffée d’oxygène pour moi. J’ai totalement arrêté de jouer aux jeux-vidéos ou d’écouter certains groupes, tout simplement parce que je n’avais jamais fait ça pour moi mais pour mes amis et que cette fois, mes amies ne m’imposaient rien. Par contre, je me suis aussi rendue compte que des choses que j’avais cru faire uniquement pour satisfaire les garçons me plaisaient aussi réellement. L’exemple le plus concret, c’est le sport. J’ai réalisé que j’aimais réellement regarder le sport, suivre le football et le rugby, mais aussi faire du sport. D’ailleurs, une de mes nouvelles amies pratiquait l’athlétisme et elle m’a initié à ce sport qui a tout de suite pris une importance considérable dans ma vie –je crois que j’y reviendrais un jour d’ailleurs.

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Le fait d’assumer davantage qui j’étais m’a fait me rendre compte de certaines choses. Notamment, j’ai commencé à penser que j’étais féministe parce que je voulais que les garçons et les filles puissent faire les mêmes choses et que l’on valorise autant ce que faisaient les filles que ce que faisaient les garçons. Ça n’avait cependant rien encore de très concret, je ne connaissais pas de théories féministes, de sites féministes et même très peu de personnes féministes. En plus, malgré mes expériences passées, je restais relativement préservée pour une femme. Je n’avais jamais subi d’agression, je ne connaissais pas le harcèlement de rue (faut dire que j’habitais un minuscule village dont je ne sortais que pour aller au lycée et que nos sorties avec mes copines se faisaient en plein jour, en groupe et dans des rues où l’on croisait essentiellement d’autres lycéens, forcément ça limitait les possibilités aussi), et surtout je m’en sortais très bien scolairement. J’ai finalement tourné le dos à la filière scientifique dont je me suis rendue compte qu’elle ne me correspondait pas –ce n’est d’ailleurs sans doute pas anodin que j’ai fait cette découverte à ce moment alors que je n’avais pourtant jamais aimé les matières scientifiques : mes nouvelles amies étaient des littéraires, des scientifiques et des économistes, bref tout était représenté, alors qu’au collège, mes amis se destinaient quasiment tous à des filières scientifiques. Pour autant, j’ai très bien réussi en filière économique et sociale, j’ai commencé à préparer Sciences Po et tout le monde m’a soutenu, mes amis, mes proches, mes professeurs, tout le monde. Même en sport, où les filles ont tendance à être très dévalorisées, je m’en sortais globalement bien, surtout depuis que je faisais de l’athlétisme, et j’avais donc d’excellentes notes dans absolument toutes les matières. Je majorais chaque trimestre, mes professeurs m’encourageaient énormément, je ne me sentais absolument pas discriminée du fait de mon sexe.

Tout n’allait pas non plus pour le mieux dans le meilleur des mondes. J’étais encore en plein dans mes troubles du comportement alimentaire et j’étais souvent très déprimée. Mais je ne me sentais vraiment pas touchée par le sexisme, alors même que mes TCA en étaient pourtant une évidente résultante. Je me disais féministe, mais ça ne se traduisait pas par du militantisme et cela d’autant plus que je ne connaissais personne qui se revendiquait féministe. Les quelques fois où j’ai essayé d’en parler, de dénoncer certains stéréotypes ou certaines représentations de la femme, je me suis entendue répondre « Oh mais t’es pas drôle avec ton féminisme aussi, si on réfléchit comme ça on prend plus de plaisir à rien » parfois de mes propres amies et je n’ai pas cherché à aller plus loin. Je manquais de toute façon totalement de confiance en moi, beaucoup trop pour assumer mes idées et ne pas me laisser démonter par ce genre de phrases. Pourtant, avec le recul, je réalise que déjà au lycée, j’avais conscience de certaines choses comme la sous-représentation des femmes dans l’espace public : ce n’est pas pour rien que j’ai décidé de consacrer mon TPE à la place des femmes dans la Résistance ou que je m’intéressais de plus en plus aux femmes dans l’histoire. Mais je gardais d’une part l’impression que ça ne me touchait pas directement, et d’autre part la sensation que je ne pouvais rien y faire de toute façon –sensation sans aucun doute bien renforcée par ma timidité alors maladive.

Et puis je suis entrée à Sciences Po. Là, il s’est passé trois choses : premièrement, j’ai recommencé à avoir des amis garçons. Au lycée, j’en avais quelques-uns mais ils m’ont toujours été présentés par d’autres amis, et je les voyais avec mes amies. Je ne me retrouvais quasiment jamais seule avec des garçons, nous étions toujours en groupe avec une majorité de filles. A Sciences Po, ça a été différent. Deuxièmement, je me suis retrouvée avec des gens souvent engagés, qui avaient des opinions parfois très affirmées sur certains sujets et qui n’hésitaient pas à les défendre. Les débats étaient fréquents et comme je l’ai expliqué dans mon précédent article, j’ai peu à peu fini par y prendre part. Au point de lancer un projet féministe sur le campus et d’en devenir la présidente. Enfin, troisièmement, je me suis mise sérieusement à Twitter. Et ça, ça a changé énormément de choses –on pourrait rajouter une quatrième chose : j’ai découvert ce qu’était le harcèlement de rue en habitant pour la première fois en ville.

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Au début, je ne tweetais quasiment pas. Par contre, j’ai commencé à suivre des comptes féministes et c’est comme ça que j’ai véritablement appris sur ce mouvement. Au début, ça passait par deux choses essentiellement : le compte et le blog de Buffy Mars, et le site Madmoizelle. Ça s’est ensuite diversifié, j’ai suivi de plus en plus de femmes différentes, j’ai lu des tas d’articles, j’ai commencé à me forger de vrais arguments et à découvrir qu’il y avait tout un monde derrière les inégalités salariales. Je me suis rendue compte que j’avais une vision du féminisme qui était très blanche et très bourgeoise même. Je ne viens pas d’un milieu économiquement très favorisé, mais ma situation financière est clairement confortable et comme je l’ai déjà dit plus haut, j’ai aussi été très préservée tout au long de ma vie. Que la vie soit plus chère pour les femmes que pour les hommes, qu’il existe une taxe rose notamment, ne m’avait juste jamais effleuré l’esprit. Que le sexisme soit plus violent à l’encontre des femmes racisées que des femmes blanches ne me paraissaient pas non plus une évidence. Je savais que des femmes subissaient le racisme, mais je pensais bien naïvement que racisme et sexisme étaient deux choses distinctes, que je n’étais pas concernée par le racisme mais que face au sexisme, nous étions toutes égales. En clair, je ne connais pas du tout le principe d’intersectionnalité. Je pourrais faire une liste des comptes des comptes qui m’ont énormément appris à ce sujet mais je n’arriverais pas à en faire une qui soit exhaustive alors je vais en citer quelques-unes seulement –et vous inciter vivement à parcourir leurs propres abonnements ensuite ! Il y a donc eu dans un premier temps @s_assbague, @ComicSansInes et @ThisIsKiyemis. Puis j’ai découvert @LifeOfAFoC, qui m’a fait connaître beaucoup d’autres comptes d’ailleurs dont @CherJournal. J’ai aussi suivi des femmes mêlant d’autres luttes encore au féminisme, comme @clemence_h_ qui s’intéresse particulièrement aux enjeux climatiques et à leur impact sur les femmes –même en matière de climat, les femmes sont plus impactées que les hommes. J’ai suivi des femmes géniales comme @ValerieCG qui consacre véritablement beaucoup de leur temps à la lutte pour les droits des femmes. Et de fil en aiguille, j’en suis venue à faire de même.

Ce fut très mesuré au départ. Je me contentais de quelques tweets de temps à autres, et j’avais encore peu d’abonnés et d’abonnements, ce qui ne me permettait pas de vrais échanges. Puis j’ai commencé à m’affirmer plus franchement, j’ai découvert le principe du rant et je m’en suis donnée à cœur joie. J’ai également appris à dénoncer des faits de la vie quotidienne, des choses qui pouvaient m’arriver dans la rue par exemple. Le fait de ne plus garder tous mes doutes et tous mes questionnements pour moi m’a énormément aidée. Pourtant, ça n’a pas toujours été rose. Quand j’ai commencé à avoir un peu plus de visibilité sur Twitter, il m’est arrivé plusieurs fois d’être confrontée à du cyber-harcèlement, à des tweets haineux, à des menaces, à des appels au viol. La première fois, ça a été franchement déstabilisant et je me suis demandée pourquoi je faisais tout ça. Je suis d’une nature très sensible, exprimer mon avis sur la toile m’a longtemps demandé beaucoup d’efforts et quand j’ai reçu ces premières insultes, j’ai pensé que ça n’en valait peut-être pas la peine. Qu’il était inutile que je rumine et me retrouve avec le moral dans les chaussettes pour « quelques tweets ». Mais très vite, je me suis rendue compte que ce n’était pas juste ça. Que ce n’était pas que l’affaire de quelques tweets. Je me suis rendue compte que le militantisme sur Internet a pris une part considérable dans ma vie… et que je n’avais pas envie de m’en passer.

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Être féministe, ce n’est pas toujours facile. Depuis que je le suis, il y a beaucoup de choses qui me mettent en colère, des choses que je ne remarquais pas avant et qui me sautent aux yeux maintenant et me donnent parfois des envies de meurtre. Souvent, même, je me dis que je passe trop de temps à être en colère et que je devrais me ménager, un peu. Et puis je me rends compte que je suis beaucoup plus épanouie depuis que je suis féministe. Certes, je lis tous les jours des tas de choses horribles et j’en veux régulièrement à la terre entière… mais j’ai aussi l’impression de pouvoir avancer. Toutes ces choses, je ne les soupçonnais même pas avant. Et c’était peut-être mieux pour mon humeur, mais je ne risquais pas de faire avancer quoi que ce soit ainsi. Surtout, j’ai l’impression d’être plus en phase avec moi-même. Plus révoltée, mais plus en phase. Parce que j’ai mis des mots sur beaucoup de choses. J’ai compris que toutes mes interrogations quant à mes quelques expériences du sexisme étaient fondées, étaient légitimes, que le problème ne venait pas de moi mais bien d’un système institutionnalisé qui est le sexisme. Et surtout, depuis, je crois que j’assume beaucoup plus la personne que je suis. J’ai compris que j’avais le droit d’aimer des trucs « de fille », que ça ne faisait pas de moi une fausse féministe ou une fille pas cool ou quoi que ce soit, que j’avais aussi le droit d’aimer les trucs « de garçon ». J’ai compris que je n’avais plus à me mettre dans une case, à me plier à ceci ou cela. J’ai compris qu’il n’y avait pas une unique façon d’être une femme. Que de toute façon, quoi que je fasse, ce ne serait jamais suffisamment bien, que je serai toujours trop fille ou pas assez fille. Alors j’ai arrêté de m’occuper du jugement des autres. Si j’ai envie de passer des heures à faire les magasins et de regarder des photos de chatons pendant des heures en disant « c’est trop mignooooon ! », je le fais. Si j’ai envie de regarder un match de rugby en bouffant un kebab et en gueulant contre l’arbitre avec mes potes, je le fais aussi. Et je m’en cogne de ce que les autres peuvent en penser. Ça ne fait pas de moi un garçon manqué ou une fille clichée ou rien du tout. C’est juste moi, qui n’ai de comptes à rendre à personne. Moi qui suis une femme, peu importe la façon dont je me comporte, et qui n’ai absolument pas à en avoir honte.

Et en ce sens, le féminisme m’a totalement libérée.

Et pour rien au monde, je ne serai maintenant prête à y renoncer.

Il me reste énormément de choses à apprendre : je continue à me renseigner sur l’intersectionnalité, je suis perdue sur toutes les questions liées aux transgenres, ou gender fluid, ou queer, j’ai somme toute encore très peu lu d’écrits universitaires sur le féminisme. Il me reste sans doute énormément à affronter aussi : je suis désormais très lucide sur la situation des femmes, je sais ce à quoi je risque de me confronter tout au long de ma vie ou de ma carrière, je sais aussi que je peux à nouveau faire face à des menaces en tant que militante.

Et je m’en moque.

Parce que je ne vais plus m’arrêter, plus maintenant.

Parce que le féminisme fait partie intégrante de moi.

Et parce qu’il m’a appris à assumer entièrement qui je suis.

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T’es féministe, toi ?

Les idées féministes, j’ai grandi avec quasiment depuis ma naissance mais je ne m’en suis pas forcément rendue compte tout de suite. En fait, j’ai commencé à vraiment me définir comme féministe lors de mon entrée au lycée, puis à la revendiquer quelque part entre ma première et ma terminale. Aujourd’hui, je ne me contente pas de me revendiquer féministe mais je me qualifie même de militante. Je ne suis membre d’aucune association particulière -du moins, pour le moment-, mais je pense clairement m’inscrire dans une démarche militante maintenant que je partage toutes mes réflexions sur le sujet et que j’essaye au maximum d’y sensibiliser les gens.

Mon féminisme est donc un combat. C’est même de très nombreux combats à la fois. Et le premier d’entre tous ces combats a été… de le faire accepter en tant que tel.

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Je pourrais écrire un livre qui serait assez drôle, je crois, si je compilais toutes les réactions que j’ai pu susciter en me présentant comme féministe. Drôle, si on prend ces remarques au 36 000ème degré s’entend. Parce qu’autant dire que des fois, je n’ai pas eu envie de rire du tout.

Cet article n’a pas pour vocation à rassembler toutes les réflexions stupides que j’ai pu entendre en pas vingt ans d’existence. Je pense qu’il est important d’en parler, au moins un peu, parce que ces réactions m’ont aussi certainement donné plus encore envie de m’engager même si ce n’était pas du tout l’objectif recherché. Mais je ne vais non pas non plus en faire l’essence de chacun de mes articles et je veux encore moins accorder une trop grande importance à des paroles qui ne devraient pas en avoir. Je ne citerai donc que quelques réactions parmi d’autres, mais pour ceux qui d’emblée m’accuseraient d’être trop susceptible, sachez juste que ces subtiles remarques, je les ai entendues un milliard de fois chacune.

La perle de la réaction débile à ce jour est détenue par une personne m’ayant tout de même sortie « Quoiiiii ? Toi t’es féministe alors que tu mets des jupes ?!!!!! ». On applaudit toute l’absence d’intelligence derrière ces propos.

Alors oui, on va mettre quelques petites choses au clair dès maintenant : je porte des robes et des jupes, parfois très courtes, je porte des talons, parfois très hauts, je peux passer une après-midi entière dans des magasins, parfois plus, je m’épile chaque semaine, parfois deux ou trois fois par semaine, j’ai eu des posters de mes acteurs préférés dans ma chambre pendant des mois, parfois des années, je « fangirle » sur tout et n’importe quoi, et surtout n’importe quoi, je pleure devant tous les films d’amour que je regarde, et devant tous les films tout court, et je pourrai continuer cette liste encore longtemps comme ça. Je crois que vous avez compris l’idée : apparemment, je suis une « femme clichée », qui prétend prôner les idées féministes mais se plie gentiment à tout ce que la société lui impose depuis sa naissance.

Moi, c’est exactement pour ça que je suis devenue féministe.

Parce que je veux pouvoir mêler vie professionnelle et vie familiale comme bon m’entend, parce que je veux pouvoir sortir le soir dans la rue sans trembler tellement j’ai la trouille de me faire agresser, je veux pouvoir boire de la bière en regardant les matchs de rugby sans qu’on me dise que je suis « un vrai mec », je veux pouvoir courir jusqu’à être toute rouge et pleine de sueur sans qu’on me dise que « c’est pas très féminin ». Mais à côté de ça, je veux aussi aimer les vêtements sans m’entendre dire sans cesse que « je suis bien une fille », je veux pouvoir pleurer devant un film qui m’émeut sans déclencher les rires et autres « naaaaan mais c’est mignon les filles sensibles », je veux pouvoir mettre une robe parce que JE me sens bien dedans et pas pour que des inconnus dans la rue approuvent la façon dont je m’habille. Vous comprenez l’idée ? Je veux pouvoir faire ce que je veux, quand je veux, où je veux.

Si ce que je veux est « masculin », je veux pouvoir le faire.

Si ce que je veux est « féminin », je veux pouvoir le faire aussi.

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En un mot, je veux qu’on me fiche la paix et qu’on me laisse vivre ma vie sans porter sans cesse de jugement. Et c’est très lié au féminisme, oui, même si vous en doutez. Parce que tous ces clichés auxquelles les femmes sont associées, c’est tout droit sorti d’un système patriarcal qui nous bouffe depuis des siècles. Et cela vaut autant pour les hommes que pour les femmes : je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu des mecs se moquer de celui qui avait pleuré « comme une meuf » devant un film comme si cela constituait une preuve de sa non-appartenance au genre mââââsculin. La société patriarcale nous oppresse, et elle oppresse plus encore les femmes que les hommes, mais elle nous oppresse tous.

Et le féminisme veut non seulement la combattre, mais en plus lui proposer un autre modèle. Une société dans laquelle chacun ferait ce que bon lui semblerait sans que l’on ne ramène sans cesse tout à son genre (oui, ce gros mot). Peut-être que tous ces trucs « de fille» je ne le ferai pas si j’étais née garçon. Mais peut-être que oui, aussi, tout comme je fais bien ces trucs « de garçon » en étant née fille. Et je ne pense pas que l’essentiel soit là : je sais que le maquillage (que je ne porte d’ailleurs pas), les vêtements et les talons étaient à l’origine des moyens de contrôler la femme. Ce n’est plus le cas maintenant. En tout cas, je fais en sorte que ça ne soit plus le cas. Si je porte des talons, c’est parce que j’en ai envie moi. Et ça ne m’empêchera pas de porter des baskets le lendemain.

Alors oui, je suis devenue féministe. Je suis féministe, et je le revendique.

On pourra me dire tout ce que l’on voudra, je dois subir au quotidien des remarques parfois stupides, parfois blessantes, parfois flippantes et parfois -souvent- les trois à la fois. J’ai une « chance » sur dix de me faire violer une fois dans ma vie -et encore, je ne vis pas en Inde. Je risque de devoir bosser trois mois de plus qu’un homme chaque année pour obtenir le même salaire à compétences égales si je rentre un jour dans le privé. Je m’entends dire à chaque fois que je suis « une grosse pute quand même » quand je sors dans la rue avec une jupe sans faire le moindre mal à personne. Je ne sors pas seule le soir parce que j’ai peur de me faire agresser -et puis, si je sors seule, je l’aurais bien cherché après tout ! Quand j’essaye de parler de mes combats, on me renvoie sans cesse à mon apparence physique plutôt qu’aux causes que je défends comme si je n’étais bonne qu’à faire pot de fleur. Et s’il me prend un jour l’envie de me lancer en politique pour « changer le monde », je m’entendrais très probablement dire que j’ai au moins couché pour en arriver là. Parce qu’on considère encore et toujours une femme par son physique bien avant de la considérer par quoi que ce soit d’autre -et surtout pas ses capacités intellectuelles.

Toutes ces raisons sont autant de bonnes raisons, pour moi, de m’être engagée. Et quand bien même ça n’en serait pas… Et bien je continuerais. Parce que certaines personnes ont un problème avec le féminisme. Parce qu’on cherche toujours à décrédibiliser cette cause, parce qu’on veut forcément qu’il y ait « une raison », et que d’abord si t’es féministe, c’est soit que t’es mal baisée, soit que t’es lesbienne, soit que t’as été violée et que, la chieuse aussi, tu t’en es plainte. Parce qu’on nous demande toujours de nous justifier. Et rien que ça, c’est pour moi une bonne raison de m’engager. On a eu des progrès, certes. En attendant, il faut encore se battre ne serait-ce que pour donner une légitimité à notre mouvement, comme si on n’avait pas déjà un milliard de preuves de cette légitimité ! Mais c’est ainsi : on admirera un engagement pour les Restos du cœur (et j’admirerai aussi, d’ailleurs), mais un engagement pour le féminisme, on s’en étonnera. Voire on le méprisera.

C’est comme ces gens, des amis très proches même, qui parfois te rabaissent sans même s’en rendre compte. Qui vont dire « Non mais Mirka, elle est très féminisme et tout ça » de ce putain de ton condescendant. Qui vont d’ailleurs résumer ta cause à « tout ça ». C’est comme ces gens qui, tout en s’évertuant à te monter par a + b que ton engagement est risible, vont prouver exactement le contraire mais vont quand même réussir à ne pas s’en rendre compte.

Alors, à tous ces gens, je vous dis que oui, moi je suis féministe.

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Et pour une fois, je vous retournerai bien la question. Parce qu’au fond, il me paraît bien plus étrange de ne pas être en faveur de l’égalité entre hommes et femmes que l’inverse.

Pourquoi vous, vous n’êtes pas féministes ?

7 personnalités avec lesquelles nouer une amitié

Récemment, j’ai lu un article que j’ai trouvé très amusant sur le blog de Buffy Mars (blog que je recommande absolument et dont je reparlerai sûrement !). Dans cet article, elle imaginait sept amitiés qu’elle pourrait nouer… avec des gens célèbres. L’idée m’a un peu prise de court puisque je me suis dit que je ne pourrai jamais choisir que sept personnalités, et qu’il y avait bien trop de gens que j’admirais pour pouvoir me décider entre eux. Finalement, à force de réfléchir à cette petite liste, et d’en réaliser quelques-unes, je me suis rendue compte que certaines personnes revenaient presque toujours. Ce sont elles que j’ai choisi de vous présenter, et qui feraient j’en suis certaine d’excellentes amitiés !

L’écrivain Albert Camus

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Parce que non seulement il s’agit de mon auteur favori, mais que je respecte également profondément l’homme -pas seulement l’auteur. J’adore lire, je pourrai passer ma vie à lire, mais je me rends compte que les auteurs qui me tiennent le plus à cœur sont aussi ceux dont j’admire l’engagement. Et je crois d’ailleurs que c’est pour cela que je préfèrerai toujours Camus à Sartre -bien que je reconnaisse l’immense talent littéraire de ce dernier. Camus est toujours resté fidèle à ses valeurs : lorsqu’il a pris connaissance des exécutions d’opposants en URSS, il a rendu sa carte au Parti communiste, lorsqu’il s’est vu refusé de combattre dans l’armée française face à l’Allemagne nazie, il s’est engagé en Résistance et ce dès 1942, jusqu’à prendre la tête de l’un des plus grands réseaux de Résistance en France. Il s’est également toujours engagé en faveur des Arabes, ce qui a fait de la guerre d’Algérie un véritable déchirement pour lui. Camus a vécu à une époque « absurde », en ceci que plus rien ne semblait avoir de sens : pourquoi la guerre, pourquoi les totalitarismes, pourquoi les génocides ? L’absurde, Camus en a fait sa philosophie et elle se retrouve dans toutes ses œuvres. Des œuvres que j’aime profondément, et derrière lesquelles on retrouve toujours cet engagement incroyablement fort de Camus : je connais des gens qui n’aiment pas L’Etranger, moi je trouve ce roman magnifique puisqu’il exprime bien toute l’absurdité d’une époque dans laquelle vivait alors Camus -celle de la seconde guerre mondiale. Si j’étais amie avec Camus, je pourrai lui poser tout un tas de questions sur son engagement, et peut-être que lui m’encouragerait à poursuivre mon propre engagement, aussi. Il serait une de ces amitiés qui vous tirent vers le haut, qui vous apportent énormément de choses et vous améliorent en tant que personne.

 

L’actrice et militante Emma Watson

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Emma Watson et moi, c’est une longue histoire. Hermione Granger ayant été dans un premier temps mon personnage favori dans Harry Potter, je ne pouvais qu’adorer l’actrice l’incarnant. Je me suis ensuite tournée vers d’autres personnages et ai d’ailleurs trouvé plus d’une fois que la Hermione des films ne correspondait pas du tout à celle des livres -en mal. Pourtant, j’ai continué à admirer Emma. Je trouvais incroyable sa volonté de toujours faire ce qu’elle avait décidé. Lorsqu’elle est allée à l’Université, je l’ai trouvé très forte et très fidèle à ses idées, elle aussi, parce qu’avec sa fortune elle aurait certainement pu s’en passer mais elle avait toujours dit qu’elle le ferait et surtout, qu’elle voulait le faire. Alors, quand elle a voulu s’engager pour la cause des femmes, je n’ai bien évidemment pu qu’approuver. Avec Emma, je parlerais de longues heures durant du féminisme, de la campagne HeForShe, de ses modèles féminins. Et puis, je lui demanderais quelques petits conseils vestimentaires, aussi -elle s’habille toujours tellement bien.

 

L’écrivain Emile Zola

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Emile Zola, c’est un petit peu l’équivalent de Dieu pour moi. Il est mon auteur favori avec Camus. D’ailleurs, ça n’a pas été facile de choisir qui, de Camus ou de lui, devait apparaître en premier étant donné que Zola aussi a un engagement très fort et que je respecte profondément. On peut penser bien sûr à sa prise de position en faveur de Dreyfus et du fameux J’accuse. Moi, je pense plutôt à son œuvre littéraire, à sa célèbre série des Rougon-Macquart à travers laquelle il s’attache à décrire la vie des petites gens. Bien sûr, ses romans sont loin d’être joyeux et de toujours donner une image positive des ouvriers. Mais lui, il en parle. Combien de siècles a-t-il fallu attendre pour que les romans s’intéressent à ceux qui constituent l’immense majorité de la population ? Et puis, on dira ce qu’on veut, Germinal est tout de même une œuvre magnifique pour les ouvriers -et autant dire que dans les Rougon-Macquart, les bourgeois en prennent ainsi pour leur grade et bien plus que les ouvriers, même. J’aime lire des romans de Zola, je trouve son écriture magnifique et je déteste que l’on me dise « Oui mais Zola y’a pas d’histoire c’est que du style » alors que c’est parfaitement faux -et j’aimerais bien savoir si ceux qui disent ça ont déjà vraiment lu un Zola. Evidemment que certains de ses romans sont mieux que d’autres. Mais il y a presque toujours une intrigue qui me permet de dévorer les pages pour connaître le destin de ses incroyables personnages. Je lis le cycle des Rougon-Macquart dans l’ordre et pour l’instant, mes favoris sont Le ventre de Paris, La faute de l’Abbé Mouret et Germinal. Si vous avez un petit moment un de ces jours, je vous les recommande vivement.

 

L’actrice Audrey Hepburn

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Audrey Hepburn, c’est un petit peu ma référence absolue en matière de mode. Son style est absolument intemporel et je serais ravie si je pouvais un jour ne serait-ce que lui arriver à la cheville. Elle est d’une simplicité déconcertante mais avec ce petit truc qui la démarque des autres, cette élégance qui la caractérise si bien. Audrey Hepburn, elle orne chaque mur de mon appartement et j’adorerais discuter vêtements avec elle rien qu’une fois. On pourrait peut-même regarder ensemble Diamants sur canapé, elle me raconterait des anecdotes du tournage de ce superbe film, je pleurerais lorsque son personnage abandonnerait Chat puis mes larmes de tristesse se transformeraient en larmes de joie lorsque Chat la retrouverait avec son amour et que cette fin heureuse s’afficherait sur mon écran.

 

L’écrivaine J.K. Rowling

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Elle, c’est une évidence parce que je lui dois un peu tout. Je ne me rappelle pas des quelques livres que j’ai pu lire avant Harry Potter. Je sais que je lisais, parce que mes parents m’y encourageaient, sans être vraiment tombé sur le livre. Jusqu’à ce que je lise Harry Potter à l’école des sorciers. J’avais sept ans, huit peut-être, et J.K Rowling a fait quelque chose d’incroyable : elle m’a donné le goût de la lecture. Quand je dis que Harry Potter a changé ma vie, ce n’est pas une exagération. Grâce au petit sorcier, j’ai aimé lire, j’ai appris à dévorer les livres et à m’imaginer vivre ces histoires que je lisais. Et puis, peut-être plus important encore, j’ai écrit grâce à Harry Potter. Je crois que ma première histoire était une suite de la série, en attendant le sixième ou le septième tome. Je ne m’en rappelle plus vraiment. Ce que je sais, c’est que j’écris toujours aujourd’hui. Et qu’avant mes 18 ans, j’ai écrit et fait publier un roman. C’est quelque chose d’incroyable que je n’aurai jamais pu faire sans elle. Aujourd’hui encore, je continue à écrire sur Harry Potter -je suis inscrite sur une site dédié à la fanfiction HP et j’y ai plus de 100 histoires. Je crois que je harcèlerais cette chère J.K. Rowling de questions si jamais nous venions à devenir amies : et je lui ferai part de mes propres histoires sur son univers, de l’avenir que j’ai imaginé pour certains personnages. Je crois que cela lui ferait plaisir. Et peut-même qu’elle aurait alors l’envie d’écrire de nouvelles histoires, qui sait…

 

Le politique Jean Monnet

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Son nom détonne peut-être un peu au milieu des autres -encore que. Je ne pense pas que par personnalités, beaucoup de gens entendraient personnalités politiques et pourtant, je crois que je lui dois un peu ma vie actuelle, à Jean Monnet. Pas seulement à lui, certes, mais en grande partie quand même. Si on célèbre l’Europe le jour anniversaire de la déclaration Schuman, on précise peut-être moins que cette déclaration a été en grande partie inspirée par Monnet. Jean Monnet, c’est l’un des pères fondateurs de l’Europe, l’un de ces hommes grâce auxquels je peux aujourd’hui m’envoler pour Cracovie sans passeport aucun, discuter avec des Berlinois sur la Alexander Platz, profiter des paysages splendides de Florence et me rêver un avenir à Prague. Jean Monnet, c’est l’un de ces hommes grâce auxquels se dire Européen a un sens et qui m’a donné un double, si ce n’est une multiple nationalité : je suis Française, mais je suis aussi -et peut-être surtout- Européenne. Cela ne veut pas dire que j’approuve l’Union européenne telle qu’elle se construit aujourd’hui -loin de là. Mais je crois en un projet européen, j’ai un idéal européen, et je pourrais en discuter des heures avec Monnet si nous étions amis -en espérant qu’il me donne des conseils pour construire une Europe plus belle encore.

 

L’écrivaine et journaliste Milena Jesenská

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Milena Jesenská est une écrivaine et journaliste tchécoslovaque, qui n’est guère connue et dont vous avez peut-être déjà entendu parler par le biais de Kafka : elle était son amante et ils échangèrent une incroyable correspondance. Milena vécut dans la première moitié du XXème siècle et elle est un peu tout ce que j’admire : elle fit ses études au lycée de jeunes filles Minerve à Prague, un lycée fondé par des féministes et dont le but était de permettre l’émancipation des femmes. Femme de lettres, elle devint journaliste en 1920 ce qui était à l’époque encore peu courant pour une femme. Entre 1938 et 1939, elle prit même la direction d’un magazine politique et culturel. Lorsque la Tchécoslovaquie fut envahie par les Allemands, elle entra en Résistance. Arrêtée dès 1939, elle fut déportée à Ravensbrück où elle perdit la vie en 1944. Il s’agit là encore d’une femme de convictions qui est allée jusqu’au bout de son engagement -au point d’y sacrifier sa vie. Elle aimait d’ailleurs profondément sa Tchécoslovaquie et a traduit de nombreuses œuvres en tchèque. Je pense que la première chose que je lui dirai si nous devenions amies serait à quel point j’admire son courage et la force avec laquelle elle a porté ses convictions jusqu’à la toute fin.

Et vous, quelles personnalités inviteriez-vous à dîner un de ces soirs ?