Ma première année à Sciences Po

J’y réfléchissais depuis un moment sans trop savoir si cela avait vraiment sa place ici. Mais depuis que j’ai décidé de recentrer un peu ce blog sur ce qui me tient réellement à cœur, faire un article sur Sciences Po me paraît être quelque chose de naturel. Cet endroit est mon espace personnel, un espace où j’entends parler de tout ce à quoi j’accorde de l’importance, et mes études en font assurément partie. En décidant d’écrire un article sur la Suède, j’avais d’ailleurs déjà dans l’idée de me référer quelques peu à mes études, puisque celles-ci sont centrées sur l’Europe.

Sur Twitter, je n’ai jamais caché faire mes études à Sciences Po et je me suis souvent amusée des réactions que cela pouvait parfois susciter. Lorsqu’une partie de la fachosphère m’est tombée dessus au moment des drames de Cologne, certains ont cru pouvoir se servir de mon appartenance à cette école contre moi. Ce qui était d’ailleurs assez drôle, c’est que leurs arguments étaient très divergents. Pour certains, ma pensée de « bobo tarée » découle directement de Sciences Po et est bien la preuve que cette école est dangereuse. Pour d’autres au contraire, mes idées ne devraient pas avoir leur place dans une école comme Sciences Po et je ne mériterais donc pas d’en faire partie. Autant certaines insultes ont pu me faire du mal, autant ces remarques me sont passées à trois mille kilomètres au-dessus de la tête et m’ont plus fait rire qu’autre chose. Mais j’en ai quand même retiré l’impression que l’on nourrit toujours toutes sortes de fantasmes à propos de Sciences Po et comme j’envisageais déjà de parler de mes études auparavant, je me suis dit que ça pourrait être une bonne occasion.

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Mon parcours scolaire

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais revenir brièvement sur mon parcours scolaire. A l’âge de sept ans, j’ai décrété que je deviendrais vétérinaire parce que j’adorais les animaux. Ce n’était sans doute pas la motivation la plus profonde qui soit, mais c’est un projet qui a malgré tout perduré jusqu’en seconde. En fait, je me suis rendue compte très vite que les matières me passionnant étaient les matières littéraires tandis qu’au contraire, tout ce qui était scientifique me rebutait. Mes parents sont des professeurs d’histoire-géographie et j’ai grandi dans un milieu où la culture a une place très importante, où l’on parle littérature, cinéma, musique ou art régulièrement que ce soit avec ma famille, mes parents ou leurs amis et ça a beaucoup joué là-dedans. En plus, j’ai été très vite naturellement portée sur l’écriture puisque j’ai commencé à écrire des histoires pratiquement dès que j’ai su lire. En seconde, j’ai fini par me dire que les études scientifiques pour devenir vétérinaire ne me plairaient vraiment pas et que je ne voulais pas renoncer aux sciences humaines, d’autant que j’ai beaucoup apprécié l’initiation à la sociologie et à l’économie et que j’étais aussi déjà très portée sur la politique. Je me suis donc orientée vers une première économique et sociale mais sans plus savoir quoi faire ensuite. Comme je voulais étudier le plus de matières possibles, on a commencé à me parler de Sciences Po et mes parents comme mes professeurs m’ont beaucoup encouragée dans cette voie, notamment mon professeur de français de première à qui je dois énormément. Si on ne m’en avait pas parlé, je n’aurais sans doute jamais envisagé Sciences Po puisque j’avais bien trop peu de confiance en moi pour « oser » imaginer intégrer cette école -dont je me faisais d’ailleurs une image assez stéréotypée. Puis, à force de recherches, j’ai réalisé que Sciences Po était réellement ce qui me plairait le plus compte tenu de mes attentes, de mon désir de pluridisciplinarité et de mon souhait d’étudier à l’étranger -la troisième année à Sciences Po se fait obligatoirement à l’étranger. J’ai donc candidaté, ai été accepté sur dossier et donc dispensée des épreuves écrites, ai passé un oral en mai qui s’est très bien déroulé et appris le 27 juin 2014 que j’étais acceptée… à Dijon.

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La spécificité dijonnaise

En faisant mes recherches sur Sciences Po, j’ai découvert quelques petites subtilités parmi lesquelles cette fameuse distinction entre Sciences Po et IEP… mais aussi l’existence de campus décentralisés relevant de Sciences Po mais ne se situant pas à Paris. Je n’en avais jamais entendu parler avant et je me suis donc renseignée sur chacun de ces campus. Tous les campus délocalisés sont axés sur une zone géographique tandis que le campus parisien est plus général. Ce côté général ne me dérangeait pas outre-mesure, mais j’aimais bien l’idée de me spécialiser particulièrement sur une zone précise et, tout en ayant des enseignements très variés, de commencer à faire des choses plus concrètes. J’ai rapidement éliminé tous les campus à l’exception d’un seul : le campus dijonnais. Le Havre et Reims ne m’intéressaient pas, Menton et le campus Europe-Afrique m’attireraient sans doute plus aujourd’hui mais ce n’était pas le cas il y a un an et demi, Poitiers ne me branchait pas plus que ça d’autant que je n’avais pas vraiment envie de continuer l’espagnol, et Nancy aurait pu me plaire mais nécessitait d’avoir déjà un bon niveau d’allemand, ce que je n’avais pas. Restait donc Dijon, mais la question ne s’est jamais vraiment posée de toute façon. Dijon est le campus de l’Europe centrale et orientale, et plus largement de l’Union européenne. J’ai beaucoup voyagé en Europe, et j’ai toujours adoré tout ce que j’ai vu. J’ai ainsi très tôt été passionnée par la culture européenne, chaque nouvelle ville ou région découverte m’enthousiasmait et de cela a découlé un très grand intérêt pour la question européenne. Dès le lycée, je me suis beaucoup penchée sur les questions européennes et même si je n’étais pas vraiment d’accord -et le suis aujourd’hui encore moins- avec la façon dont l’UE se construisait, je croyais en un projet européen, j’y croyais réellement mais ne le voyais porté par personne, ou du moins pas par les dirigeants alors à la tête de l’Europe. J’avais donc envie de faire quelque chose au niveau européen, de mettre en pratique mes idées, mes projets, notamment concernant les droits des femmes au niveau européen ou la valorisation de la culture et la défense d’un meilleur accès à celle-ci pour tout le monde –oui, j’étais idéaliste. Je ne voulais pas faire de politique, je me suis politisée très jeune mais j’ai toujours su que je ne ferai jamais une carrière politique, c’est un monde qui ne m’attire pas du tout. Mais je voulais travailler au niveau européen -et je l’envisage toujours, mais j’envisage plus de possibilités toutes très différentes les unes des autres aujourd’hui, ce qui ne m’inquiète pas pour l’instant parce que j’ai encore le temps de me décider donc j’y reviendrai plus tard. Enfin, parmi tous les voyages que j’ai pu effectuer, un m’a particulièrement marquée : mon voyage à Prague. Je n’y suis restée qu’une semaine mais suis littéralement tombée amoureuse de cette ville. C’était en 2012 et je me suis dit que j’y reviendrai un jour, coûte que coûte. Presque quatre ans plus tard, ce souhait n’est plus très loin de se réaliser et cela me suffit à dire que Dijon était le meilleur choix possible pour moi.

Sciences Po représentait beaucoup de choses à mes yeux : c’était devenu l’école de mes rêves et la seule formation, parmi toutes celles pour lesquelles j’ai postulé, à me faire véritablement et totalement envie. La double-licence à la Sorbonne en histoire et sciences politiques dans laquelle j’étais acceptée me plaisait beaucoup, comme pas mal d’autres formations, mais je n’avais eu pour aucune d’entre elles le coup de cœur éprouvé pour Sciences Po. D’un point de vue plus personnel, j’attendais aussi beaucoup de ce nouveau départ à Dijon, loin de chez moi. J’ai été très malheureuse au collège et pas beaucoup plus épanouie au lycée. J’espérais enfin me sentir à ma place quelque part, enfin me débarrasser de ma timidité maladive et être capable de me faire des amis dans un endroit où je ne connaissais absolument personne. J’attendais énormément de Sciences Po, et si ma première année ne s’était pas bien déroulée, je crois que ça aurait un coup extrêmement dur à surmonter… mais ça n’a pas été le cas.

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Le premier semestre

Le premier semestre n’a pas été le plus évident concernant le travail. Avant toute chose, je dois dire que le fameux « A Sciences Po, le vrai travail c’est pour y entrer et après, tu fais plus rien » est complètement faux, à Dijon en tout cas. J’ai très vite eu énormément de travail, bien plus qu’au lycée et au début, ça m’a posé quelques problèmes d’organisation. Par ailleurs, la méthodologie change beaucoup de ce que l’on a appris au lycée. Les étudiants français sont plus favorisés que les étudiants étrangers mais les professeurs ont des attentes bien plus exigeantes que les professeurs de lycée. Nos plans sont beaucoup plus élaborés et nos problématiques plus recherchées aussi. Nos travaux doivent maintenant s’appuyer sur des ouvrages sérieux et parfois nombreux, et il ne suffit plus d’utiliser son cours. On doit obligatoirement faire des recherches à côté, d’autant que dans beaucoup de matières, on faisait l’exposé avant d’avoir eu le cours dessus, donc c’est à vous de vous faire le cours et de faire que vos camarades qui n’ont pas effectué votre travail de recherche soient capables de vous suivre. Le rythme est donc bien plus soutenu qu’au lycée et le travail est surtout très différent, beaucoup plus personnel et demandant une bien meilleure organisation.

Honnêtement, le premier semestre ne m’a pas franchement enthousiasmé au niveau des cours mais ça, c’est purement subjectif. Objectivement, la qualité des cours était très bonne et j’ai appris énormément de choses passionnantes. Subjectivement, les matières étudiées ne sont pas révélées être des matières pour lesquelles j’avais des affinités particulières. Mes cours étaient les suivants : institutions politiques comparées, c’est-à-dire du droit constitutionnel, de la microéconomie, l’histoire de l’Europe et les affaires de l’Union européenne. S’ajoutaient à cela un cours d’anglais et surtout un cours de tchèque. A Sciences Po, le volume horaire d’une langue dépend de notre niveau dans celle-ci. Les étudiants français ne parlant pas au moins une langue d’Europe centrale et orientale sont obligés d’en choisir une parmi le tchèque, le polonais ou le hongrois. A un niveau débutant, pour une langue d’Europe centrale et orientale, on a six heures de cours par semaine. Tous les matins sauf le vendredi, j’avais donc 1h30 de tchèque. Enfin, on doit obligatoirement s’investir dans un projet collectif, qui est projet mené par les étudiants, pouvant s’incarner dans une association, et dans lequel notre investissement est évalué tout au long de l’année et crédité à la fin du second semestre. Personnellement, j’ai choisi de m’engager pour les Jeunes Européens, une association qui cherche à promouvoir l’idée européenne notamment auprès des jeunes. A Dijon, ça se traduisait notamment par des interventions scolaires de deux heures pour présenter l’Europe aux élèves.

Le droit et l’économie ne m’ont pas du tout plu. En filière économique et sociale, je me suis rendue compte assez vite que j’avais une préférence pour la sociologie mais à Sciences Po, ça s’est avéré très net. J’ai trouvé la microéconomie beaucoup trop mathématique, je devais énormément travailler pour comprendre à peine la moitié du cours et j’ai eu 7 à mon examen final -ce qui m’aurait désespéré au lycée mais m’a ici plutôt laissé de marbre. Quant au droit, je n’ai pas vraiment accroché non plus. Je dirais que c’est probablement trop rigide et quelque part, trop logique pour moi -ce n’est pas pour rien que j’avais du mal en mathématiques. Cela dit, encore une fois, ça n’enlève rien à la qualité de ces cours qui était incontestable et qui m’a permis de me doter d’une culture générale bien plus solide. Et heureusement, certaines matières me plaisaient quand même beaucoup. L’histoire, bien sûr, mais les affaires de l’UE également, qui permettent d’aller nettement plus loin que les quelques bases acquises au lycée et de mieux comprendre la logique de fonctionnement de l’UE. Le tchèque s’est révélé particulièrement difficile, ne ressemblant à absolument rien de ce que je connaissais, mais j’étais tellement contente à l’idée d’enfin l’étudier et de commencer ainsi, lentement mais sûrement, à me préparer pour emménager à Prague que je suis restée assez enthousiaste tout au long du semestre.

Le semestre a globalement été assez stressant, notamment pour le droit et la microéconomie qui me demandait un travail vraiment très important. Jusqu’au bout, j’ai d’ailleurs eu peur de ne pas valider le droit. En microéconomie, je suis parvenue à arracher une moyenne de conférence suffisamment élevée pour ne pas m’inquiéter outre-mesure de l’examen final et grand bien m’en a pris. A Sciences Po, le contrôle continu compte pour 2/3 de la note finale. C’est bien au sens où on ne joue pas tout sur notre examen final, mais cela demande par contre de travailler sérieusement tout au long du semestre pour ne pas avoir de sueurs froides à la veille des examens. Ma moyenne de droit n’était ainsi pas très élevée et j’ai dû attendre les résultats du semestre, qui n’arrivent en plus que très tard vers la fin février -alors que l’on passe nos examens en décembre-, pour arrêter de me stresser avec ça.

Sur un plan plus personnel, par contre, ça a été un premier semestre extrêmement positif. L’intégration s’est très bien passée. Débarquer dans une école où vous ne connaissez personne est assez flippant au début, mais comme tout le monde est dans le même cas que vous, on relativise vite. En plus, les étudiants de deuxième année prennent très bien en charge les nouveaux. On se fait attribuer un parrain ou une marraine dès le début de l’été à qui on peut poser toutes nos questions. Pendant notre semaine de pré-rentrée où l’on rencontre nos professeurs, les deuxième année organisent des activités tous les soirs pour que l’on fasse connaissance et le premier week-end, nous le passons tous ensemble à camper au bord du lac Kir, à faire du sport, à nouer des liens et à faire la fête. En une semaine à Sciences Po, je me suis sentie plus intégrée qu’en trois ans au lycée et c’est en plus renforcé par la taille très humaine de l’établissement. Nous ne sommes pas même 200 étudiants, on connaît très vite tout le monde, l’administration nous connaît bien aussi et on est très encadrés. Les professeurs, aussi exigeants puissent-ils être, sont la plupart du temps très à l’écoute -en tout cas, pour ce qui m’a concerné.

N’étant pas de nature très extravertie, j’ai relativement peu participé à la vie nocturne du campus, préférant souvent le calme de mon petit appartement aux nombreuses soirées organisées, mais ça ne m’a pas empêché de me sentir parfaitement à ma place. Je me suis engagée dans beaucoup de projets qui m’ont permis d’échanger avec plein d’étudiants différents. Contrairement au lycée, les groupes d’amis ne sont pas définis et figés pratiquement tout au long de l’année. Bien sûr, on a plus ou moins d’affinités avec certaines personnes, mais on peut très facilement discuter avec des gens très différents du matin au soir. Sciences Po mettant aussi beaucoup l’accent sur le travail en groupe, on se retrouve fréquemment à devoir travailler des exposés avec des gens différents et ça aide aussi à ne pas rester sans cesse avec les mêmes personnes. Les projets collectifs sont aussi là pour nous rapprocher, puisqu’ils mélangent les étudiants de première et de deuxième année et qu’on n’y retrouve jamais exactement les mêmes que dans nos conférences. Moi qui étais incapable d’adresser la parole sans bafouiller à quelqu’un qui n’était pas mon ami au lycée, je me suis retrouvée à pouvoir discuter de tout et de rien avec n’importe qui.

Enfin, s’il n’y avait vraiment qu’une chose à retenir de cette école, c’est l’incroyable diversité culturelle qu’elle offre. Notre petit campus de moins de 200 étudiants comprend près d’une quarantaine de nationalités différentes, très majoritairement d’Europe mais aussi d’autres endroits du monde. Et c’est formidablement enrichissant. Beaucoup de projets collectifs se construisent d’ailleurs autour de cette multiculturalité : le projet « Goûtons l’Europe » organisait ainsi fréquemment des repas avec des recettes d’Europe centrale et orientale, tandis que le groupe des danses folkloriques nous présentaient ses danses traditionnelles lors des évènements du campus. En prenant votre déjeuner le midi, vous pouviez entendre parler des dizaines de langues différentes et si c’est un peu perturbant au début de ne rien comprendre à ce que les gens disent autour de vous, ça devient vite quelque chose de génial. Maintenant en deuxième année, je suis toujours aussi fascinée par toutes ces langues et ne peux que regretter de ne pas toutes les parler -mais le tchèque me donne déjà suffisamment de travail !

C’est un premier semestre qui est donc passé relativement vite, même si certains moments m’ont paru long, notamment en novembre où la fatigue accumulée depuis la rentrée à la fin du mois d’août commençait à se faire ressentir. J’étais aussi pour la première fois loin de chez moi, et même si je l’avais voulu et que je restais bien moins éloignée que beaucoup d’étudiants, ma famille me manquait beaucoup. Quand les vacances de Noël sont arrivées, ça a donc été un vrai soulagement d’autant que celles-ci durent plus d’un mois à Sciences Po. J’en ai profité pour me reposer, retrouver ma famille… et partir en voyage à Cracovie en janvier avec l’une de mes premières amies dijonnaises, chez un ami que je connaissais du lycée et qui faisait maintenant ses études en Pologne. Comme quoi, même éloignée du campus, son identité restait profondément ancrée en moi et j’étais plus que jamais certaine de ne pas m’être trompée de voie.

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Le deuxième semestre

Le deuxième semestre m’a beaucoup plus plu que le premier sur le plan scolaire. Techniquement, je crois que j’avais plus de travail puisque les cours ont été plus nombreux, mais je ne l’ai pas du tout ressenti ainsi. Pratiquement tous les cours m’ont en effet passionnée et j’ai donc beaucoup moins fait attention au temps que je pouvais passer à les travailler. Pour ce semestre, j’avais donc trois matières fondamentales : l’histoire de l’Europe au XIXème siècle, la macroéconomie et la science politique. J’avais en plus un cours de sociologie et toujours de l’anglais et du tchèque. Enfin, j’ai dû choisir deux enseignements d’ouverture parmi une dizaine. Les enseignements d’ouverture sont beaucoup moins généraux que les cours fondamentaux, certains sont même sur des questions très précises mais réellement passionnantes. Je me suis d’ailleurs décidé pour un enseignement très ciblé sur les enjeux de la révolution ukrainienne. J’ai aussi choisi un cours analysant les transformations politiques et sociales en Europe centrale et orientale à travers le prisme du genre –un cours fait pour moi. Globalement, aucune matière ne m’a posé problème ce semestre. La macroéconomie m’a paru moins compliquée que la microéconomie, même si ça ne restait toujours pas ma matière favorite. L’histoire m’a passionnée, comme toujours, et j’ai adoré le cours de science politique. J’ai été moins enthousiasmé par la sociologie, mais ça ne m’a jamais dérangé d’assister au cours. Et j’ai totalement adoré mes deux enseignements d’ouverture : celui sur l’Ukraine qui m’a permis de mieux comprendre le conflit qui se jouait, et celui sur le genre qui m’a appris énormément de choses sur la condition féminine dans les sociétés d’Europe de l’est depuis le XIXème siècle. Ces deux cours ont été passionnants et j’y ai d’ailleurs eu d’excellents résultats, ce qui m’a beaucoup remotivée après un premier semestre validé mais sans toutefois obtenir de notes satisfaisantes à mon goût.

Le travail était toujours bien présent mais non seulement j’étais bien plus volontaire à l’effectuer, et je crois en plus que je commençais réellement à « prendre la main », à mieux m’organiser, à prendre deux fois moins de temps qu’avant pour élaborer un plan et à faire des recherches plus efficacement. J’ai donc beaucoup moins eu la sensation d’être débordée, même si certains moments restaient plus stressants que d’autres et qu’il m’arrivait encore d’être déçue par certaines notes. Le cours de tchèque est aussi devenu plus difficile, nous n’en étions plus aux petites phrases basiques de débutants mais nous attaquions sérieusement à la grammaire tchèque et à ses multiples subtilités dont certaines m’échappent d’ailleurs encore aujourd’hui -mais je me suis accrochée. Dans l’ensemble, j’ai fait un très bon deuxième semestre. Ça n’a pas été excellent, je n’ai pas fait partie des élèves ayant obtenu une mention en faisant partie des 10 ou des 2% les meilleurs, mais j’ai été très satisfaite de mon travail à titre personnel ce qui n’était pas le cas au premier semestre. Du coup, j’ai aussi beaucoup plus profité de mes cours, de ce que j’apprenais, j’ai pris beaucoup plus de plaisir à étudier et à faire des recherches complémentaires. Je crois que j’ai été dans un bien meilleur état d’esprit, d’une part parce que j’adorais les cours et d’autre part parce que je gérais beaucoup mieux mon temps.

J’ai aussi davantage profité de ma vie d’étudiante et pas seulement sur le plan scolaire. De ce point de vue, l’année a pourtant mal commencé : je m’étais inscrite en club d’athlétisme en septembre, dans la continuité de mes trois précédentes années d’athlétisme, mais je me suis blessée aux ligaments du genou droit à peine une semaine après la reprise en janvier. L’athlétisme était mon exutoire, au premier semestre, le moment où je pouvais me défouler et ne penser qu’à moi. J’ai de toute façon un rapport très particulier avec ce sport puisqu’il m’a beaucoup permis d’apprendre à accepter mon corps et de me débarrasser de mes troubles du comportement alimentaire. J’ai donc pensé que le semestre allait être horrible sans athlétisme, mais il n’en a rien été même si ça m’a sincèrement manqué. J’ai quand même profité, je suis allée faire mes séances de kiné de bon cœur et malgré le temps que ça me prenait, et je me suis débrouillée pour faire un peu de sport dans mon appartement ne nécessitant pas de recourir à mon genou.

Le deuxième semestre a surtout été pour moi le moment où j’ai commencé à affirmer plus clairement mes idées. Si j’ai appris à laisser ma timidité de côté au premier semestre, je n’étais pas non plus une personne prenant forcément part aux débats et affirmant haut et fort ses opinions. Mais à Sciences Po, on aime bien débattre de tout et n’importe quoi et à force d’écouter les autres parler, j’ai commencé à m’y mettre à mon tour. Le fait que j’étais beaucoup plus organisée, plus confiante en moi et moins stressée qu’au premier semestre a sans doute beaucoup joué là-dedans. J’ai donc commencé à revendiquer mon féminisme, et c’est au deuxième semestre qu’est née l’idée de créer un projet collectif féministe sur le campus dijonnais où ça me paraissait manquer cruellement. J’en avais déjà parlé à une amie, lors de la semaine d’intégration, parce que je l’accueillais le temps que son appartement se libère et qu’elle s’est avérée être féministe comme moi, mais à l’époque je ne pensais pas forcément donner suite à cette idée. Finalement, ça m’est revenu et avec cette amie et mon copain, on a commencé à envisager sérieusement l’idée. On s’est renseigné sur les projets féministes qui existaient sur le campus parisien et on a été séduit par Politiqu’elles, dont on a contacté la co-présidente qui nous a donné son feu vert pour créer l’antenne dijonnaise. On a eu la confirmation au moment de la campagne HeForShe, et ça a été notre première action sur le campus d’ailleurs -prendre en photo le maximum d’étudiants avec la pancarte. Le projet allait attendre l’année suivante pour exister officiellement mais on y travaillait déjà et cette action nous a permis de faire un peu de pub auprès des futurs première année qui seraient amenés à choisir un projet à leur tour.

La fin du semestre a été particulièrement agréable, il a fait très beau à partir du mois d’avril et j’ai pu profiter davantage de la ville, la découvrir un peu mieux et surtout faire de longues promenades au lac Kir. Qui dit fin de l’année dit aussi gala de fin d’année : le 21 mai, on se retrouve tous en tenues de gala pour célébrer la fin de l’année, manger et faire la fête tous ensemble. On en profite pour faire de jolies photos tous ensemble sur tapis rouge, ce qui est terriblement cliché en soi mais je suis une fille terriblement clichée et pas mal de ces photos sont aujourd’hui accrochées sur les murs de mon appartement -et oui, j’ai un peu eu l’impression de réaliser un rêve de gamine en allant à un gala dans une jolie robe avec mon copain et mes amis, et je vous zut.

Je n’ai pas participé au Minicrit, qui est une compétition sportive et artistique réunissant tous les campus de Sciences Po à la fin de l’année et s’étalant sur quelques jours. Cette année-là, elle se déroulait à Nancy. Je n’en avais pas spécialement envie pour une simple question de caractère. J’aime bien être entourée, mais pas trop non plus, j’apprécie -beaucoup- -beaucoup beaucoup- le calme et je n’aime pas vraiment faire la fête, pas trois jours d’affilée en tout cas -dit comme ça j’ai l’air d’une fille terriblement ennuyeuse mais ne vous en faîtes pas, je vous assure que je m’éclate très bien dans ma vie. L’ambiance avait l’air vraiment géniale mais je n’ai pas regretté de ne pas y être allée, j’ai profité de Dijon pendant ce temps sans avoir le moindre travail à faire ou examen à me soucier et je suis ensuite retournée chez moi pour l’été. Par contre, je pense participer au Minicrit de cette année puisqu’il s’agira déjà du dernier et qu’après cela, notre promo ne sera plus jamais parfaitement réunie. Et même si je sais déjà que j’en serai nostalgique, je sais aussi que la suite sera sans doute toute aussi belle parce que même si on ne se verra plus aussi souvent que dans notre cocon dijonnais, on va tous partir à l’étranger, réaliser nos rêves et découvrir ensuite la vie parisienne pour au moins deux ans.

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Et après ?

J’attendais énormément de Sciences Po, et pourtant je n’attendais peut-être pas autant. Au cours de cette première année, je me suis épanouie comme jamais, je me suis fait des amis géniaux, j’ai rencontré des gens extraordinaires, j’ai développé des projets, j’ai appris énormément de choses, scolairement mais aussi sur moi. J’ai appris à m’assumer, j’ai appris à aller au bout de mes idées, j’ai appris à être fière de moi, un peu. Tout est très loin d’être rose, j’ai encore des moments de doute, des moments où j’ai l’impression de renouer avec de vieux problèmes, des moments où je me dis que je ne suis qu’une bonne à rien et où je ne crois plus en rien. Mais j’ai appris à mieux gérer ces moments, grâce à mes proches, grâce aux réseaux sociaux sur lesquels j’ai rencontré des gens formidables et pu m’assumer telle que j’étais, mais aussi grâce à Sciences Po qui est le premier endroit autre que mon cercle familial où j’ai eu la sensation d’être exactement là où je devrais être.

Alors au fond, on peut bien me dire ce que l’on veut à propos de mon appartenance à Sciences Po, je m’en moque éperdument. Je sais que mon école n’est pas parfaite, je sais qu’elle reste trop peu représentative de la population dans son ensemble, je sais que j’y suis sans doute rentrée pour très grande partie grâce à mon milieu socio-culturel. Mais je sais aussi qu’elle m’a appris énormément de choses, qu’on y travaille -et oui- beaucoup, et que sans elle je n’aurais pas la chance de connaître autant de cultures différentes aujourd’hui.

Et je sais que je m’y sens bien et que pour rien au monde je ne voudrais être ailleurs.

Je voulais donner à travers cet article un aperçu de ce qu’était la scolarité sur le campus dijonnais de Sciences Po, je crois au final m’être beaucoup trop emballée et je ne sais pas si cela intéressera grand-monde mais je tenais vraiment à l’écrire, parce que cette école m’a tellement apportée. Si cela intéresse certains, je pourrais faire un article plus spécifique sur la façon dont je suis entrée dans cette école. En attendant, s’il y a un truc qui me paraît vraiment important dans tout ça… c’est qu’il ne faut pas hésiter à faire ce qu’on aime. Ça paraît très facile de dire ça en étudiant à Sciences Po, et ça l’est sans doute. Mais j’ai aussi dû rencontrer quelques obstacles en chemin. On m’a plusieurs fois demandé pourquoi je voulais aller « m’enterrer en province » plutôt que de profiter de Paris et de son incroyable offre culturelle. On m’a aussi beaucoup demandé pourquoi je ne me candidatais pas pour des classes préparatoires au cas où je n’aurais pas Sciences Po et mettais « simplement » une université en premier choix sur APB. Je voulais aller à Dijon, je savais que le programme était ce qui me convenait le mieux et la suite m’a donné raison. Je ne voulais pas aller en prépa, et je savais que si je n’avais pas Sciences Po, l’université serait ce qui me plairait le mieux -et à propos de l’université, lisez cet article de Buffy Mars si vous doutez que cela puisse être tout aussi génial qu’une classe préparatoire. Ce n’est pas aux autres de décider de ce qui est bien ou pas pour vous et de toute façon, quoi que vous choisissiez au final, il y aura toujours des gens pour le remettre en question alors autant faire quelque chose qui vous plaira vraiment et leur donnera tort.

Sur ce, je vais arrêter là cet article beaucoup trop long déjà. Et vous souhaitez tout le meilleur possible, sous quelque forme qu’il s’incarne à vos yeux, parce que vous le méritez.

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