Non, la violence n’est pas romantique

TW : violences, violences conjugales, viol

Depuis que mon troisième semestre s’est achevé pour laisser la place aux vacances de Noël, je suis revenue à l’un de mes premiers amours : la fanfiction Harry Potter, et plus particulièrement les beeelles histoires d’amour entre James et Lily Potter.

En trois semaines, j’ai facilement dû lire une quinzaine de fictions sur ces deux-là, faisant chacune un minimum de 50 000 mots, à une vitesse qui m’aurait légèrement fait culpabiliser en période scolaire -mais justement, je ne suis pas en période scolaire. Je ne l’ai jamais vraiment caché, je suis éperdument romantique et assume sans complexe adorer tout ce qui est guimauve et sentiments. Plus c’est fleur bleu, plus ça me plaît, telle est ma devise lorsque je me mets en quête de nouvelles histoires sur Internet. Dans la limite du raisonnable, du moins : c’est-à-dire que j’attends tout de même un minimum, une histoire qui tienne la route et surtout qui évite de tomber dans les nombreux clichés que l’on retrouve régulièrement sur tout ce qui est fanfiction Jily (James et Lily Potter). Ces clichés sont assez nombreux pour ces deux-là, les plus répandus étant sans doute celui selon lequel James Potter est une sorte de dieu sur terre adulé par toutes les filles et plein d’expérience, tandis que Lily Evans est au contraire une jolie vierge effarouchée qui est aussi la seule à lui résister mais finit par céder parce que tout de même, il est trop beau. J’ai tendance à fuir les histoires présentant ces clichés, non seulement parce qu’ils sont beaucoup trop courants et n’apportent plus la moindre surprise, mais aussi parce qu’ils véhiculent déjà une image assez nocive je trouve de ce que doit être une fille bien et un garçon bien.

Parce que, oui, certains clichés me dérangent. Certains clichés me choquent même, pas par le manque d’originalité qu’ils mettent en lumière, mais par leur consistance même.

Avant de poursuivre, je vais vous renvoyer à cet article que j’ai écrit il y a un peu plus longtemps, dans lequel j’explique que j’écris moi-même de la fanfiction depuis toujours et n’en ai pas honte puisque cela m’a permis de m’améliorer considérablement. Ce que je vais dénoncer est loin de n’être propre qu’à la fanfiction, et on peut trouver de merveilleuses fanfictions comme on peut trouver d’exécrables romans. Seulement, j’ai été particulièrement interpellé cet hiver par certaines choses et je pense qu’il est important d’en parler.

Le plus souvent, James Potter est décrit comme un imbécile arrogant durant la majeure partie de sa scolarité, jusqu’à sa dernière année en fait où il devient miraculeusement le petit ami idéal et peut alors enfin sortir avec Lily Evans. Mais il n’est pas seulement un imbécile arrogant : on le présente souvent comme carrément méchant, n’hésitant pas à humilier les personnes qu’il n’aime pas. Ça, c’est même mis clairement en avant dans les livres et ne relève pas de l’imagination des fans. En revanche, j’ai lu de très nombreuses fanfictions dans lesquelles James Potter prend également un malin plaisir à harceler et humilier… Lily Evans elle-même. C’est-à-dire que durant six ans, il lui fait les pires farces possibles, l’insulte régulièrement, pour finalement s’excuser platement en septième année et lui dire qu’après tout, elle n’avait qu’à accepter de sortir avec lui aussi. Après quoi, Lily Evans s’en veut (et j’y reviendrai mais je trouve déjà ça très malsain) et sort donc effectivement avec lui. Ça, c’est vraiment le scénario le plus classique. Et en soi, il est déjà assez dérangeant.

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En effet, des excuses suffisent-elles à racheter six années d’insultes et humiliations quotidiennes ? Peut-on vraiment penser que dire « Je suis désolé » permet d’oublier de tels agissements ? Ce qui m’embête dans ce scénario, c’est que l’on embellit quelque part le mauvais comportement du héros. On sait que James Potter humiliait d’autres élèves, ça c’est avéré. On sait aussi qu’il avait un comportement gauche avec Lily Evans, lui demandant régulièrement de sortir avec lui malgré ses refus réguliers. Est-il besoin en plus de faire de lui le harceleur de cette même Lily Evans ? Cela rend-t-il leur histoire, au finale, plus romantique ? Je ne le pense pas. En tant que Lily Evans, je crois que j’aurais été capable de pardonner à un garçon qui en a humilié d’autres s’il s’est véritablement remis en question et est passé à autre chose (sans compter qu’il y a tout de même un certain contexte, les élèves humiliés en question n’étant pas les derniers à en harceler d’autres pour des motifs racistes même si cela ne justifie rien). Par contre, si un garçon a passé six années de sa vie à me rabaisser plus bas que la terre, je crois bien qu’il pourrait me présenter toutes les excuses du monde que je n’en aurai pas grand-chose à faire. Si un homme est capable de t’insulter durant six ans, qui dit qu’il ne va pas recommencer ? Qui dit, surtout, qu’il n’est pas susceptible de recommencer ? Voire même… d’aller au-delà de la violence verbale ?

Et bien certains auteurs y vont, au-delà de cette violence. Je suis tombée sur une telle fanfiction. Techniquement, elle était très bien écrite. Rien à redire sur la forme, l’écriture est fluide, correcte, ça se lit très bien et on se met facilement dans la peau des personnages. Mais l’histoire m’a sincèrement choquée. Dedans, James Potter ne se contente pas d’humilier Lily Evans -même s’il fait ça très bien et de manière très répétitive. Il en arrive à de la violence physique. Il la frappe, la pousse dans des escaliers, et trouve cela parfaitement normal. Pire, alors qu’il lui a fait subir six années d’un tel calvaire, il décide finalement de sortir avec elle et cela donne lieu à une scène hallucinante. Je dis bien hallucinante, parce que vous avez d’un côté Lily, harcelé et frappé pendant six ans qui, assez naturellement semble-t-il, ne fait pas confiance à James lorsqu’il lui annonce ses sentiments… et de l’autre James, donc, violent, manipulateur, certes sincère cette fois-ci mais dont les actes passés n’ont pas à être pardonnés. Et bien, c’est Lily qui est culpabilisée. Lily qui est mal jugée parce qu’elle ose refuser, parce qu’elle n’arrive pas à passer au-dessus, parce qu’elle n’arrive pas à lui faire confiance. Les amis de James lui disent ainsi que Lily « exagère », James s’indigne qu’elle ne veuille pas croire en lui, et Lily en elle-même se dit qu’elle a peut-être été un peu trop méchante avec ce pauvre James… qui deux chapitres plus tôt, lui a fracturé le poignet et causé un traumatisme crânien. Qui ferait confiance à une telle personne ? Là, je trouve que l’auteure joue à un jeu très dangereux. Arrivé à un tel point, si elle tient réellement à écrire une telle histoire, ce qui paraîtrait cohérent serait que Lily refuse et que James ouvre les yeux et se rende compte qu’il est le seul et unique responsable de la situation. Or, ce n’est pas ce qui arrive. Lily finit par tout lui pardonner, et doit même se faire pardonner elle-même pour avoir osé ne pas le croire, et tout est bien qui finit bien.

Ce message est terriblement inquiétant par deux aspects. D’un côté, il embellit totalement la violence, en faisant même quelque chose d’attrayant, de sexy. James est violent, James frappe Lily et l’insulte quotidiennement, mais il reste tout à fait envisageable de sortir avec lui. De l’autre côté, Lily, qui est rappelons-le la seule victime dans cette histoire, est celle qui est amenée à culpabiliser. Dans une scène surréaliste, tandis que James s’excuse pour le mal causé ce qui paraît être la moindre des choses, Lily réalise qu’il est sincère et… s’en veut qu’il se sente aussi mal. Là où cette scène est dangereuse, c’est qu’elle tombe totalement dans le victim blaming. Le victim blaming, ce phénomène qui consiste à chercher des excuses à l’agresseur en disant que la victime l’a sans doute un peu cherché aussi : qu’elle a dû mal se comporter, mal s’habiller, sortir là où il ne fallait pas, boire un peu trop… Mais Lily n’est pas coupable de quoi que ce soit. Rien ne justifie qu’un homme vous insulte, vous harcèle et vous blesse physiquement.

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C’est ainsi que j’en arrive à mon titre : violence et romantisme sont antithétiques. La violence, sous quelque forme que ce soit, n’est pas romantique. Bien sûr, il existe des exceptions telles que le sadomasochisme, mais cet article n’a pour but d’en parler. Le sadomasochisme implique en effet du consentement. Or, dans l’histoire décrite plus haut, il n’y a de consentement nulle part. Lily n’a jamais consentie à être jetée du haut d’un escalier ou à avoir le poignet brisé. Jamais. Et pourtant, on nous fait croire le contraire. On nous présente des histoires dans lesquelles la violence est enjolivée, dans lesquelles elle est même nécessaire à l’avancement de l’intrigue, comme si une histoire d’amour ne pouvait se former autrement. Pourquoi ?

Parce que l’on vit dans une société où la culture du viol et le victim blaming sont la norme, justement. Prenons deux exemples concrets : dans la saga Fifty shades of Grey, le héros Christian se comporte d’une façon tout sauf romantique ni même normale envers sa petite amie, Anna. Il la suit, l’empêche de voir ses amis ou sa famille, contrôle ses sorties, lui fait des réflexions abjectes et se permet une grande violence verbale comme physique envers elle. Puis, plus récemment, il y a eu l’affaire de Cologne. Je ne vais pas revenir sur le fond, les charmants débats sur Twitter m’ont bien suffi. Je veux juste mettre l’accent sur la réaction de la maire de Cologne : peu après ces agressions, celle-ci appelle les femmes à être prudentes, à ne pas sortir seules, à éviter certains endroits. Dans le cas de Fifty shades of Grey comme dans celui de Cologne, on est en plein dans la culture du viol et le victim blaming. La culture du viol, soit la banalisation voire l’acceptation du viol du fait de justifications y étant apportées, parce que la relation d’Anna avec Christian est considéré comme totalement libre voire super romantique alors que Christian impose un grand nombre de choses à Anna via une vraie manipulation psychologique. Le victim blaming, parce qu’aux lendemains d’agressions à l’encontre de femmes qui n’ont rien demandé, c’est à elles que l’on demande d’adapter leur comportement. C’est à elles que l’on demande de ne pas sortir, alors que ce sont les hommes coupables de tels actes qui ne devraient pas avoir le droit de sortir. Surtout, ce qu’il y a de dangereux avec ses propos, c’est qu’il revienne là aussi à légitimer le viol : si une nouvelle femme est agressée à Cologne alors qu’elle était seule, donc ne « respectait pas » les consignes de sécurité, vous pouvez être certain que l’on entendra dire qu’elle l’a un peu cherché, aussi.

S’indigner d’une fanfiction banalisant la violence peut alors paraître un peu décalé, étant donné que de nombreuses femmes vivent réellement cette violence et qu’elle n’est pas seulement fictive. Pourtant, je pense qu’il faut aussi parler de ces histoires et les dénoncer parce qu’elles font partie d’un tout. Tant que l’on continuera dans la littérature, dans les films, dans les médias et sur Internet, à romantiser la violence et à justifier que les hommes puissent y avoir recours, les femmes continueront à vivre cette violence.

Alors cet article s’adresse à vous, auteures et auteurs, que ce soit de fanfictions ou de romans. Ce n’est pas une dénonciation, non, c’est plutôt un appel. Nous sommes sans doute nombreux à avoir déjà eu recours à de tels procédés. Moi-même, j’ai écrit des histoires dans lesquelles le méchant garçon finit avec la gentille fille qui lui pardonne tout. Il ne s’agit pas de culpabiliser jusqu’à la fin de mes jours d’avoir écrit ça mais de prendre conscience de la problématique qu’il y a derrière et de tout faire pour ne pas recommencer. Il s’agit de ne plus entendre des jeunes filles dirent qu’elles rêveraient d’un homme comme Christian Grey ou d’une relation comme celle entre James et Lily décrite plus haut. Il s’agit de montrer qu’une histoire peut être romantique, ou passionnée, ou compliquée, ou tout cela à la fois, sans qu’il n’y ait forcément un recours à la violence. Surtout, il s’agit de ne plus trouver de justification à cette violence, de ne la présenter en aucun cas comme souhaitable, et de plus blâmer personne d’autre que les responsables de cette violence -et pas, surtout pas les victimes.

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Non, la violence n’est pas romantique.

Et je sais qu’il y a suffisamment de bonnes auteures et de bons auteurs pour nous le rappeler et nous l’illustrer.

Je suis une écrivaine

Après une assez longue absence due à un départ en vacances, je reviens vers vous avec un article que je suis, à vrai dire, étonnée de ne pas avoir écrit plus tôt. Ce blog doit bien maintenant en comprendre une dizaine et j’ai réalisé hier que sur tous ces articles, aucun n’était consacré à l’écriture.

Il est donc temps de remédier à la situation.

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L’écriture joue un rôle très important dans ma vie. La lecture est bien entendu dans le même cas de figure, mais je pense que l’écriture est clairement un cran au-dessus encore. Et autant dire qu’écrire, chez moi, relève presque de l’instinct. J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. Et ce n’est pas tout à fait qu’une impression puisque dès que j’ai appris à lire et donc à écrire, j’ai rédigé mes premières histoires.

Plaît-il ? Quelle espèce d’histoire une gamine de sept ou huit ans peut-elle bien avoir l’idée saugrenue d’écrire ? La réponse tient en un mot : fan fiction. Un mot que vous avez certainement déjà entendu et qui peut-être vous évoque, d’une façon absolument pas clichée (bien entendu), de jeunes adolescentes se fantasmant une belle histoire d’amour avec Edward Cullen ou Christian Gray. Si votre conception de la fan fiction s’arrête là et que vous ne souhaitez pas l’approfondir, je vous en prie, passez votre chemin. Parce que la fan fiction, j’en écris depuis bien plus que la moitié de ma vie et encore aujourd’hui, sans en avoir la moindre honte et sans non plus avoir l’impression de n’être qu’une espèce d’attardée devant éventuellement se résoudre à quitter le monde de la rêverie pour se confronter à « la réalité ».

Si la fan fiction n’avait pas fait partie de ma vie, je n’aurais jamais écrit un roman avant l’âge de dix-huit ans. Voilà. Et ce roman, pour le coup, sort tout droit de mon imagination, avec mes personnages, mon intrigue, mon monde. C’est un roman que j’ai même pris la décision de faire publier coûte que coûte.

Pourquoi, alors, continuer à écrire de la fan fiction ? Parce que cela m’amuse, d’une part, que j’aime bien écrire de petites histoires sur des univers que j’adore. Ça me détend, ça a un côté moins prise de tête que d’inventer de toutes pièces une histoire. Mais je pense aussi que la fan fiction est un formidable exercice d’écriture. J’ai écrit un roman à l’âge de dix-huit ans. Un roman de près de 250 pages faisant plus de 50 000 mots. Peu de gens ont pu faire la même chose à un tel âge. Si j’ai pu le faire, moi, ce n’est pas parce que je suis douée d’un quelconque talent que les autres n’auraient pas. C’est juste qu’écrire fait partie de moi, que j’écris sans cesse, tout le temps, depuis plus de dix ans et ça, c’est grâce à la fan fiction.

Je ne me rappelle plus exactement de mes tout premiers écrits. Je les ai depuis longtemps supprimés sans la moindre once de regret. Bien sûr, il aurait pu être amusant de les relire des années après, et c’est ce que j’ai d’ailleurs fait, sans que cela ne m’amuse réellement. Cela montre juste que j’écrivais déjà à sept ans, mais comme vous pouvez vous en douter, mon style n’avait alors pas grand-chose d’extraordinaire et d’ailleurs, presque toutes les histoires que j’ai pu entamer à cette époque n’ont pas de fin. J’étais petite, j’écrivais ce qui me passait par la tête sans vraiment me projeter sur le plus long terme et dès qu’une histoire ne m’intéressait plus, je la laissais en plan et passait à autre chose. Ecrire une seule et même histoire du début à la fin, c’est très dur, bien plus qu’on ne peut le penser à première vue. Même en ayant tout prévu, en ayant rédigé le plan de tous vos chapitres, fait des fiches incroyablement longues sur chaque personnage, il arrive forcément un moment où vous n’avez juste pas l’envie d’écrire, où les mots ne viennent plus, ou encore un moment où vous êtes confrontés au fameux syndrome de la page blanche. A sept ans, et même ensuite, je n’avais clairement pas la motivation pour outrepasser ces symptômes et me contentais donc de passer à autre chose. Pourtant, ces écrits ont quand même eu leur utilité. Bien sûr, ils auraient fait hurler de rire n’importe quel éditeur, mais ils se sont améliorés au fur et à mesure. Cela restait bien en deçà de ce que pouvaient écrire de vrais écrivains, mais à force d’écrire (et de lire, aussi, parce qu’on ne le dira jamais assez mais la lecture permet de faire des progrès considérables en langue, tant du point de vue du vocabulaire que de la grammaire), j’ai fini par progresser. Si bien que très tôt, mes instituteurs et professeurs m’ont dit que j’écrivais remarquablement bien pour mon âge. Je n’écrivais pas remarquablement bien tout court, mais comparé à la façon d’écrire de mes camarades n’ayant pas pris l’habitude de rédiger aussi fréquemment que moi, j’étais douée.

D’où m’est venue cette envie parfois presque frénétique d’écrire ? A vrai dire, je ne le sais pas vraiment. Je pense avoir naturellement une imagination assez débordante. J’ai toujours eu la tête pleine d’idées, sans forcément penser à coucher celles-ci sur le papier. En commençant à lire et à regarder des dessins animés, je me suis plongée dans de nouveaux univers que j’ai adorés. C’est ainsi que j’ai rédigé mes premières histoires sur (attention roulement de tambours)… les Mew Mew Power, voilà, vous pouvez rire, c’est ce que je fait en rédigeant ces lignes. Je regardais le dessin animé, j’aimais beaucoup les personnages et une fois tous les épisodes visionnés, j’ai eu envie de prolonger ma passion. C’est donc tout naturellement que je m’installais devant un clavier et me mis à rédiger la suite possible de leurs aventures. D’ailleurs, ma capacité à taper très vite à l’ordinateur et à écrire sans même regarder mon clavier (ou en regardant volontairement ailleurs pour épater la galerie au collège) vient aussi de là. J’ai écrit très tôt, très vite, très longtemps.

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L’univers qui a toutefois clairement changé ma vie a été, comme pour beaucoup d’autres enfants de ma génération, celui de Harry Potter. Harry qui m’a donnée le goût de la lecture comme celui de l’écriture. Je lisais déjà avant de découvrir Harry Potter, mais sans jamais avoir eu LE coup de cœur. Ce coup de cœur a été pour Harry Potter et j’ai développé une véritable passion de la lecture grâce à lui. Mais c’est surtout mon écriture, qui m’est restée de l’univers du petit sorcier. J’écrivais avant, mais ces histoires auraient pu ne rester que des histoires inachevées dormant dans un disque dur et auxquelles je n’aurais plus jamais touchées. Mes histoires sur ces univers autres que celui de Harry Potter n’ont jamais été ni très nombreuses, ni très longues, ni très intéressantes. Et c’est là où je peux dire que Harry Potter a changé ma vie sans exagérer. Parce que sans lui, peut-être n’aurais-je jamais autant aimé lire, et peut-être surtout n’aurais-je jamais autant écrit. Or, l’écriture est ce qui m’a permis de rester à peu près saine d’esprit au collège, puis d’être présentée au Concours général au lycée et enfin, d’impressionner suffisamment le jury d’entrée à Sciences Po pour décrocher une place au sein de cette école.

Qu’aurait été ma vie, sans cela ?

Mes premières histoires empruntant les personnages de J.K Rowling concernaient, naturellement là encore, la suite. Le dernier tome n’était pas encore sorti, laissant la place toute grande à l’imagination. Mais, et là est toute la différence d’avec ce que j’ai pu écrire précédemment… je n’ai pas arrêté d’écrire à la sortie du dernier livre. J’ai continué longtemps, je continue aujourd’hui encore. Contrairement à tous les autres univers, comme celui cité plus haut, celui de Harry ne m’a jamais lassée. J’ai d’abord écrit sur ce qui avait pu se passer avant (notamment sur Lily et James, les parents de Harry, dont l’amour me fascinait), puis en écrivant même pendant. C’est-à-dire sur les années à Poudlard mais du point de vue d’autres personnages : Ginny Weasley, les membres de l’Armée de Dumbledore pendant la septième année. L’épilogue du dernier tome, en délivrant des informations sur les enfants de nos héros, est aussi une mine d’or pour l’imagination. J’ai écrit sur ces enfants, imaginé le poids du passé sur leurs épaules et la façon dont ils pouvaient évoluer dans un monde que leurs parents avaient créé ou souhaité détruire (pour les enfants de Mangemorts). J’ai publié certaines de ces histoires sur Internet, et découvert ainsi que je n’étais en fait pas la seule à avoir l’idée d’écrire sur mes romans favoris (grande désillusion). Très vite, j’ai font bon gré mal gré puisque j’ai lu d’autres fan fictions absolument géniales, qui m’ont donnée envie de progresser, d’être capable moi aussi d’écrire des histoires qui seraient autant commentées, autant appréciées dans l’univers de la fan fiction Harry Potter.

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Puis, j’ai découvert le site Harry Potter Fanfiction. J’y ai créé un compte, il y a bientôt cinq ans. Sorti un pseudo un peu au hasard : Bloo. Et j’y ai posté mes premiers écrits. D’abord ce que l’on appelle des OS (One Shot, histoire en un chapitre). Puis, parfois, des histoires longues. Et j’ai ainsi pour la première fois mené à terme certains projets. J’ai ainsi pu cocher la case « Histoire complète » pour un de mes récits, composés de quatorze chapitres. J’étais capable de terminer quelque chose. Et c’est là, que j’ai commencé à me dire que, peut-être, je pourrais être capable, maintenant, de terminer un projet qui n’appartiendrait qu’à moi.

J’écris ici noir sur blanc le pseudonyme sous lequel je publie, parce que je ne veux plus cacher ce genre de choses. C’est vrai, je ne me suis jamais étendue sur le fait que j’écrivais des fan fictions. Je ne savais jamais trop comment les gens allaient réagir, s’ils trouveraient ça normal, surtout passé un certain âge. Maintenant je veux assumer que cela fait juste partie de moi. Que je n’ai pas à en avoir honte, au contraire. J’ai écrit un roman grâce à ça. Je prépare un autre roman grâce à ça. Je peux je crois dire en toute honnêteté que « j’écris bien », et c’est grâce à ça. J’ai aujourd’hui posté 108 histoires en tant que Bloo, dont plusieurs histoires longues en cours. Je suis le quatrième auteur le plus productif du site. Certaines de mes histoires ont même gagné des prix. Je n’ai pas en avoir honte, bien au contraire.

Récemment, j’ai d’ailleurs mis un point final à une autre fan fiction, la seule que j’écrivais encore sur un univers autre que celui de Harry Potter. A douze ans, je suis allée voir Les enfants de Timpelbach au cinéma, et bien qu’ayant apprécié le film, j’ai été un peu frustrée par toutes les pistes qui n’y étaient pas explorées. Encore une fois, je me suis donc armée de mon imagination et de mon clavier pour y remédier et xTimpelbach est né. Il y a deux semaines à peine, j’ai mis un point final à cette histoire commencée à douze ans, laissée en plan pendant des années et reprise sérieusement durant le lycée. Elle fait dix-sept chapitres. Dix-sept chapitres, 225 pages Word et plus de 110 000 mots. Et elle n’est que la première partie d’une histoire plus vaste encore, qui doit comprendre deux autres parties qui seront au moins toutes aussi longues. Ce projet est énorme et me tient considérablement à cœur. Plus que n’importe quel autre, il me permet d’ailleurs de mesurer mes progrès : les premiers chapitres, bien que modifiés récemment, comprennent encore nombre de clichés. Au fil des chapitres, ces clichés s’effacent, les personnages deviennent plus fouillés, le style moins lourd aussi. Dans la deuxième partie que je prévois maintenant, dont le plan détaillé est déjà rédigé, de nouvelles facettes vont être explorées. Parmi elles, la place des femmes dans une histoire se déroulant au beau milieu des années 1950. Je prévois d’y glisser énormément de choses qui me tiennent à cœur. Cette histoire est à la base une fan fiction, qui se rapproche maintenant plus d’un original. Grâce à elle, je sais que je suis capable de mener de longs projets. Et qu’un jour, peut-être, j’écrirai 300 000 mots sur un univers et des personnages qui seront entièrement sortis de mon imagination.

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J’ai dix-neuf ans, je suis étudiante, je suis féministe, je suis une lectrice un peu compulsive et une amoureuse de sport, et je suis aussi une écrivaine.

C’est moi, cela fait partie de moi, et je n’ai pas à le cacher d’aucune manière que ce soit.